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20/02/2017

Mille respects à vos dames, et bien des remerciements à madame votre mère

... Monsieur Mahomet, prophète auto-proclamé, vous avez créé non seulement une religion d'asservissement supplémentaire, mais aussi un paradis à votre mesure qui devrait plaire au LR et au FN diablement favorisés -qu'Allah-la-land me pardonne -, si j'en crois quelques sourates qui désignent les lauréats de la vie éternelle . Je cite :

"Parmi eux circuleront les éphèbes immortels avec des cratères, des aiguières et des coupes d'un limpide breuvage dont ils ne seront ni entêtés, ni enivrés [...]"

"Les Compagnons de la Droite  seront, parmi des jujubiers sans épines  et des acacias alignés, dans une ombre étendue, près d'une eau courante et de fruits abondants ni coupés ni défendus, couchés sur des tapis élevés au-dessus du sol.

Des Houris que nous avons formées, en perfection, et que nous avons gardées vierges, coquettes, d'égale jeunesse,  appartiendront aux Compagnons de la Droite."

Pas étonnant de la part d'un coureur de désert en plein fantasme, qui connut (bibliquement) une femme mûre et une jeunette . Le coran me rappelle les contes des Mille et une  nuits, en plus grinçant .

Pas étonnant que Fillon et Marine et Dupont-Aignan morpionnent à ce point pour faire partie des élus .

Et vous, gauchistes maudits, circulez, il n'y a plus rien à voir/à boire !

 http://postedeveille.typepad.com/.a/6a01156fb0b420970c01348410d9c1970c-pi

http://www.postedeveille.ca/2010/06/le-sexe-au-paradis-se...

 

 

« A Gabriel Cramer

Voici deux feuilles qui ont besoin toutes deux d'être corrigées , et dont la dernière doit être remaniée . Je les envoie à monsieur Caro ; elles pourront occuper demain samedi ses maudits ivrognes . J'ai un peu confondu tous mes papiers dans notre transmigration de Babylone . Vous êtes supplié de nous dire le numéro de la dernière page de votre manuscrit .

Il est très certain que ce sont les gens de M. le duc de Villars qui nous ont bouché nos trous, et qui ont inondé nos pauvres Délices . Ils nous ont tout cassé, tout brisé, je suis bien aise qu'on le sache pour ma consolation . Mille respects à vos dames, et bien des remerciements à madame votre mère de toutes ses bontés .

4 mars [1762] aux Délices 1 . »

1 L'édition Gagnebin place cette lettre en 1763 ; or une lettre telle que celle du 17 février 1762 à F . Tronchin à propos d’égouts bouchés permet de faire la rectification ; voir : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2017/02/10/1-5909526.html

 

19/02/2017

Mon cher et grand acteur, est-il vrai que nous aurons le bonheur de vous voir devers Pâques ?

... Une semaine avant le premier tour, mon cher tribun Mélenchon, aurez-vous encore le goût de la victoire ou la première amertume de mésalliances ?

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Air guitar ! and the winner is .... JEAN-LUC !!!

 

 

« A Henri-Louis Lekain

A Ferney, 2 mars [1762] 1

Mon cher et grand acteur, est-il vrai que nous aurons le bonheur de vous voir devers Pâques ? Nous communierons ensemble , et nous prendrons des mesures pour faire de Zulime, de Cassandre, etc., quelque chose qui puisse vous être agréable et utile . J'interromps une répétition pour vous dire que notre troupe, et surtout Mme Denis et moi, nous vous faisons les plus tendres et les plus sincères compliments .

V. »

1 Mme Denis avait écrit le 28 février 1762 à Lekain en précisant : « Je demande à M. le duc d'Aumont un congé pour vous de huit jours . C’est-à-dire que vous devrez être à Paris le 19 lendemain du dimanche de la Quasimodo, et je demande votre congé jusqu'au lundi suivant qui sera le 26 avril . […] Nous jouerions Sémiramis, Tancrède, Gengis khan et Cassandre . Je vous annonce que mon oncle ne vous donnera point Cassandre, que vous ne veniez le chercher . Il y est très résolu . De plus mon oncle a d'autres ouvrages singuliers pour lesquels il veut absolument vous parler . En un mot, monsieur, mon oncle ne peut pas croire que l'on puisse vous refuser un congé lorsqu'il est question de le venir trouver pour des affaires qui regardent le théâtre […]. » Elle écrira à nouveau le 4 mars 1762 .

