28/11/2014

je serais prêt à payer pour eux pour les tirer de la situation accablante où ils sont

... Bill Gates et autres milliardaires, à travers des fondations caritatives , n'ont fait -sans le savoir je le parierais -, que suivre l'exemple de Voltaire qui ne s'est pas contenté de profiter de sa fortune pour lui seul , mais a su aider les pauvres . Exemple à garder en tête , ce ne fut pas qu'un philosophe, ni qu'un écrivain , il fut homme d'action remarquable .

Il en est aussi encore en France, sans être milliardaires, qui ont de la bonté .

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 http://france3-regions.francetvinfo.fr/basse-normandie/2014/11/28/centre-d-hebergement-d-urgence-un-terrain-trouve-caen-602552.html

 

« A Louis-Gaspard FABRY,
premier syndic, maire et subdélégué à Gex
21è novembre 1759, aux Délices.
Monsieur, autant que je suis sensible à vos attentions obligeantes, autant je suis éloigné de demander à monsieur l'intendant comme une grâce la permission de prêter aux communiers de Ferney l'argent nécessaire pour payer le prêtre qui les ruine 1 Ces communiers, qui sont au nombre de cinq, m'avaient dit qu'ils avaient de monsieur l'intendant permission d'emprunter, et c'est sur cette assurance que je voulais bien leur prêter sans aucun intérêt. Mais il me paraît, monsieur, que monsieur l'intendant a pris un parti beaucoup plus sage, et plus utile pour la paroisse. Il a ordonné que la paroisse entière serait imposée au marc la livre de sa taille, pour payer le curé de Moëns. Il résulte de cet arrangement deux avantages : le premier, que les communes ne seront point obligées d'engager leurs pâturages ; le second, que toute la paroisse aura droit de commune, puisque, ayant également supporté l'impôt, elle aura également part au bénéfice.
Si pourtant, monsieur, d'autres considérations engageaient à ne continuer le droit de commune qu'aux quatre ou cinq personnes qui en sont en possession, alors il faudrait bien qu'elles empruntassent, et en ce cas je serais prêt à payer pour eux pour les tirer de la situation accablante où ils sont. Vous pourriez, monsieur, envoyer cette lettre à monsieur l'intendant, sur laquelle il donnerait ses ordres.
J'ai l'honneur d'être, avec tous les sentiments que je vous dois, monsieur, votre, etc."

 

27/11/2014

Je me flatte que vous ne ferez aucune difficulté de me payer sur le même pied que vous l'avez été . J'attends cette justice

... Ce que dans la même veine que la note précédente, je pourrais  écrire, élégamment, au cher percepteur du Trésor Public coupable d'une taxation d'office irrégulière et exigeant la paiement de la somme avant d'envisager le remboursement du trop perçu . ô merveilleuses arcanes fiscales !

 

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« A Jean-Louis Labat,

baron de Grandcour

à Genève

18 novembre [1759]

Je vous prie très instamment mon cher baron de vouloir bien m'envoyer mon compte et le reste de l'argent qui vous a été remis pour moi . Il reste peu de chose . Il vous sera aisé de solder le tout . Vous avez la date des sommes par moi livrées 1, et dont partie m'a été remboursée par vous en divers temps, avec les intérêts de l'année dernière pour la somme de cinquante mille livres, lesquels intérêts vous ont été payés par les créanciers et dont vous m'êtes redevable, plus les intérêts des sommes ci-devant remboursées par vous jusqu'au jour du remboursement . Je me flatte que vous ne ferez aucune difficulté de me payer sur le même pied que vous l'avez été . J'attends cette justice de votre amitié et de votre régularité en affaires 2. Mes bâtiments me ruinent, et je compte sur vos bontés .

V. »

2 Ce qui n'a peut-être pas été constamment le cas car V* écrira le 25 mars 1760 à la duchesse de Saxe-Gotha : « Un certain La Bat, baron de Grandcour, marchand de Genève, un peu usurier de son métier, m'est venu trouver. Il parle de comptes, de différence d'argent, etc. Fi donc! le vilain n'a été que trop bien payé. »

 

Je n'ai changé, monsieur, ni de domicile ni de sentiment pour vous

... Voilà ce que j'écrirais volontiers, en cas de besoin, à mon percepteur .

