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02/05/2016

Il faut plaire au grand nombre des lecteurs, et ce n'est qu'en sachant jeter de l'intérêt et de la vérité dans son ouvrage qu'on peut se faire lire

 ... Et pour tous les politiciens plumitifs, un simple semblant de vérité  leur suffit amplement , "le roi est nu" n'est pas la phrase qu'ils préfèrent entendre .

"Les carnets secrets du pouvoir" de Jean-Louis Debré sont édifiants et ce livre a le mérite des qualités reconnues par Voltaire .

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« A Ivan Ivanovitch Schouvalov

Au château de Ferney 1er juin 1761 1

Monsieur, j'ai l'honneur d'envoyer à Votre Excellence un second cahier, c'est-à-dire un second essai qui a besoin de vos lumières et de vos bontés . Ce sont plutôt des matériaux, d'un édifice commencé, et c'est à vous à daigner me dire si ces matériaux doivent être employés ; et à m'indiquer les nouveaux qui pourraient me servir . J'ai été obligé de me servir de tout ce que j'ai pu découvrir . Il y a un an que je fais des recherches dans toute l'Europe . La matière est bien belle ; mais les secours sont bien rares . Presque tous ceux qui pouvaient m'instruire de bouche sont morts ; et il est difficile de démêler la vérité dans la foule des mémoires contradictoires qui me sont parvenus . On m'a communiqué beaucoup de petits détails indignes de la majesté de l'histoire, et du héros dont j’écris la vie . Je marche toujours à travers des broussailles 2 et des épines pour arriver jusqu'à la personne de Pierre le Grand . C'est lui que je songe à rendre toujours plus grand, jusque dans les plus petites choses , et il me semble que cette grandeur rejaillit sur son épouse l'impératrice Catherine .

J'ai pensé qu'il fallait un peu adoucir quelquefois le style sévère qu'imposent les grands objets de la politique et de la guerre, varier son sujet, l'égayer même avec discrétion et avec mesure , lui ôter l'air insipide d'annales, l'air rebutant de la compilation, l'air sec que donnent les petits faits rangés scrupuleusement suivant leurs dates . Il faut plaire au grand nombre des lecteurs, et ce n'est qu'en sachant jeter de l'intérêt et de la vérité dans son ouvrage qu'on peut se faire lire, ou plutôt monsieur ce n'est qu'en vous consultant .

Il y aura des défauts qu'il faudra imputer à la faiblesse de ma santé, à mon age avancé, et non au défaut de mon zèle . Je reprendrais de nouvelles forces si je pouvais me flatter de satisfaire votre cour par mon travail et surtout l'auguste fille du héros dont j'écris l'histoire . Peut-être en lisant les deux essais que je vous soumets, il vous viendra quelque idée nouvelle, vous pourrez  monsieur me faire fournir quelque pièce utile . Disposez de moi et du peu de temps qui me reste à travailler et à vivre .

J'ai l’honneur d'être avec le zèle le plus empressé et les plus respectueux sentiments

monsieur

de Votre Excellence

le très humble et très obéissant serviteur

Voltaire. »

 

1 Sur le manuscrit il y a un post scriptum de la main de V* ; « Le cahier a été envoyé à M. de Soltikoff près de Genève ».

2 V* se sert d'une ancienne forme du mot dérivé de brosse, buisson, mot aussi employé dans des noms géographiques ( comme celui du président De Brosses .)

 

01/05/2016

J'ai été accablé de mille petites affaires qui font mourir en détail

... Le diable est dans les détails , c'est bien connu ! pour autant qu'on croie au diable et au bon Dieu . Pour conjurer tout ça, un bon brin de muguet et la coupe de la superstition sera pleine pour ce jour .

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« A François de Chennevières

On dit, mon cher ami, que Mme de Paulmy 1 mérite les jolis vers que vous avez faits pour elle . Je ne crois pas qu'elle en reçoive de pareils des palatins et des starostes . Il y a bien longtemps que je ne vous ai donné signe de vie ; mais c'est que je ne suis pas en vie . J'ai été accablé de mille petites affaires qui font mourir en détail, des procès inévitables quand on a des terres, des défrichements, des dessèchements de marais . Est-il bien vrai que M. de Bussy 2 est parti pour l'Angleterre ? Nous aurons donc la paix, et nous en aurons l'obligation à M. le duc de Choiseul ; que de fêtes ! et que de mauvais vers il essuiera ! du moins de ma part !