 

conforme à la prud’homie de la police et aux volontés du parterre, volontés qui sont souvent des caprices auxquels il ne faut pas se rendre aveuglément, mais qu’il ne faut pas choquer avec trop d’obstination

... Tel est Fanfoué Fillon :"Je suis candidat et j'irai jusqu'à la victoire !" .

Candidat : ouaip !

La victoire : pffftt, oublie ça gamin ! retourne dans ta boite de conseil, tu n'impressionne plus personne, tout le monde est prêt à te rentrer dedans, seuls ceux de ton parti (et encore pas les plus nombreux actuellement) qui ont peur de risquer de couler avec toi (financièrement parlant : plus de place d'élu = fin de sinécure ) font le choix forcé de te soutenir .         

 Et que dire des navrances du programme de Nicolas Dupont Aignan, content de lui-même, cela va sans dire ! ainsi que des ruineux programmes de Marine ? Glisser- déposer dans la Corbeille (avec leurs auteurs ) - vider Corbeille - Formater disque .

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« A Charles-Augustin Ferriol, comte d'Argental

et à

Jeanne-Grace Bosc du Bouchet, comtesse d'Argental

2 mars [1762] à Ferney 1

O mes anges, vous aurez incessamment Acanthe 2 conforme à la prud’homie de la police 3 et aux volontés du parterre, volontés qui sont souvent des caprices auxquels il ne faut pas se rendre aveuglément, mais qu’il ne faut pas choquer avec trop d’obstination.

A l’égard de Cassandre, nous avons du temps ; et si mon ours de six jours demande six mois pour être léché, nous lécherons six mois entiers sans plaindre notre peine, puisque vous ne la plaignez pas. Vous êtes, vous dis-je, d’impitoyables anges ; vous ne faites pas seulement attention que j’ai tout Pierre Corneille sur les bras, et encore l’Histoire générale des sottises des hommes, depuis Charlemagne jusqu’à notre temps, que je suis vieux et malade, et que je me tue pour une nation un peu ingrate . Mais mes anges me tiennent lieu de ma nation.

Vous ne m’avez rien dit de la façon dont le public a appliqué certains vers d’Aménaïde au maréchal de Broglie.4

Vous ne daignez pas me rassurer sur la prétendue intelligence de Pierre III et de Frédéric III, j’y suis pourtant très intéressé en qualité d’historiographe russe . Mais vous ne me croyez que citoyen des faubourgs d’Éphèse. Vous savez que ma chère impératrice Élisabeth avait souscrit deux cents exemplaires pour Marie Corneille.

Vous ne me dites rien non plus du parlement de Bourgogne, qui s’est avisé aussi de cesser de rendre justice pour faire dépit au roi, qui sans doute est fort affligé qu’on ne juge point mes procès. Le monde est bien fou, mes chers anges. Pour le parlement de Toulouse, il juge ; il vient de condamner un ministre de mes amis à être pendu 5, trois gentilshommes à être décapités, et cinq ou six bourgeois aux galères 6; le tout pour avoir chanté des chansons de David . Ce parlement de Toulouse n’aime pas les mauvais vers 7.

Permettez que je joigne ici un petit billet pour Lekain 8.

Je baise vos ailes avec componction. 

V.»

