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19/09/2020

Il avait l’insolence de préférer la morale à la théologie, et de gâter par là l’esprit des jeunes gens

... Humour !

L'inverse, tristement nous donne "Comment faire des jihadistes en une leçon" , pétris de religion et principes amoraux . La peste soit de ces imams !

 

 

« A Élie Bertrand

membre de plusieurs académies, etc.

à Berne

25è mai 1765, à Ferney

Je serai enchanté de vous revoir, mon cher philosophe ; et ce sera une grande consolation pour moi de retrouver M. et Mme Defreüdenrich. Je vous prie de leur dire à quel point je leur suis dévoué.

Je crois que l’abbé dont vous me parlez 1 se souciera fort peu qu’on le critique . Le pauvre diable est mort depuis plusieurs années ; je le crois damné pour avoir osé dire que les Juifs n’étaient pas la première nation du monde ; et vous savez que les damnés ne répondent point aux théologiens. C’était un bien mauvais prêtre que cet abbé ; on dit qu’il a perverti bien du monde. Il avait l’insolence de préférer la morale à la théologie, et de gâter par là l’esprit des jeunes gens. Remercions Dieu, qui nous en a délivrés, et aimez-moi toujours un peu. »



1 L'abbé Bazin, donc V* lui-même , auteur de la Philosophie de l'Histoire .

18/09/2020

On donnera bien un évêché à un prêtre sortant du bordel, mais on persécutera ceux qui auront passé leur vie à chercher le vrai, et à faire le bien

... Doux Jésus ! si c'était vrai encore de nos jours ?

 

 

« A Etienne-Noël Damilaville

22è mai 1765 à Genève 1

J’ai eu hier 2, mon cher frère, un petit avertissement de la nature qui me dit que je n’ai pas encore longtemps à philosopher avec vous. Cela ne m’a pas empêché, dès que je suis revenu à moi, d’envoyer un exprès à frère Gabriel pour lui intimer tous vos ordres. Vous voyez au reste combien le fanatisme augmente. Plus il sent sa turpitude, plus il craint qu’on ne la révèle ; tout lui est suspect. Les livres écrits avec le plus de vérité sont précisément ceux qu’il redoute davantage. On donnera bien un évêché à un prêtre sortant du bordel, mais on persécutera ceux qui auront passé leur vie à chercher le vrai, et à faire le bien.

J’ai reçu la Philosophie de l’Histoire, qu’on m’a envoyée d’Amsterdam . Il y a quelques fautes ridicules dans l’imprimé, comme dix mille pour cent mille,3 à l’article d’Égypte. Il me semble aussi que l’auteur ne s’est pas toujours exprimé exactement dans le chaos de la chronologie ; mais, en général, l’ouvrage m’a paru assez utile. L’auteur y montre partout un grand respect pour la religion ; il parle même si souvent de ce respect, qu’on voit bien qu’il veut prévenir les lâches persécuteurs qui pensent toujours qu’on en veut à leurs foyers. Cependant, malgré toutes les précautions de l’auteur, on a envoyé de Paris à Berne un article pour être mis dans la Gazette, dans lequel il est dit que la Philosophie de l’Histoire est plus dangereuse encore que le Portatif. On me fait aussi l’honneur de m’attribuer cette Philosophie. Je voudrais l’avoir faite, quoiqu’on ne me l’attribue que pour me perdre. Mais de quel droit me rend-on responsable des ouvrages d’autrui ? Il n’est pas juste que je sois toujours victime. Il semble que l’abolissement des jésuites ait été un nouveau signal de persécution contre les gens de lettres.

Parlez de tout cela avec frère Archimède. Que les frères célèbrent les agapes, en dépit des tyrans jansénistes : dressez un autel à la raison dans votre salle à manger.

Haec quoties cumque feceritis, in mei memoriam facietis.4

J’ajoute à cette lettre de mon ami qu’il m’est arrivé des personnes de Paris fort instruites. On a décacheté quelques-unes de nos lettres contre-signées Courteilles : heureusement il n’y a jamais eu dans vos lettres rien que de vertueux et de sage, qui ne soit digne de vous. Mais, pour plus de sûreté, écrivez-moi quelque lettre sous la même enveloppe de Courteilles, et écrivez contre-signé Laverdy, à M. Camp, banquier à Lyon, et, sous le couvert de M. Camp, à M. Wagnière, à Genève. Que frère Archimède prenne la même précaution, et qu’il vous donne tout ce qu’il voudra m’écrire. Vous recevrez par cet ordinaire une lettre qu’on ouvrira si l’on veut.5

Est-il possible qu’on soit obligé à de telles précautions, et que la plus douce consolation de la vie nous soit arrachée ?

