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19/12/2014

Je pense que tout le monde est devenu fou ; cela ne serait rien, si l'on n'était pas devenu aussi gueux

... Soyons fous, gueux !

miracle des gueux.jpg

 

 

 

« Au marquis Bernard-Louis de CHAUVELIN,
ambassadeur à Turin.

Aux Délices, 11 décembre [1759].

Il est bien beau à Votre Excellence de songer à des tragédies françaises, quand vous avez des opera italiens. Pour moi, je renonce cet hiver aux uns et aux autres. Phèdre, non pas la Phèdre de Racine, mais Phèdre, le conteur de fables, dit :

Vaces oportet, Eutiche, a negotiis,
Ut liber animus sentiat vim carminis.
1

 
Je maintiens que le public de Paris est comme ce M. Eutichius ; il n'est pas en état de sentir vim carminis.2 Il lui faut argent, gaieté, succès; il n'a rien de tout cela; il siffle tout pour se venger.
J'avais fait ma Chevalerie dans un temps moins malheureux, et j'espérais que vous pourriez la voir à Paris. Vous et madame l'ambassadrice l'avez assez honorée dans ma petite retraite.
M. le duc de Choiseul est, je crois, à présent un vrai Eutichius ; moi, chétif, je suis attristato, malinconico, ammalato 3. L'hiver me rend de mauvaise humeur ; il m'ôte le plaisir de me ruiner en bâtiments. J'essuie des banqueroutes. Les misères publiques poussent jusqu'au mont Jura, et viennent m'y trouver.
Vraiment oui, monsieur, j'ai reçu une lettre du roi de Prusse ; j'en ai reçu trois en huit jours. Je suis comme les gens de l'île des Papegaux 4 : « L'avez-vous vu, bonnes gens, l'avez-vous vu ?
Eh oui, pardieu ! nous en avons vu trois, et nous n'y avons guère profité. 5» Cette petite affaire me paraît aussi épineuse que celle de ce rude abbé d'Espagnac, qui ne finit point, et qui s'amuse à présent à condamner le lit de justice.
Je pense que tout le monde est devenu fou ; cela ne serait rien, si l'on n'était pas devenu aussi gueux. Je crois pourtant que Luc écrira à votre ami 6 avant un mois. Pour moi, je vous remercierai toujours des bontés dont vous m'avez honoré auprès de cet épineux d'Espagnac. Il devrait bien plutôt songer à tirer le pays de Gex de la misère qu'à grimeliner 7 des lods et ventes.
Il ne m'appartient pas de parler à Votre Excellence des affaires publiques ; mais il faut que je vous conte un trait assez singulier qui a quelque rapport à ce qui se passe sur terre. Vous savez que le roi de Prusse m'écrit quelquefois en vers et en prose, quand il a fait sa revue et joué de la flûte ; or il m'écrivait le 17 de novembre : « Nous touchons à la fin de notre campagne ; elle sera bonne, et je vous écrirai, dans une huitaine de jours, de Dresde, avec plus de tranquillité et de suite qu'à présent ; » et vous savez, au bout de trois jours, ce qui lui est arrivé 8. Je trouve partout la fable du Pot au lait 9. Quel pot au lait que ce Silhouette ! Son premier début m'avait séduit. Ce traducteur du Tout est bien, de Pope, m'a vite rangé du parti de Martin, et m'a fait voir combien tout est mal. Il faut tâcher de vivre comme le seigneur Pococurante. Mais il y a un seigneur qui me paraît de tout point préférable ; c'est le plus aimable des hommes, mari de la plus aimable des femmes. Je leur présente à tous deux, avec leur permission, les plus tendres respects.