 

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 Symbole des gens du voyage

 

« A Alexis-Jean Le Bret 1

Aux Délices le 17 novembre 1759

Je n'ai changé, monsieur, ni de domicile ni de sentiment pour vous , j'ai parlé de vos intentions à MM. Cramer qui se feront un plaisir et un honneur de faire tout ce que vous désirez etc . »

 

26/11/2014

Il serait bien odieux que pour seule récompense du bien que j'ai fait, et d'un bien dont il n'y a point d'exemple, je ne recueillisse que des plaintes et des difficultés

...Et oui, détestable ersatz de président, Sarkozy tu oserais/oses te présenter en victime ; passe ton chemin et va escroquer qui le veut bien, mais fiche la paix à la France .

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« A Jean-Charles Girod 1

[vers le 15 novembre 1759]

Vous auriez bien dû, monsieur, me parler et m'instruire avant de m'exposer à des discussions avec M. De Brosses .

1° Je vous donne avis que j'en suis avec lui en marché de la vente totale de la terre, marché que j'aurais fait d'abord si j'avais pu prévenir les bontés du roi 2. Ainsi je composerai une terre de Ferney et de Tournay, dans laquelle les domaines intermédiaires seront incorporés .

2° Vous avez dû voir les bonifications immenses que j'ai faites à la terre de Tournay . Ce que j’ai entrepris dans la lisière de la forêt est peut-être la meilleure amélioration . Car , excepté la petite avance du bois qui intercepte les prés, le reste de cette lisière est très clairsemé ; il n'y a presque que des pins ; ils ôtent le soleil à un grand champ qui n'a jamais rien produit . Je couvre ce champ de la terre des fossés que je tire dans la forêt ; je l'augmente du terrain qu'occupaient ces pins , et j'en fais une pièce d’un excellent rapport .

Quant à cette petite langue de bois qui intercepte les prairies, je sais que le projet a toujours été de la couper pour bonifier et agrandir ces prés . J'ai fait en conséquence creuser un profond fossé pour sécher ces bas prés qui, avec le temps et par la négligence des fermiers, sont devenus des marais ; en un mot, j'ai fait des dépenses immenses, uniquement pour le bien de la terre .

J'y ai mis en réparations plus de quinze mille livres en six mois, sans compter les frais de l'exploitation . Il serait bien odieux que pour seule récompense du bien que j'ai fait, et d'un bien dont il n'y a point d'exemple, je ne recueillisse que des plaintes et des difficultés .

J'attends , pour terminer toutes ces tracasseries indignes de M. De Brosses et de moi, une procuration de sa part pour la vente absolue de Tournay que je possède à vie . Ce sera probablement à vous qu'il adressera cette procuration .

Mais en attendant, monsieur, je vous prie de me laisser jouir en paix d'une terre qui m'appartient . Je vous prie d'envoyer ma lettre à M. De Brosses .

Votre très humble et très obéissant serviteur .

V. »

2A savoir l'exonération de toutes charges fiscales pour Ferney .

 

 

25/11/2014

Je suis tout prêt sans doute , mon cher monsieur, à tirer la commune de Fernex ou Ferney, du bourbier

... Disent chacun à leur tour les candidats à la mairie de Ferney, depuis des décennies, et aussi à la communauté de communes du Pays de Gex  . Bien évidemment , chaque fois, ce qui cloche est dû au  prédécesseur n'a pas été à la hauteur, mais on va voir ce qu'on va voir, nom de Zeus !

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« A Louis-Gaspard Fabry maire

et subdélégué de Gex

à Gex

[vers le 15 novembre 1759]

Je suis tout prêt sans doute , mon cher monsieur, à tirer la commune de Fernex ou Ferney, du bourbier où le chicaneur Budée de Montréal 1 l'avait plongée, et quoiqu’il ne me reste que très peu d’argent, attendu qu'on me pille de tous côtés, cependant je paierai volontiers pour ces malheureux 2.