Gardez-vous bien d’écrire à Gabriel Cram..., ni à Gabriel Gras…, gardez-vous bien qu’on fasse entrer le ballot de ce diable d'abbé Bazin, pour qui on prend des gens qui ne s’appellent pas Bazin. Il est minuit ; je n’en puis plus. Ecr. l’inf… . »

1 Une copie contemporaine (Darmstadt B. ) fait précéder les trois derniers paragraphes de la mention « post scriptum, séparé » . On a ici la version édition de Kehl .

2 En fait , l'avant-veille, le 20 mai 1765.

3 C'est l'inverse ; la faute fut corrigée ultérieurement ; voir Philosophie de l'histoire, XIX ; voir page 112 : https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b8618430t/f126.image

4 Cela, toutes les fois que vous le ferez, vous le ferez en mémoire de moi ; Corinthiens, XI, 25, cité très inexactement ; voir : https://saintebible.com/1_corinthians/11-25.htm

5 Cette lettre est celle du même jour qui fut envoyée par la poste ordinaire . La présente le fut, comme l'écrira V* à Damilaville le 7 juin 1765, par l'intermédiaire de Gaudet , supérieur de Damilaville . Cette complicité de Gaudet explique la longue immunité dont jouit Damilaville .

17/09/2020

Tout est cabale à la cour, tout est quelquefois passion dans de grandes compagnies qui ne devraient point avoir de passions

... Les petites histoires de la grande histoire en passent par là, inexorablement alimentées par l'orgueil et l'envie .

 

 

« A Etienne-Noël Damilaville

A Genève 22è mai 1765

Mon cher et vertueux ami, je vous ai envoyé le portrait du petit Calas peint à l’huile . Sa mère aidera à rectifier les traits . Ils sont mieux peints dans le cœur de cette digne mère que par le pinceau de M. Hubert 1. On fait actuellement un recueil de toutes les pièces de cette triste aventure, dont la fin fera tant d’honneur aux maîtres des requêtes, à la nation, et surtout au roi, qui a si bien réparé la malheureuse injustice de  Toulouse. S’il était mieux instruit, je suis bien sûr que la bonté de son cœur réparerait sur la fin de ma vie  toutes les injustices que j’ai essuyées. Vous savez qu’on m’impute tous les jours des ouvrages auxquels je n’ai pas eu la moindre part. Ce ne devait pas être la récompense d’avoir fait la Henriade, le Siècle de Louis XIV, et quelques autres ouvrages qui n’ont déplu ni au roi ni à la nation ; mais c’est le sort attaché à la profession d’hommes de lettres. Peut-être est-il dur, à l’âge de soixante-douze ans, d’être continuellement en butte à la calomnie ; mais j’ai appris, dans la saine philosophie que nous cultivons tous deux, qu’il faut savoir se résigner. Tout ce que je souhaite, c’est que le roi et le ministère puissent un jour savoir que les gens de lettres sont les meilleurs citoyens et les meilleurs sujets. Tout est cabale à la cour, tout est quelquefois passion dans de grandes compagnies qui ne devraient point avoir de passions . Il n’y a que les vrais gens de lettres qui n’aient point d’intrigues, et qui aiment sincèrement l’ordre et la paix.

Adieu, mon digne ami ; je suis bien malade, et, en vérité, on ne devrait pas troubler mes derniers jours. Votre amitié vertueuse fait toute ma consolation. 

Voltaire.»

 

 

16/09/2020

Il ne dépend pas de moi de rendre les fanatiques sages, et les fripons honnêtes gens . Mais il dépend de moi de les fuir

... Tant il y a de ces gens là, les fuir devient un travail à temps plein et une attention de tous les instants . Réjouissons-nous qu'il existe quand même des tolérants calmes et des gens honnêtes estimables ; en majorité ? Je crois, j'espère que oui .