V. »

1 Il faut, Eutichius, que tu lances tes occupations, pour que ton esprit libre sente la force du poème . Phèdre , Fables, III, prologue, v. 2-3 : http://latinjuxtalineaire.over-blog.com/article-24810395.html

2 La force du poème .

3 Attristé, mélancolique, malade, ce sont presque les termes du début de la lettre à Algarotti du 10 décembre 1759 : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2014/12/17/la-musique-change-c-est-une-affaire-de-gout-et-de-mode-mais-5514916.html

4 Voyez Pantagruel, liv. IV, chap. XLVIII; comment Pantagruel descendit en l'isle des Papimanes. — C'était de mémoire seulement que Voltaire en citait ce passage.

V* écrit papes gaux en deux mots . Les trois lettres de Luc sont sans doute celles des 12, 17 et 19 novembre ; voir lettre du 4 décembre 1759 à Frédéric II qui répond à celle du 19 novembre : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2014/12/12/quelle-idee-quel-contraste-quel-mot-5509288.html

6 Le duc de Choiseul

7 De grimelin, petit écolier, signifie « jouer petit jeu » comme des enfants . Le sens du texte est tout proche de celui-là . Littré dit «  se ménager quelque petit profit dans une affaire . »

 

 

18/12/2014

vous vous acquitterez insensiblement d'une grande partie de votre dette, sans débourser d'argent ; ce marché pourrait durer longtemps et serait commode pour vous et pour moi

... Yeah !

8, oui, vous lisez bien HUIT centimes d'euro supplémentaires pour chaque heure de travail d'un SMICard à compter du 1er janvier 2015 ; modérez votre joie de futurs millionnaires, c'est une augmentation brute , 12,14€ par mois : une place de cinéma et un petit cornet de pop corn , une vie de nabab nous tente inexorablement .

On dit "merci" ? sans coup de pouce à attendre du ministère (le Sapin est un sapin givré et le ridicule ne tue pas encore).

Et : "encore !" ce n'est qu'un début !

 http://www.lefigaro.fr/emploi/2014/12/18/09005-20141218AR...

smic cagnotte.png

 Le SMICAGNOTTE nouveau est arrivé

 

«  A François Guillet, baron de Monthoux, au château d’Annemasse . Recommandé à M. Mirabaud

[vers le 10 décembre 1759] 1

Monsieur, une indisposition de quelques jours m'a privé jusqu'à présent de répondre à l'honneur de votre dernière lettre par laquelle vous me fîtes savoir l'emploi des 12000 livres ; je n'ai jamais douté de votre exactitude, je vous avais seulement averti des difficultés qu'on me faisait à Genève ; je vous serai très obligé de vouloir bien me procurer le plus que vous pourrez d'avoine . Si vous pouviez m'en fournir trois à quatre cents coupes à 4 livres de France comme vous l'avez proposé dans vos lettres, vous vous acquitterez insensiblement d'une grande partie de votre dette, sans débourser d'argent ; ce marché pourrait durer longtemps et serait commode pour vous et pour moi .

Je serai toujours à vos ordres, et j'ai l'honneur d'être avec le plus respectueux attachement,monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur .

Voltaire »

1 Monthoux note sur la lettre : « Voltaire – par laquelle il m'offre 4 francs de France la coupe de l'avoine à continuer les années suivantes. »

 

 

17/12/2014

La musique change, c'est une affaire de goût et de mode ; mais le cœur humain ne change pas

... https://www.youtube.com/watch?v=Fk0V_GGa2XM&list=RDFk0V_GGa2XM#t=9

 Shine on you ! crazy men !!

 

resto du coeur.jpg

 

« Au comte Francesco ALGAROTTI.
Aux Délices, 10 décembre 1759
Quando mi capito la vostra gentile epistola, stava bene, e ne fui allegro tutto il giorno ; ma sono ricaduto, sto male, e sono pigro, attristato, malinconico, ho abbandonato un mese i miei armenti, e l'istoria, e la poesia, ed ancora voi stesso, Cigno di Padova, che cantate adesso sulle sponde del picciol Reno, parvique Bononia Reni 1.
Vi parlerô prima dell' opéra rappresentata nella corte di Parma,
Che quanto per udita io ve ne parlo ;
Signor, miraste, e feste altrui mirarla.2

Il vostro
Saggio sopra l' Opéra1 in musica 3 fu il fondamento della riforma del regno de' castrati. Il legame delle feste e dell' azione, a noi Francesi si caro, sarà forse un giorno l' inviolabil legge dell' opera italiana 4.