J'ai passé l'acte dans cette vue, mais suivant le bon plaisir de monsieur l'intendant . Il faut donc qu'il réforme son bon plaisir , il faut donc qu'ayant ordonné que tout le village se cotise, il ordonne à présent que les communiers empruntent . Je laisse à vos bons soins, à votre prudence et à vos bontés l'arrangement de cette petite affaire . Tout ce que vous déterminerez sera bien fait . Vous êtes accoutumé à débrouiller des choses plus difficiles, et vous mettez partout de la facilité et de la justice . Quand vous voudrez me communiquer vos idées et vos ordres sur le très inculte et très misérable pays de Gex, je tâcherai de marcher à votre suite . J'ai l'honneur d'être avec tous les sentiments d'estime et de confiance qu'on vous doit monsieur

votre très humble et très obéissant serviteur

Voltaire »

 

un principe aussi vrai que triste : c'est qu'il n'y a rien à gagner pour nous, d'aucune façon, dans ce gouffre où tout l'argent de la France a été englouti

... Mais dans le même temps, je me dois de souligner que l'entreprise de démolition/démotivation d'Eric Zemmour m'agace au plus haut point ; s'il parle de "suicide" que ne donne-t-il l'exemple en s'empoisonnant avec sa plume ! 

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« A Charles-Augustin Ferriol, comte d''ARGENTAL.
A vous seul. [vers le 15 novembre 1759] 1
Mon divin ange, vous êtes un ange de paix. Permettez que je vous parle votre langue, après avoir parlé celle de notre tripot des Délices. Vous êtes né, de toutes façons, pour mon bonheur, dans mes plaisirs, dans mes affaires. Je vous dois tout ; vous êtes en tout temps constitué mon ange gardien ; écoutez donc ma dévote prière.
1° Je voudrais savoir, en général, si M. le duc de Choiseul est content de moi ; et vous pouvez aisément vous en enquérir un mardi. Tout ce que je peux vous dire, c'est que j'ai grande envie de lui plaire, et comme son obligé, et comme citoyen.
2° S'il entrait avec vous dans quelque détail, comme il y est entré avec M. de Chauvelin, ne pourriez-vous pas lui dire, quelque autre mardi, la substance des choses ci-dessous?
V. est dans une correspondance suivie avec Luc; mais, quelque ulcéré qu'il puisse être et qu'il doive être contre Luc, puisqu'il est capable d'avoir étouffé son ressentiment au point de soutenir ce commerce, il l'étouffera bien mieux quand il s'agira de servir. Il est bien avec l'électeur palatin, avec le duc de Wurtemberg, avec la maison de Gotha, ayant eu des affaires d'intérêt avec ces trois maisons, qui sont contentes de lui, et qui lui écrivent avec confiance. Il a été le confident du prince de Hesse l'apostat 2. Il a des amis en Angleterre. Toutes ces liaisons le mettent en droit de voyager partout, sans causer le moindre soupçon, et de rendre service sans conséquence.
Il a été envoyé secrètement, en 1743, auprès de Luc. Il eut le bonheur de déterrer que Luc alors se joindrait à la France; il le promit; le traité fut conclu depuis, et signé par M. le cardinal de Tencin. Il pourrait rendre aujourd'hui quelque service non moins nécessaire 3.
Mon cher ange, il faut la paix à présent, ou des victoires complètes sur mer et sur terre. Ces victoires complètes ne sont pas certaines, et la paix vaut mieux qu'une guerre si ruineuse. On ne se dissimule pas sans doute l'état funeste où est la France état pire pour les finances et pour le commerce qu'il ne l'était à la paix d'Utrecht. Quelquefois, quand on veut, sans compromettre la dignité de la couronne, parvenir à un but désiré, on se sert d'un capucin, d'un abbé Gautier 4, ou même d'un homme obscur comme moi, comme on envoie un piqueur détourner un cerf, avant qu'on aille au rendez-vous de chasse. Je ne dis pas que j'ose me proposer, que je me fasse de fête, que je prévienne les vues du ministère, que je me croie même digne de les exécuter; je dis seulement que vous pourriez hasarder ces idées, et les échauffer dans le cœur de M. le duc de Choiseul. Je lui répondrais sur ma tête qu'il ne serait jamais compromis ; que je ne ferais jamais un pas ni en deçà ni en delà de ce qu'il me prescrirait. Je pense qu'il ne lui convient pas absolument de demander la paix, mais qu'il lui convient fort d'en faire naître le désir à plus d'une puissance, ou plutôt de faire mettre ces puissances à portée de marquer des intentions sur lesquelles on puisse ensuite se conduire avec honneur.
Il part sans doute d'un principe aussi vrai que triste : c'est qu'il n'y a rien à gagner pour nous, d'aucune façon, dans ce gouffre où tout l'argent de la France a été englouti. J'ai pris la liberté de lui prédire la prise de Québec et celle de Pondichéry ; l'une est arrivée, et je tremble pour l'autre 5. Il y a des citoyens de Genève qui ont des correspondances par tout l'univers habitable. Il y a autour de moi des gens de toute nation, des ministres anglais, des Allemands, des Autrichiens, des Prussiens, et jusqu'à d'anciens ministres russes. On voit les choses d'un œil plus éclairé qu'on ne les voit à Paris; on croit que, si la descente projetée dans une des provinces anglaises s'effectue 6, il ne reviendra pas un seul Français. Le passé, le présent, et l'avenir, font frémir. Je sais que le ministère a du courage, et qu'il a, cette année, des ressources ; mais ces ressources sont peut-être les dernières, et on touche au temps de vérifier ce qui a été dit, qu'il y avait une puissance qui donnerait la paix, et que cette puissance était la misère.
J'ai peur qu'on ne soit résolu encore à faire des tentatives ruineuses, après lesquelles il faudra demander humblement une paix désavantageuse, qu'on pourrait faire aujourd'hui utile, sans être déshonorante.
Enfin, mon cher ange, vous êtes accoutumé à corriger mes plans ; si celui-ci ne vous plaît pas, jetez-le au feu, et je vous enverrai simplement la Chevalerie.
Vous pouvez au moins savoir si M. le duc de Choiseul est content de moi. Ce n'est pas que je doive craindre qu'il en soit mécontent, mais il est doux d'apprendre de votre bouche à quel point il agrée ma reconnaissance. Comptez d'ailleurs que je ne suis pas empressé, et que je me trouve très-bien comme je suis, à votre absence près. Adieu ; je baise le bout de vos ailes. »

