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03/03/2018

Les amis qu'on s'est procurés avec beaucoup de peine se refroidiront ; ce n'est pas ainsi qu'on doit conduire une affaire aussi grave et aussi importante

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« A Philippe Debrus

[14-15 mars 1763]

Il serait fort triste et fort dangereux que les Lettres toulousaines parussent en France avant la décision du procès ; il y a des choses trop violentes contre le parlement de Toulouse ; on accuserait ces Lettres d'être séditieuses ; elles fourniraient des armes contre nous . On y joint très mal à propos l'affaire de Sirven à celle des Calas, c'est ce que je craignais le plus, et ce que j'ai bien recommandé à nos avocats d'éviter . M. de Saint-Florentin n'est pas trop pour nous ; si ces Lettres lui parviennent, il pourra représenter au roi les protestants comme des factieux, et le parlement de Toulouse ne manquera pas de dire que tous les trois mois il y a un père de famille protestant accusé d'avoir tué son fils ou sa fille en haine de la religion catholique ; il dira qu’il a fallu un exemple . Les amis qu'on s'est procurés avec beaucoup de peine se refroidiront ; ce n'est pas ainsi qu'on doit conduire une affaire aussi grave et aussi importante . Il faut que M. de Végobre fasse les plus grands efforts pour empêcher ce livre de pénétrer en France . J'écris de mon côté, et je fais écrire à Lausanne . L'auteur doit absolument supprimer le débit de son livre, jusqu'à ce que nous ayons un arrêt qui condamne entièrement celui du parlement de Toulouse .

Est-il possible qu'on veuille gâter une affaire qui est en si bon train, et rendre toutes nos peines inutiles ?

Voici une petite réponse que je fais à Mme Calas . Je prie monsieur Debrus d'avoir grand soin de sa santé .

Je crois que M. de Gouvernet est rarement chez lui et qu'on ne peut le trouver que chez sa femme, qui loge dans la rue Condé, ou dans la rue voisine qui conduit au Luxembourg ; elle n'est connue que sous le nom de Mlle de Livry 1, attendu que nous ne marions point les maudits huguenots en face de l’Église, avec la belles catholiques . »

1 Mlle de Livry que V* avait aimée pendant son séjour à Sully, a épousé le protestant Charles-Frédéric de La Tour du Pin de Bourbon , marquis de Gouvernet , le 21 janvier 1727 : Armand Arouet, frère de V*, a été un des témoins au mariage .(Desnoiresterres) .Voir : https://www.flickr.com/photos/sybarite48/14230045374