Notre quatrième acte de l'opéra de Roland 5, par exemple, est en ce genre un modèle accompli. Rien n'est si agréable, si heureux que cette fête des bergers qui annoncent à Roland son malheur ; ce contraste naturel d'une joie naïve et d'une douleur affreuse est un morceau admirable en tout temps et en tout pays. La musique change, c'est une affaire de goût et de mode ; mais le cœur humain ne change pas. Au reste la musique de Lulli était alors la vôtre ; et pouvait-il, lui qui était un valente buggerone di Firenze 6, connaître une autre musique que l'italienne ? Je compte envoyer incessamment à M. Albergati la pièce que j'ai jouée sur mon petit théâtre de Tournay, et qu'il veut bien faire jouer sur le sien, en cas qu'il ne soit point effrayé d'avoir commerce avec une espèce d'hérétique, moitié Français, moitié Suisse. Je crois, messieurs, que, dans le fond du cœur, vous ne valez pas mieux que nous ; mais vous êtes heureusement contraints de faire votre salut.
M. Albergati m'a mandé qu'il avait vraiment une permission de faire venir des livres. 0 Dio ! o Dei immortales !7 Les jacobins avaient-ils quelque intendance sur la bibliothèque d'un sénateur romain ? Yes, good sir, I am free and far more free than all the citizens of Geneva. Libertas, que, sera, tamen respexit sed non inertem.8 C'est à elle seule qu'il faut dire : Tecum vivere amem tecum obeam libenter 9. Cependant j'écris l'histoire du plus despotique bouvier 10 qui ait jamais conduit des bêtes à cornes ; mais il les a changées en hommes. J'ai chez moi, au moment que je vous écris, un jeune Soltikof, neveu de celui qui a battu le roi de Prusse ; il a l'âme d'un Anglais, et l'esprit d'un Italien.

Le plus zélé et le plus modeste protecteur des lettres que nous ayons à présent en Europe est M. de Schouvalow, le favori de l'impératrice de Russie : ainsi les arts font le tour du monde. J'ai bien peur que bientôt ils ne périssent à Berlin . Le roi de Prusse me mandait le 17 novembre : je vous écrirai dans trois jours de Dresde … et au bout de trois jours il perd vingt mille hommes .

Du triomphe, à la chute il n'est souvent qu'un pas 11.
Niente dal vostro librajo ; ve l' ho detto, a un mancatore 12. Annibal et Brennus passèrent les Alpes moins difficilement que ne font les livres. Intérim, vive felix, and dare to come to us 13.

V. »

1 Silius Italicus, Les Guerres Puniques, VIII, 599 ; voir : http://agoraclass.fltr.ucl.ac.be/concordances/Silius_puniquesVIII/lecture/6.htm

2 « Qui, à ce qu'en dit la renommée / A été admirée de vous et que vous avez fait admirer aux autres . » Arioste, Orlando furioso, chant XL, 1, citation inexacte ; « che quanto per udita io ve ne parlo,
Signor, miraste, e feste altrui mirarlo », voir :http://www.atuttascuola.it/orlando/orl40.htm

3 Essai d'Algarotti publié pour la première fois en 1755 . Le chevalier de Chastellux publiera une traduction de cet Essai en 1773.