1 L'édition de Kehl, suivie des autres éditions, omet l'avant-dernier paragraphe rayé sur la copie Beaumarchais .

2 Un des personnages du Droit du seigneur .

3 Il semblerait bien que les censeurs aient demandé des corrections dans le texte aussi bien que dans le titre ; voir lettre du 9 mars 1762 à Damilaville une semblable allusion : « Tout ce qui a été ridiculement retranché à la police de Paris a été rétabli à la nôtre . »

4 Il s'agissait du vers : « On dépouille Tancrède, on l’exile, on l'outrage » ; voir lettre du 5 mars 1762 au cardinal de Bernis : http://www.monsieurdevoltaire.com/article-correspondance-annee-1762-partie-9-122909800.html

. Thieriot écrira le 3 mars à V* : « Vous savez que M. le maréchal et le comte de Broglie ont été exilés sur l'examen de leur mémoire . On joua Tancrède à Paris le soir que la nouvelle en fut répandue . Lorsque Mlle Clairon eut dit ces vers : On dépouille Tancrède, On l'exile, on l'outrage ./ C'est le sort d'un héros, etc. , on fit l'application, et on applaudit si fort qu'on ne remettra la pièce que dans quelques jours d'ici . »

7 On retrouve à peu près la même formule dans le Pot pourri : «  … Dieu aime-t-il les mauvais vers et la mauvaise musique ? »

 

18/02/2017

Nous allons dans le moment répéter une comédie

... Se disent in petto tous les candidats à quelque élection que ce soit, avant de faire les beaux lors de meetings qui n'ont d'intérêt que pour les loueurs de salles et quelques traiteurs et marchands de limonade . De la comédie au grand Guignol, il n'y a pas plus loin que d'une Marine Le Pen à une charretée de mensonges, entre autres .

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http://www.nawak-illustrations.fr/tag/extremisme/

 Drôles de cuisines avec de drôles de chefs : irrécupérables,  même pour Gordon Ramsay !

 

 

« A Ami Camp

1er mars [1762] Ferney 1

Voulez-vous bien monsieur que je vous adresse cette lettre pour votre mari 2 dont j'ignore la demeure .

Je vous supplie de ne point oublier que vous m'avez toujours conservé le peu de santé dont je jouis . C'est à vous que je dois cette précieuse casse que le grand docteur Tronchin m'a recommandée . Il y a sept ans que je suis fidèle à ses ordres , et que vous daignez me faire avoir ce secours étranger dont vous n'avez pas besoin .

C'est donc en vertu de la décision positive du docteur que je vous prie hardiment d'ordonner au droguiste le plus fameux de Lyon de m'envoyer sur-le-champ à Meyrin 24 livres de la meilleure casse du Levant . Mes entrailles et moi nous vous serions bien obligés .

Nous allons dans le moment répéter une comédie . Que n'êtes-vous là ?

V.

Je vous embrasse . Mlle Corneille et Mme Denis vous baisent des deux côtés .

V. »

1 Date complétée par Camp .

2 Cette lettre à Jean-Robert Tronchin ne nous est pas parvenue .

 

17/02/2017

on ne s’intéresse guère qu’à nos passions, et très peu à nos dévotions

... Dans un monde normal, laïc . Pour ce qui est des théocraties, c'est bien évidemment exactement le contraire , les exemples ne manquent pas, encore aujourd'hui, où religion officielle et nationalité sont indissociablement obligatoires , véritables lois insultantes pour la liberté de pensée .

 https://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%A9publique_islamique

 

 

 

« A Bernard-Louis Chauvelin

A Ephèse 1 26 février 1762

Votre excellence est bien persuadée de tous les sentiments que le roi mon maître 2 a pour elle. Il s’intéresse à votre santé ; il m’en a parlé avec une sensibilité qui est bien rare dans les personnes occupées de grandes affaires. C’est un exemple que vous lui avez donné ; il sait que, dans la guerre et dans les négociations, vous avez toujours cultivé l’amitié, et que vous paraissez toujours occupé de vos amis comme si vous aviez du temps de reste. Votre caractère l’enchante. Il a été lui-même assez malade ; mais, dès que sa majesté macédonienne a été en état de raisonner, je lui ai fait part de vos remontrances. Il admire toujours la sagacité de votre génie et la facilité de vos moyens ; il dit qu’il n’a jamais connu d’esprit plus conciliant. J’ai pris ce temps pour lui dire : faites donc ce qu’il vous propose . Il m’a répondu que cela lui était impossible. Mettez-vous à ma place, m’a-t-il dit, que m’importe d’avoir autrefois donné un coup de sabre à une Persane ? Quels si grands remords pourrai-je en avoir, si je n’étais pas éperdûment amoureux de sa fille ? n’ai-je pas dit exprès à mon maître de la garde-robe :