Adieu cher ami et sœur du pot . Je vous suis tendrement attaché pour la vie .

Voulez-vous bien donner cours à l'incluse ? Vous voyez que vous faites plaisir à toute la famille .

A Ferney 1er juin [1761].3 »

2 Le premier commis des affaires étrangères avait quitté la France pour l'Angleterre le 23 mai 1761 ; de son côté lord Hans Stanley, l'un des lords de l'Amirauté , s'était embarqué le même jour pour Paris ; mais les négociations entamées n'aboutirent pas . Voir : https://books.google.fr/books?id=w_mewj4PbmEC&pg=PP4&lpg=PP4&dq=m.+de+BUssy+1761&source=bl&ots=Z6v65qRz3u&sig=3K-nAI1FfXdKdublxGFRnnbJti4&hl=fr&sa=X&ved=0ahUKEwj8xPPMm7jMAhXLXBQKHY99C7MQ6AEIHTAA#v=onepage&q=bussy&f=false

3 L'édition Cayrol et les suivantes omettent les deux derniers paragraphes, à la suite de la copie Boissy d'Anglas .

 

30/04/2016

Qu'on lie J.-J.

... Ou plutôt qu'on lie G. M. , alias Georges Mothron, maire d'Argenteuil, censeur bas de plafond et peu couillu , qui d'un simple mail ( ô le fabuleux courage de ceux qui rompent par SMS , on ne le glorifiera jamais assez !) nie un droit à l'information culturelle 

http://www.telerama.fr/cinema/la-mairie-d-argenteuil-fait...

Coup d'épée dans l'eau , vous prendrez les éclaboussures en pleines mirettes !

 Heureusement on peut garder sa curiosité et la satisfaire : http://www.telerama.fr/cinema/la-sociologue-et-l-ourson-o...

 

Sans oublier "3000 Nuits" : http://www.lesfilmsdici.fr/fr/films-projets/4999-3000-nui...

 

 

 

« A Etienne-Noël Damilaville

[mai-juin 1761] 1

A-t-on joué Térée ? Si l'auteur est philosophe je lui souhaite prospérité . Qu'on lie J.-J. , que tous les frères soient unis . »

 

29/04/2016

quelques additions assez curieuses

... Plus que curieuses les additions salées qu'une minorité (heureusement faible) d'élus malhonnêtes font sans scrupules aux dépens de nos impôts .

 

 

 

 

 

« A Gabriel Cramer

[mai-juin 1761] 1

Mon cher Gabriel, s'il arrive que vous fassiez une nouvelle édition de mon fatras historique nous y ferons quelques additions assez curieuses . Vous voilà à présent chez une nation qui vous présente de grands contrastes . Il y a des peuples bien différents dans Paris 2.

Approfondissez l'histoire de la lettre et de la petite poudre je vous en prie . Ne négligez rien pour instruire l'historien .

Recommandez-moi à Briasson pour un envoi de livres que je lui demande par la route de Lyon à l'adresse de Tronchin le banquier qui paiera comptant . Je vous embrasse bien tendrement .

V. »

1 Pour la date, on voit que la lettre est adressée à Cramer alors qu'il vient de partir pour Paris .

2 Le séjour de Cramer à Paris et sa date sont attestés par une lettre de Thieriot à V* du 9 juin 1761 ; Thieriot précise que Cramer séjourne surtout dans les maisons de campagne « chez Mme d'Epinay, chez M. Helvétius et partout . »

 

28/04/2016

je serais au désespoir que l’infâme eût sur moi la moindre prise

... Doux Jésus  crénom de Zeus, il ne manquerait plus que ça !

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Avec un N.B. de dernière minute : http://candide.ferney-candide.fr/?page_id=2899

 

 

 

« A Louise-Florence-Pétronille de Tardieu d'Esclavelles d'Epinay

[vers le 31 mai 1761]

Je renvoie à M. Dardelle 1 sous les auspices de ma belle philosophe les exemplaires qu'il m'avait fait tenir et dont on ne peut faire aucun usage dans nos cantons . Si d'ailleurs il y a dans cet écrit quelque chose contre les mœurs, usages, église, coutumes du pays de M. Dardelle, je le condamne de cœur et de bouche . Je suis très fâché d'avance que l'ouvrage m'ait été communiqué, et je serais au désespoir que l’infâme eût sur moi la moindre prise . Je m'en remets à la bonté, à la sagesse, à la discrétion et à la piété de ma belle philosophe . »

 

Pièce nouvelle a remotis

... Pièce nouvelle à l'écart, au rancart !