 

 

« A Charles-Augustin Ferriol, comte d'Argental

et à

Jeanne-Grâce Bosc du Bouchet, comtesse d'Argental

A Genève 22 ami 1765

Mes divins anges, on vient de me dire tout ce que vous aviez donné charge de dire, et je suis demeuré confondu de la demi-feuille copiée 1 et de cette question  quel est donc ce Damilaville  ? Hélas ! mes chers anges, plût à Dieu qu’il y eût beaucoup de citoyens comme ce Damilaville ! Je ne ferai point de remarques sur tout cela, parce qu’il n’y en a point à faire . Je vous demanderai seulement si cette demi-feuille est si méchante. Je crois que cette lettre vous parviendra sûrement, puisque je l’adresse à Lyon, sous l’enveloppe de M. de Chauvelin. Cette voie déroutera les curieux, et vous pourrez m’écrire en toute sûreté sous l’enveloppe de M. Camp, banquier à Lyon, en ne cachetant point avec vos armes, et en mettant sur la lettre, à M. Wagnière, chez M. Souchay, à Genève.

Je vois bien que la persécution des jansénistes est forte. On a renvoyé le ballot de la Destruction jésuitique de notre philosophe d’Alembert, parce qu’il y a quatre lignes contre les convulsionnaires 2. On taxe à présent d’irréligion un savant livre d’un théologien 3 qui témoigne à chaque page son respect pour la religion, et qui ne dit que des vérités qu’il faut être aveugle pour ne pas reconnaître. On m’impute ce livre sans le moindre prétexte, comme si j’étais un rabbin, et comme si l’auteur de Mérope et d’Alzire était enfariné des sciences orientales. Il ne dépend pas de moi de rendre les fanatiques sages, et les fripons honnêtes gens . Mais il dépend de moi de les fuir. Je vous demande en grâce de me dire si vous me le conseillez. Je suis, quoi qu’on en dise, dans ma soixante-douzième année, je me vois chargé d’une famille assez nombreuse dont la moitié est la mienne, et dont l’autre moitié est une famille que je me suis faite.

J’ai commencé des entreprises utiles et chères, et le petit canton que j’habite commençait à devenir heureux et florissant par mes soins. S’il faut abandonner tout cela, je m’y résoudrai, j’irai mourir ailleurs ; il est arrivé pis à Socrate. Je sais qu’il y a certaines armes contre lesquelles il n’y a guère de boucliers.

Ayez la bonté, je vous en prie, de me dire à quel point ces armes sont affilées. Je vous avoue que je serais curieux de voir cette demi-feuille. Il est minuit . Il y a trois heures que je dicte . Je n’en puis plus ; pardonnez-moi de finir sitôt, c’est bien à mon grand regret. »

1 Le contenu de cette feuille n'est pas connu, mais voir la lettre du 22 mai 1765 à Damilaville dont un paragraphe semble faire allusion au même événement, ainsi que la lettre du 27 mai 1765 à Damilaville . Voir : http://www.monsieurdevoltaire.com/2014/09/correspondance-annee-1765-partie-18.html

Il peut s'agir ici de quelques passages d’une lettre à M. Damilaville, interceptée à la poste, et peut-être falsifiée ; car on sait que les lettres montrées au gouvernement ne sont pas toujours d’exactes copies des lettres ouvertes. (K.)

2 « La folie des convulsions… avait achevé d’avilir les jansénistes en les rendant ridicules. » (Georges Avenel.)

3 La Philosophie de l'histoire . Voir lettre du 20 mai 1765 à Damilaville : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2020/09/08/faites-beau-bruit-vous-et-les-freres-6261991.html

15/09/2020

Il est bien cruel,... , qu'on veuille gouverner des êtres pensants comme on gouverne des chevaux et des ânes ; et que dans les pays sortis à peine de la barbarie on ose interdire à l’âme sa nourriture

... Entendez-vous, abrutis religieux islamistes qui trouvez impurs les écrits de Voltaire , des Lumières et même de Molière . Je n'ai aucune patience devant ces abrutis, -au sens premier-, pseudo-religieux . Qu'ils restent avec leurs oeillères, mais surtout qu'ils se taisent . Mahomet les détesterait s'il avait son mot à dire .

