10/07/2012
Les grands ... sont entre la flatterie et la calomnie mais la puissance les console.
... Magnifique constat . Voltaire voit juste et connait le fond de l'âme des "grands" dont il n'est pas dupe , enfin , pas trop longtemps, heureusement.
Enfumons-les, à coups d'encensoir ou de flatteries dont ils sont friands, quoiqu'ils disent ! Leur pouvoir passera comme cette fumée .

Les calomnier n'est pas de mon ressort . S'en moquer fut un travail de maître que Volti accomplit en virtuose . Et je m'en régale .
« A madame la duchesse de SAXE-GOTHA1.
Aux Délices, près de Genève, 10 juin [1786]
Madame, que ma personne n'est-elle à vos pieds comme mon cœur y est! Faudra-t-il que je meure sans cette consolation? Le roi de Prusse veut bien me rappeler auprès de lui; mais Votre Altesse sérénissime sait que c'est Gotha seul que je regrette. Les rois font semblant de s'aimer, ils se le disent dans leurs traités; mais il n'y a qu'une souveraine de ma connaissance qui sache se faire aimer véritablement. Les cœurs sont à elle les rois n'ont que de l'encens.
Il est vrai, madame, que dans ces Mémoires de Mme de Maintenon, dont Votre Altesse sérénissime daigne me parler, l'encens ne brûle guère pour les souverains. La Beaumelle déchire un peu les vivants et les morts. Ce qui n'est pas de lui, ce qui est d'un certain évêque d'Agen, dont il a pillé les mémoires manuscrits, est légèrement écrit. Ce qui est de La Beaumelle est d'un étourdi sans bienséance et sans conséquence, qui veut avoir de l'esprit à tort et à travers. On ne peut concevoir comment un homme qui a eu le bonheur d'être en état de dire des vérités, ayant d'excellents mémoires entre les mains, a pu vomir tant d'impudents mensonges. Il n'y a point de vérité qu'il n'ait défigurée par des calomnies, et point de calomnie qu'il ne débite avec une insolence brutale. Les grands seraient bien à plaindre si la postérité les jugeait sur de tels écrits, ils sont entre la flatterie et la calomnie mais la puissance les console.
Je ne sais si je me trompe, madame, mais il me semble qu'il y a plus de vrai bonheur dans une cour comme la vôtre que dans celles qui mettent deux cent mille hommes sous les armes, et qui quelquefois font naître des millions de murmures justes ou injustes. Y a-t-il donc quelque chose de préférable à la douceur de gouverner en repos un peuple heureux? Il paraît que, dans les circonstances présentes, le peuple anglais ne prétend guère à ce titre d'heureux; les esprits y paraissent bien divisés. Tous sont réunis sous votre domination, madame; tout y est tranquille. Si je pouvais me traîner, je me traînerais à Gotha. Mon sort est de faire des vœux inutiles.
Que Votre Altesse sérénissime et toute son auguste famille daignent recevoir mon profond respect. »
20:46 | Lien permanent | Commentaires (0)
un domestique intelligent, et qui même sût un peu écrire
... Ce qui est plutôt rare dans notre France contemporaine .
Non pas le domestique intelligent, ça se trouve tout autant que le patron intelligent, j'ose le croire, mais qui sachent tous deux écrire, voilà qui est plus ardu à dénicher . Il n'est pas rare, et je dirais même il est courant, que ce soit la/le secrétaire qui corrige les âneries orthographiques et grammaticales du supérieur hiérarchique . Me trompè-je , Mam'zelle Wagnière ? Non !
Pas plus tard que ce matin, j'ai encore lu un courriel avec deux fautes d'orthographe en une ligne ; l'auteur(e) : une enseignante ! Horreur et désolation, à qui peut-on se fier pour apprendre le français à nos chéres têtes blondes, rousses ou brunes ?
Changement des horaires de classe ou pas, les profs d'aujourd'hui sont les élèves d'hier, plus doués pour les activités extra-scolaires que pour la transmission du savoir de base qu'ils ne maitrisent pas .
S'ils ignorent les heures de travail à accomplir, ils sont incollables sur les dates de vacances ! A chacun ses centres d'intérêts !
A voir : http://suite101.fr/article/rentree-scolaire-un-nouveau-calendrier-des-vacances-en-2013-a30583
Ceci peux vous intéressé, à vous de voir .
« A M. DE BRENLES.
Aux Délices, 9 juin [1756]
Je m'intéresse plus à vous, mon cher ami, et à l'augmentation de votre famille, qu'à toutes les nouvelles des Iroquois et de Port-Mahon. Je vous prie de me mander où vous en êtes; avez-vous une fille ou un garçon? Comment se porte Mme de Brenles? Instruisez un peu vos amis de tout ce qui vous regarde. Quand vous verrez M. le bailli de Lausanne, je vous prie de lui présenter mes obéissances et celles de Mme Denis. Nous avons été bien fâchés de partir sans avoir l'honneur de le voir. Avez- vous reçu un petit paquet que le courrier se chargea, il y a quelques jours, de vous remettre?
Si, par vos bontés ou par celles de M. Polier de Bottens, je pouvais avoir un domestique intelligent, et qui même sût un peu écrire 1, je vous serais infiniment obligé. Mme Denis et moi, nous vous sommes attachés pour jamais.
V. »
1 Colini va quitter Voltaire en juin 1756. Voir : http://de.wikipedia.org/wiki/Cosimo_Alessandro_Collini
et : http://books.google.tt/books?id=-EE6AAAAcAAJ&printsec=frontcover&hl=fr#v=onepage&q&f=false
Jean-Louis Wagnière, qui était entré chez Voltaire en 1754 à Prangins, lui servit de copiste dès 1755, pendant l'absence de Colini, à qui il succéda tout à fait en 1757, jusqu'au décès de V* en 1778. (Beuchot.) Voir : http://c18.net/vo/vo_pages.php?nom=vo_sc_wagniere
14:53 | Lien permanent | Commentaires (0)