4 Traduction : Quand je reçus votre gentille lettre, j'étais bien portant, et je fus allègre tout le jour. Mais je suis retombé malade, et redevenu paresseux, triste, mélancolique; j'ai abandonné mes troupeaux, et l'histoire, et la poésie, et vous-même, cygne de Padoue, qui chantez maintenant sur les bords du petit Rhin, « du petit Rhin de Bologne ». Je vous parlerai d'abord de l'opéra représenté à la cour de Parme, quoique je n'en parle que d'après ce que j'en ai ouï dire : vous l'avez admiré et l'avez fait admirer. Votre Essai sur l'Opéra a amené la réforme du règne des castrats. Le lien des fêtes et de l'action, si cher à nous autres Français, sera un jour l'inviolable loi de l'opéra italien.[NB : on a traduit par tragédie le mot opera qui peut signifier aussi bien œuvre dramatique qu'opéra ; l’œuvre jouée à parme était La Sémiramis, tragédie en musique d'après Sémiramis de V* ; voir lettre du 24 septembre 1759 au marquis Cappacelli : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2014/10/11/m... ]

5 Paroles de Quinault, musique de Lulli; 1685. Voir : http://sitelully.free.fr/livretroland.htm

et écouter : https://www.youtube.com/watch?v=sovAsG6kHL8

6 Un fameux bougre de Florence ; les mots de « bougre » et homme de Florence » sont appliqués par La Fontaine à Lully dans son épître satyrique du Florentin ; voir : http://sitelully.free.fr/contemporains.htm

Algarotti a donné b... ; le mot est pris dans la copie Beaumarchais .

7 Latin et italien mélés : ô Dieu ! Ô Dieux immortels .

8 Oui, mon bon monsieur, je suis libre et bien plus libre que tous les citoyens de Genève . La liberté qui a enfin daigné me favoriser, moi qui pourtant n'était pas inactif . La dernière phrase est adaptée de Virgile, Bucoliques, I,27 avec addition de la conjonction sed et de la négation non, ce qui renverse le sens .

9 Avec toi j'aimerais vivre, avec toi je mourrais de bon cœur . Horace, Odes, III, ix, 24 : Tecum vivere amem, tecum obeam libens .

10 Pierre le Grand .

11 Ce vers tragique n'est pas identifié .

12 Rien de votre libraire ; je vous l'ai dit, c'est un homme sans parole .

13 En attendant vis heureux, et ose venir jusqu'à nous

le secret de n'avoir aucune passion pour tous ces gens-là : c'est d'être si occupé de mes moutons, de mes bœufs et de mes blés que je n'aie pas le temps de m'intéresser aux rois

... Cette sagesse est loin d'être la norme, Closer, Gala, Voici & C° en périraient (et je ne verserais pas une larme, même de crocodile, pour eux ) .

 

 

 

« A Marie-Ursule de Klinglin, comtesse de LUTZELBOURG.
Aux Délices, 9 décembre.
Dès que Colini sera prêt à partir 1, madame, je lui enverrai assurément une lettre pour l'électeur palatin, dont on prétend que le pays commence à être exposé aux visites des Hanovriens.
Il faut avouer que jusqu'ici la France ne sert pas trop bien ses amis. Je n'imiterai pas ce triste exemple; je servirai Colini de tout mon cœur. Vous me paraissez depuis longtemps, madame, détachée tout à fait de Marie-Thérèse ; les grandes passions s'usent ; celle que vous avez pour le roi de Prusse s'usera de même.
Je crois avoir trouvé le secret de n'avoir aucune passion pour tous ces gens-là : c'est d'être si occupé de mes moutons, de mes bœufs et de mes blés que je n'aie pas le temps de m'intéresser aux rois. Je vous assure que la vie pastorale est un beau contraste avec la vie horrible qu'on mène auprès d'eux, sans compter la mort ou la pauvreté qu'on va chercher pour eux. La France a perdu cent mille hommes depuis trois ans ; et à présent elle n'a pas plus de vaisseaux que de vaisselle. Notre or et notre sang inondent l'Allemagne. Quiconque avait des effets publics est ruiné. Il faut aimer ses moutons quand on en a ; mais, si j'avais un Silhouette pour berger, ils mourraient tous de la clavelée 2.
Monsieur votre fils va-t-il encore se ruiner et hasarder sa vie ?
Où est-il, madame ? Permettez que je l'assure de mon respectueux attachement, ainsi que votre bonne et fidèle amie. Si vous avez autant de neige que nous, il faudra que le carnage cesse cet hiver. Tâchez d'être heureuse pour vous dépiquer 3.
Je suis à vos pieds pour ma vie.