 

 

« A Gabriel Cramer

à Tournay

ou

à Genève

Il est bien cruel, mon cher Caro, qu'on veuille gouverner des êtres pensants comme on gouverne des chevaux et des ânes ; et que dans les pays sortis à peine de la barbarie on ose interdire à l’âme sa nourriture, et faire ce que n'ont jamais fait ni les Grecs ni les Romains nos maîtres . Il est plus difficile actuellement de faire entrer un bon ouvrage en France, que d'y avoir de bonnes troupes et une bonne marine .

Les jésuites ont flatté les hommes pour les gouverner, et les jansénistes veulent les abrutir .

Avez-vous envoyé en droiture deux exemplaires de la Réfutation théologique à M. le duc de Praslin, un à M. Suard au bureau de la Gazette littéraire ? Avez-vous donné ordre qu'on remit un exemplaire de Corneille à M. Suard ? Avez-vous envoyé par un correspondant de Lyon un exemplaire de la Réfutation théologique à M. Damilaville sous l'enveloppe de M. Gaudet, directeur général des bureaux des vingtièmes ? On dit que tout cela est essentiel, et que vous n'y devez pas manquer, et on demande la plus grande promptitude .

Quand vous aurez un moment de loisir tâchez de venir à Ferney . J’eus hier une étrange attaque, dont je ne suis pas trop bien revenu, cependant, il faut s'amuser à faire rouler la presse jusqu'au dernier moment de sa vie .

Je vous embrasse de tout mon cœur.

Mardi matin [21 mai 1765].1 »

1 L'édition Gagnebin place la lettre en février 1764 ; mais la mention de la réfutation et l'allusion au malaise permettent de fixer la date .

14/09/2020

le révérend père Malagrida s'amusait tout seul dans son lit à 75 ans, à ce que dit la sainte inquisition, qui l'a fait brûler comme un porc ; je n'en demande pas tant à Dieu

... https://fr.wikipedia.org/wiki/Gabriel_Malagrida

Cartas e Escritos (Portuguese Edition) eBook: Malagrida, Gabriel, Govoni  S.J., Pe. Ilário: Amazon.fr

 

 

 

« A Cosimo Alessandro Collini, Historiographe

et secrétaire intime de S.A.E. Monseigneur l’Électeur

Palatin

à Manheim

A Ferney, 21 Mai 1765.

Mon ami, que Son Altesse Électorale  me dise : Prends ton lit, et marche1, je vole à Schwetzingen. Il y a plus de huit mois que je ne suis sorti de ma chambre ; je meurs en détail, et nous ne sommes plus au temps des miracles. Je sais bien qu’il y a des gens qui ont encore de la force à soixante-douze ans ; les patriarches étaient des enfants à cet âge ;2 et même le révérend père Malagrida s'amusait tout seul dans son lit à 75 ans, à ce que dit la sainte inquisition, qui l'a fait brûler comme un porc ; je n'en demande pas tant à Dieu, je sais me borner dans mes désirs, et je vous jure que je ne lui demande un peu de santé que pour venir sur les bords du Rhin .

Ceux qui ont dit que je quittais mon petit château de Ferney ont été bien mal informés . Il est vrai que je me suis défait des Délices ; mais c’est que je ne me suis pas trouvé assez riche pour les garder, et que l’état de ma santé, qui exige la retraite la plus profonde, était incompatible avec l’affluence de monde que m’attirait le voisinage de Genève. J’ai jugé d’ailleurs que, n’ayant qu’un corps, je ne devais pas avoir deux maisons. Qu’il serait doux pour moi, mon cher ami, de passer quelques-uns de mes derniers jours auprès d’un prince tel que monseigneur l’électeur ! quel plaisir j’aurais, après lui avoir fait ma cour, de m’enfermer dans ma chambre avec quelques volumes de sa belle bibliothèque ! Dans quelque triste état que je sois, je ne veux pas désespérer de ma destinée ; je me flatte toujours de la plus douce de mes espérances. Mettez-moi à ses pieds, aimez-moi, et soyez bien sûr que je ne vous oublierai jamais.

J’ai été bien mal après ma lettre. »

 

 

1 Évangile selon Jean , V, 8 : https://www.aelf.org/bible/Jn/5

2 La seconde partie de ce paragraphe depuis et même a été biffée par l'éditeur sur le manuscrit original et manque dans les éditions .

La dernière ligne de la lettre est autographe .

13/09/2020

Mon cher Esculape, vous êtes entouré de vos dévots et dévotes qui accourent dans votre temple d'Epidaure

... Cher Pr Raoult , je ne vous aime pas , mais vous n'êtes pas seul, il faut le reconnaitre !