Ces expirations, ces mystères cachés,

Indifférents aux rois, et par moi recherchés,

Elle en était l’objet ; mon âme criminelle

N’osait parler aux dieux que pour approcher d’elle.3

Vous savez, a-t-il ajouté, qu’on ne s’intéresse guère qu’à nos passions, et très peu à nos dévotions . Si je me suis confessé, et si j’ai communié, on sent bien que c’est pour Olympie. J’insiste encore sur les ridicules qu’on me donnerait si mon père et moi avions eu pendant treize ans la fille d’Alexandre entre nos mains, après l’avoir prise dans son palais, et que nous n’en sussions rien.

Je ne vois d’autre réponse à cet argument que de bâtir un roman à la façon de Calprenède 4, et de supposer un tas d’aventures improbables, d’amener quelque vieillard, quelque nourrice qu’il faudrait interroger ; et ce nouveau fil romprait infailliblement le fil de la pièce. L’esprit partagé entre tant d’événements perdrait de vue le principal intérêt.  Il y a bien plus, dit-il, une reconnaissance est touchante quand elle se fait entre deux personnes qui ont intérêt de se reconnaître . Mais Cassandre, en apprenant que sa maîtresse est la fille de Statira, n’apprendrait qu’une très fâcheuse nouvelle. De plus, il faudrait deux reconnaissances au lieu d’une, celle d’Olympie et celle de Statira ; l’une ferait tort à l’autre. Je vous avoue que j’ai été fort ébranlé de toutes ces raisons que le roi mon maître m’a déduites fort au long, et dont je communique le faible précis à Votre Excellence. Je l’en fais juge, et je la supplie de considérer dans quel embarras elle nous jetterait, s’il fallait refondre 5 toute la pièce uniquement pour faire apprendre par Antigone ce qu’on peut très bien savoir sans lui.

On m’a envoyé du petit royaume des Gaules, situé au bout de l’Occident, un petit écrit 6 concernant des prêtres des idoles, qu’on appelle jésuites . Je ne sais ce que c’est que cette affaire ; on ne s’en soucie guère à Ephèse. J’en fais part, à tout hasard, à Votre Excellence. Statira, Olympie, et l’hiérophante, font mille vœux pour vous et madame l’ambassadrice. »

1 Lieu où se place la pièce d'Olympie .

2 V* joue à se présenter comme le ministre du roi de Macédoine ; dans la pièce, Statira est la veuve d'Alexandre le Grand .

3 Olympie, IV, 4 .

4 Dont précisément l'un des romans les plus célèbres est intitulé Cassandre .

5 L'édition de Kehl donne par erreur résoudre .

6 Voir dans les Facéties : La Balance égale . Voir lettre du même jour à d'Argence : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2017/02/16/celui-la-a-non-seulement-perdu-les-yeux-mais-les-mains-j-ent-5911502.html

 

16/02/2017

Maudit soit le marchand qui est cause que nous buvons du café détestable

...El senor gringo heureusement est là avec sa commère Grand'Mère pour relever le niveau ; les capsules Clooney and C° donnant de la pisse d'âne pour le prix d'un grand cru millésimé , ne reste que le plaisir de l'avoir aussitôt dit aussitôt fait, sans plus . Fast food, fast coffee : néfastes !

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Tout juste bons pour jouer aux dames

 

 

« A Ami Camp,

Banquier

à Lyon

Ferney 26 février [1762] 1

Maudit soit le marchand qui est cause que nous buvons du café détestable . Vos bontés monsieur répareront le tort que nous fait la négligence de ce Lyonnais . Voulez-vous bien avoir la bonté de me faire un autre plaisir ? c'est de prier la personne qui est chargée de mes deux lettres de change sur les intendants des ducs de Richelieu et de Villars de se présenter chez l'un et chez l'autre pour être payée . L'un et l'autre mandent qu'ils acquitteront ces lettres au commencement de mars . Elles sont l'une et l'autre de 3000 livres chacune . Je vous supplie de vouloir bien envoyer cent louis chez M. Cathala la première semaine de mars . On ne défalquera les dépenses que dans les mois suivants . Je ne crois pas que la lettre de change de 2400 livres pour de Croze ait lieu sitôt . Si je la donne je vous supplierai de lui faire honneur . Vous a-t-on mandé que Mme de Pompadour 2»