V. »

3 Pour dissiper ces sujets de mécontentement .

 

 

16/12/2014

L'argent et les cœurs se resserrent quand la poudre à canon se dilate

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« A Louise-Dorothée von Meiningen, duchesse de SAXE-GOTHA
Aux Délices, 8 décembre 1759
Madame, j'ai eu l'honneur d'écrire à Mlle de Pestris ou Pertris 1, à Gotha, par Nuremberg. J'ai peut-être mal orthographié le nom et celui de Mme de Beckolsheim 2; mais je me flatte que l'on aura suppléé à l'ignorance d'un pauvre habitant de la Suisse française, et que la lettre aura été rendue. Elle était accompagnée, madame, d'un petit billet d'avis que j'eus l'honneur d'écrire à Votre Altesse sérénissime, touchant votre banquier de Leipsick 3, et son compte était dans une lettre jointe à ce billet d'avis. Votre Altesse sérénissime sait combien les temps sont difficiles. L'argent et les cœurs se resserrent quand la poudre à canon se dilate : c'est une expérience de physique qui n'est aujourd'hui que trop commune. J'ai peur d'ailleurs que votre banquier, madame, n'ait eu trop de confiance, et qu'il n'ait perdu le moment de s'accommoder avec ses créanciers 4. Et j'avoue que je crains qu'un jour vous ne souffriez quelque perte de la faillite à laquelle il est exposé. Mais les affaires de votre auguste maison sont si bien réglées, votre prudence et celle de monseigneur le duc les gouverne avec une économie si sage, et en même temps si noble, que Vos Altesses sérénissimes ne peuvent souffrir beaucoup des malheurs des particuliers. Pour les affaires publiques, je ne sais rien de nouveau depuis la perte qu'ont faite les Français de leur vaisselle et de leurs flottes. Voilà de bons catholiques privés de morue pour leur carême, et n'ayant plus de castors pour couvrir leurs têtes, qu'on disait légères et qui sont à présent appesanties.
Je ne sais rien de la position du roi de Prusse depuis l'aventure de Maxen. J'ignore s'il est vrai que les Russes rentrent en Silésie ; tout ce que je sais, c'est que je voudrais que la grande maîtresse des cœurs me présentât un matin à Votre Altesse sérénissime, et mît à ses pieds son courtisan, pénétré du plus profond respect. »

1 Ici commencent les nouvelles négociations de Voltaire pour obtenir la paix. Voyez la lettre de novembre à d'Argental (seul) : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2014/11/25/un-principe-aussi-vrai-que-triste-c-est-qu-il-n-y-a-rien-a-g-5496848.html

  On se sert du nom de Pertris ou Pertriset pour correspondre. (Georges Avenel.)

2 La lettre de V* à Frédéric II avait été portée par Bechtolsheim ; voir la lettre d'accompagnement de la duchesse à Frédéric du 15 novembre 1759 (Œuvres de Frédéric ) : page 195 : http://friedrich.uni-trier.de/fr/oeuvres/18/195/

Pour « Mlle de Pestris ou Pertris » voir la lettre du 29 avril 1759 à la duchesse : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2014/06/13/les-maux-de-la-guerre-influent-sur-tout-on-parle-de-paix-et-on-couvre-la-te.html

La duchesse de Saxe-Gotha répondra dans sa lettre du 18 décembre 1759 : « La demoiselle Pertriset n'est guère aimable mais son adresse est excellente . » Voir dans : https://archive.org/stream/voltaireferney00volt/voltaireferney00volt_djvu.txt

3 Frédéric II.

4 Ses ennemis.

 

15/12/2014

obtenir la signature de M. de Barol sur le contrat

... Semble bougrement plus facile à obtenir que celle de Thierry  Lepaon sur sa lettre de démission  à la direction de la Confrèrie Généralement Tortueuse .