A juste titre ? Peut-être . Avez-vous bien respecté le commandement "d'abord ne pas nuire " ? Je l'espère .

En forme pour comparaitre devant la commission d'enquête du Sénat (concentré de personnes à risque, faut-il le souligner  ) ?

Portrait de Didier Raoult par ROTH sur Stars Portraits

 

 

 

« A Théodore Tronchin

Lundi soir 20è mai 1765 1

Mon cher Esculape, vous êtes entouré de vos dévots et dévotes qui accourent dans votre temple d'Epidaure . Je mêle mes vœux aux leurs , mais je vous importune le moins que je peux . Je souffre sans me plaindre toutes les misères attachées à la décadence de mon âge, et à la faiblesse de ma constitution . La résignation vaut mieux que la prière .

Mme la duchesse d'Anville arrive 2. Je vous supplie de lui présenter ma lettre, et de faire valoir auprès d'elle tous les sentiments d'attachement et de respect que je lui conserverai tant que je serai en vie . Mon extrême faiblesse ne me permet pas d'aller à Genève . Si je pouvais y aller , ce serait assurément pour elle et pour vous .

Tâchez d'avoir le temps de m'instruire en deux mots si Mme la duchesse de Châtillon 3 vient dans votre temple . Toute ma petite famille vous encense avec moi, mon cher Esculape .

V.

 

J’apprends dans le 4 moment qu'un homme qui était chargé de deux grands ministères 5, les va quitter 6. Il restera toujours très grand seigneur . Je vous demande en grâce de me dire si vous croyez cette nouvelle . Je vous garderai le secret .

Il vient de m'arriver quelque chose de fort plaisant . Je vous ai écrit mon billet à plusieurs reprises 7 . Je venais de me promener au grand soleil, la tête m'a tourné, j'ai été demi-heure sans savoir ce que je faisais . Je me suis fait vomir un peu , j'avais pris de la casse le matin . Je me suis trouvé sans idée . J'ai voulu achever le dernier article de ma lettre et je n'ai pu en venir à bout . Mon pouls était fort élevé, j'avais une petite sueur, et ma vue était fort affaiblie .

Remarquez bien l'endroit de ma lettre que j'ai souligné ; j’avais mis deux mots qui ne signi[fi]aient 8 rien du tout ; c'était Énolph, alnorph 9. Je voulais absolument continuer ma phrase, et je n'en pouvais venir à bout . J'ai pris le parti de me mettre dans mon lit, j'ai bu quelques gouttes d'eau fraîche . Enfin , je suis revenu à moi, j'ai été fort étonné de mon Énolph alnorph . Je l'ai fait effacer proprement , et j'ai mis quelque chose de raisonnable à la place ; mais ça n'a pas été sans peine . Cela m'a fait voir combien l'homme est peu de chose et que nos idées ne dépendant pas plus de nous que notre digestion . Mais il y a longtemps que j'en étais convaincu .

Crescere sentimus pariterque senescere mentem. »

1 L'édition Tronchin B. est incomplète ; ici, version de André Delattre « Lettres à Théodore Tronchin » dans le Mercure de France du 1er octobre 1950 .

2 Le registre du Conseil de Genève mentionne en date du 27 mai 1765 que les syndics ont reçu la visite « de mesdames les duchesses d'Anville, de La Rochefoucauld, et la comtesse de Chabot et celle de M. le duc de La Rochefoucauld. »

3 Adrienne-Emilie-Félicité de La Baume Le Blanc de La Vallière, duchesse de Châtillon

4 V* a biffé mont écrit avant dans le .

5 Ces mots soulignés sont écrits d'une main plus large sur une première graphie qui a été effacée . On notera que V* devait avoir écrit plus que Enolph alnorph qui n'auraient pas rempli plus de la moitié de l'espace .

6 V* pense à Choiseul que la comtesse d'Esparbès de Lussan (qui prétend succéder à la marquise de Pompadour comme favorite) tente de faire disgracier ; ce sera sans succès .

7 Effectivement la dernière ligne semble avoir été écrite après coup et d'une main tremblante .

8 Lapsus de la part de Wagnière .

9Nous sentons notre esprit croître et vieillir en même temps ; Lucrèce, De natura rerum, III, 446 .