 

1 Le mois et l'année figurent sur le manuscrit, de la main de d'Argental . Cette lettre est donc entre celle du 5 novembre 1759 ( http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2014/11/13/que-de-chateaux-en-espagne-nous-avons-batis-il-est-vrai-que-ce-n-est-pas-ac.html ) et celle du 24 novembre (voir page 241 : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6514333b/f253.texte.r=mon%20divin%20ange )

D'autre part le 15 novembre 1759 Jean-François Sellon écrit de Paris au Magnifique Conseil de Genève : « M. le duc de Choiseul en me parlant de M. de Voltaire m'a prié de témoigner au M.C. Qu'il verrait avec plaisir qu'il jouît à Genève de la considération que peut lui valoir sa recommandation . Dans la conversation j'ai pu comprendre par l »'ouvrage auquel il travaille pour une cour étrangère que l'on est dans le cas d'obliger peut avoir [ ?] quelque part à cette démarche [...] » ; on peut lire dans le s registres, la minute rayée par la suite : « Sur lequel article de la dite lettre étant délibéré, l'avis a été de charger nob[le] Tronchin cons[ei]l[er] de dire audit au sieur de Voltaire que M. le duc de Choiseul l'a recommandé à messeigneurs lesquels auront toute l'attention qu'ils doivent à une pareille recommandation . »

2 Frédéric, prince de Hesse, avait été élevé dans le calvinisme; mais vers 1754 il s'était fait catholique. Il devint landgrave de Hesse à la fin de janvier 1760. Voir : http://fr.wikipedia.org/wiki/Fr%C3%A9d%C3%A9ric_II_de_Hesse-Cassel

5 Les Anglais prirent Pondichéry le 16 janvier 1761.

 

24/11/2014

comme le prix varie toutes les semaines, il vaudrait mieux que nous fixassions un prix moyen

... Qu'en disent les fournisseurs des grandes enseignes commerciales quand on leur propose/impose des prix moyens ridicules et outrageants ?

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« A François Guillet, baron de Monthoux

chez M. Mirabaud 1 qui voudra

bien lui faire rendre la lettre

Je vous supplie monsieur de ne pas oublier les papiers stipulés dans le contrat .

J'aoute à cette opportunité celle de vous demander de l'avoine et du blé . À l'égard de l'avoine je compte que le marché de Genève sera notre règle . Mais comme le prix varie toutes les semaines, il vaudrait mieux que nous fixassions un prix moyen. Il en sera de même du blé . J'attends là-dessus vos ordres , le tout sans cérémonie . Elles sont bien inutiles surtout quand il s'agit de blé et d'avoine .

Mille respects .

V.

15 novembre [1759] »

1Le banquier Jean Mirabaud