1 Date complétée par Camp .

2 V* a laissé la lettre incomplète, sans formule ni signature .

 

Celui-là a non seulement perdu les yeux, mais les mains. J’entends les mains avec lesquelles on donne : car pour celles avec lesquelles on prend, il en a plus que Briarée

... Il me semble bien que ça me rappelle quelqu'un qui prétend obtenir la fonction présidentielle , apparemment soutenu par son ex-patron qui boit du petit lait devant cette situation : l'union de deux loosers, tableau remarquable où l'on ne sait plus lequel est le plus détestable, l'avidité de l'un égalant la servilité de l'autre prêt à courber l'échine -il en a pris l'habitude-  pour tenter de l'emporter ; vous saurez faire le casting sans peine .

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 Looser donnant la leçon : deux faux jetons .

 

 

« A François-Achard Joumard Tison, marquis d'Argence

à son château de Dirac

par Angoulême

A Ferney 26 février 1762

Je ne savais où vous prendre, monsieur ; vous ne m’avez point informé de votre demeure à Paris . Je ne pouvais vous remercier ni de votre souvenir ni de votre excellent pâté. Je vous crois actuellement dans votre château ; le mien est un peu entouré de neige. Je crois le climat d’Angoulême plus tempéré que le nôtre ; et je vous avoue que si je m’applaudis en été d’avoir fixé mon séjour entre les Alpes et le mont Jura, je m’en repens beaucoup pendant l’hiver. Si on pouvait être Périgourdin en janvier et Suisse en mai, ce serait une assez jolie vie. Est-il vrai que vous avez des fleurs au mois de février ? pour moi, je n’ai que des glaces et des rhumatismes.

Je reçois, dans ce moment, monsieur, votre lettre du 13 Février . Je vois que je ne me suis pas trompé. Je vous tiens très heureux d’être loin de toutes les tracasseries qui affligent Paris, la cour, et le royaume. Je n’ai point encore vu le mémoire de M. le maréchal de Broglie 1, mais j’augure mal de cette division. Voici un petit mémoire en faveur des jésuites 2; j’ai cru qu’il vous amuserait . On me mande que madame de Pompadour est attaquée d’une goutte sereine 3 qui lui a déjà fait perdre un œil, et qui menace l’autre. L’Amour était aveugle, mais il ne faut pas que Vénus le soit. Il y a un autre dieu aveugle, c’est Plutus 4. Celui-là a non seulem[ent]5 perdu les yeux, mais les mains. J’entends les mains avec lesquelles on donne : car pour celles avec lesquelles on prend, il en a plus que Briarée 6. J’ai fait  une très grande perte dans l’impératrice de Russie, et je ne la réparerai pas . Elle m’accablait de bontés. Elle venait de souscrire pour deux cents exemplaires en faveur de mademoiselle Corneille. La philosophie console de tout ; et il n’y a de philosophie que dans la retraite. Jouissez de la vôtre, jouissez de vous-même, et conservez-moi vos bontés. »

1 Le 18 février 1762 le roi avait écrit au duc de Broglie : « Ayant jugé que la forme et le fond de la démarche que vous avez faite en me présentant un mémoire sur les événements de la campagne dernière étaient aussi contraires au bien de mon service que d'un mauvais exemple dans mon royaume, je vous en marque mon mécontentement en vous ôtant le commandement de ma province d'Alsace et en vous ordonnant de partir pour votre terre de Broglie [...] » . Voir la Correspondance secrète du comte de Broglie avec Louis XV, 1956, éditée par D. Ozanam et M. Antoine . En fait la décision communiquée par le roi représentait la victoire de la faction Soubise sur le clan des Broglie , à l'occasion de sa brouille avec le maréchal d'Estrées .

3 La goutte sereine est une maladie qui prive de la vue par la paralysie du nerf optique .

5 Le papier a été abimé par le cachet .