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« A François Guillet, baron de Monthoux

8 décembre 1759

[Lui demande d'obtenir la signature de M. de Barol sur le contrat ]1

1 Le manuscrit olographe est passé à la vente de la marquise de Barol, 1883 . Le catalogue a tort de désigner Moultou comme destinataire : V* ne fit en effet sa connaissance qu'en 1762 . M. de Barol était le précédent propriétaire du château d'Annemasse . Nous sommes donc à l'époque où V* prêta de l'argent à Monthoux contre une première hypothèque sur la demeure, ce qui fixe la date de cette lettre .

 

14/12/2014

Mandez-moi, je vous prie, comment vont les affaires publiques ; ce n'est pas curiosité, c'est nécessité.

... Mon avenir, et le vôtre bien sûr, en dépendent .

 

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« A Louise-Florence-Pétronille de Tardieu d'Esclavelles d'ÉPINAY
Aux Délices, 7 décembre 1759.
J'ai deux grâces à vous demander, ma chère philosophe, lesquelles ne tiennent en rien à la philosophie : la première, c'est de vouloir bien m'envoyer un second exemplaire de la Mort et de l'Apparition de mon cher frère Berthier; la seconde, de vouloir bien vous abaisser en ma faveur jusqu'à jeter un coup d'œil sur les misérables affaires de ce monde matériel, et de me dire si les actions des fermes sont un effet qui puisse et qui doive subsister. Ce sont deux propositions de théologie et de finances dont je suis honteux. Le paquet Berthier pourrait être contre- signé Bouret, car ce cher et bienfaisant Bouret a la bonté de me contre-signer tout ce que je veux. Ma respectable philosophe, vous êtes bien tiède : quoi ! vous et le prophète de Bohême 1, vous êtes à Paris, et l'infâme n'est pas encore anéantie 2! Il faudra que je vienne travailler à la vigne.
Ma chère philosophe, vous n'avez pas eu de confiance en moi, et vous l'avez prodiguée à des prêtres genevois. Vos livres 3 courent Genève ; je suis obligé de vous en avertir 4; je vous aime.
Vous avez été déjà la dupe d'un Genevois 5 ; ah! ma philosophe, ne vous fiez qu'aux solitaires comme moi, et aux Bohémiens 6; ne me trahissez pas, mais tâchez de rattraper tous vos exemplaires. Votre fils serait un jour désespéré si cela transpirait.
Mandez-moi, je vous prie, comment vont les affaires publiques ; ce n'est pas curiosité, c'est nécessité. Je suis dans la même barque que vous : il est vrai que j'y suis à fond de cale, et vous autres au timon ; mais nous sommes battus des mêmes vents. Ma belle philosophe, vous êtes vraie ; mettez-moi au fait, je vous en prie, et daignez conserver quelque amitié pour l'ermite. »

2 Nouvelle préparation de la formule qui prendra sa forme définitive « écrasez l'infâme » . la suite fait allusion à la parabole des « ouvriers de la dernière heure » dans l'évangile de Matthieu .

3 Lettres à mon fils, 1758, in-8°; 1759, in-12 : Mes Moments heureux, 1758, in-8°; 1759, in-12.

4 Le 23 avril 1759, elle a écrit de la Briche à Sedaine : « Je vous montrerai quelque jour une assez bonne lettre que j'écrivis à Voltaire […] on avait imprimé à Genève une de mes lettres qu'on m'avait volée . Je le sus à temps pour en empêcher le débit . Mais il s’en échappa quelques exemplaires à mes recherches, Voltaire m'en écrivit et je lui répondis. » cet extrait est tiré d'un catalogue de vente ; on est surpris que la date ne corresponde pas mieux à celle de la présente lettre .

5 Jean.-Jacques Rousseau.

6 C'est-à-dire à Grimm.