S'agirait-il de  la loi nouvelle sur le travail, je n'ose le croire . Par contre, comme pièces nouvelles dans le paysage politique, rien à signaler, mais comme pièces à mettre au rencart, il y a pléthore ; hélas celles-ci se croient encore indispensables . Indispensables, fédérateurs/trices, utiles , etc., etc. et pourquoi pas président(e)s de la République tant qu'on y est ?  [NDLR : ci-joints : grincements de dents et humour noir ]

  08

D'un âne on ne fera jamais un cheval de course, au mieux un âne de course !

 

 

« A Charles-Augustin Ferriol, comte d'Argental

et à

Jeanne-Grâce Bosc du Bouchet, comtesse d'Argental

[vers le 31 mai 1761]

Ce n'est pas ma faute, ô chers anges, si M. Dardelle a fait la sottise ci-jointe 1. Je la condamne comme outrecuidante ; mais je pardonne à ce pauvre Dardelle qui a fait je crois quelques comédies et qui ne peut souffrir qu'on l'appelle infâme . Ce monde est une guerre, ce Dardelle est un vieux soldat qui probablement mourra les armes à la main .

Pour moi mes divins anges je travaillerai pour le tripot malgré ce beau titre d'infâme que ce maraud de Le Dains nous donne si libéralement . Et vous autres protecteurs du tripot n'avez-vous pas aussi votre dose d'infamie ?

Eh bien que fait Térée 2, que fera Oreste ?

Pièce nouvelle a remotis 3. La czarine impératrice de toute Russie veut la moitié de son czar qui lui manque .

Ah si vous saviez combien j'ai de fardeaux à porter et combien je suis faible vous me plaindriez .

N.B. – Si Corneille n'était pas né en France, j'aurais en horreur un pays qui a fait naître Le Dains et Omer . »

 

2 Pièce de Lemierre ; voir lettre du 27 octobre 1760 à d'Argental : http://www.monsieurdevoltaire.com/article-correspondance-annee-1760-partie-40-120940768.html

3 Mise de côté . V* doit remettre l'exécution de la pièce du fait d'autres obligations .

 

27/04/2016

je n’ai jamais prétendu que vous hasardassiez le bout d'un ongle en écrasant l’infâme

... Ne pas mettre le doigt entre le marteau et l'infâme (clou, caillou, prêtre de tout poil, politicard, fanatique, truand, etc., etc. !

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« A Jean Le Rond d'Alembert

[vers le 31 mai 1761] 1

Non mon cher philosophe je n’ai jamais prétendu que vous hasardassiez le bout d'un ongle en écrasant l’infâme . Ne peut-on pas lancer la foudre et retirer la main ? Qui peut, mieux que vous, écrire avec force et sagesse, et montrer la turpitude de la carogne en feignant de raccommoder sa jarretière ? Le nom d'un homme est-il écrit au bas des pages ? Les honnêtes gens vous entendent et vous soupçonnent . Les sots sont forcés de se taire .

Je connais fort M. Dardelle ; il me semble que vous l'avez vu quelquefois . Vous ne le décèlerez pas . Vous pourrez montrer à quelque ami, à Mme du Deffand sa besogne . Mais sûrement vous ne la ferez pas courir . Je vous jure par la direction d'intention 2, et par tous les casuistes jésuites que je n'ai aucun commerce avec M. Dardelle, que je n'ai pas la plus légère part à la conversation de l'intendant des menus . Je suis en peine de savoir quel est le plus plat de maître Huerne, de maître Le Dains, et de maître Omer .

Je ne voudrais être à Paris que pour vous dire à quel point je vous estime et à quel point je méprise un maître Omer .

Écrasez l’infâme adroitement et vous aurez paradis . »

1 Cette lettre est une réponse à celle de d'Alembert du 19 mai 1761 ; « Écrasez l’infâme ; écrasez l’infâme ! Cela est bientôt dit, quand on est à cent lieues des fripons et des fanatiques, quand on a cent mille livres de rente, quand on a su par sa réputation et par sa fortune se rendre indépendant de tout . Mais un pauvre diable comme moi, n'écrase point les serpents de peur qu'en retournant la tête, les serpents ne le piquent au talon […] la bonne manière de les tuer , c'est de leur donner envie de crier, et que la voix leur manque ; et c'est à quoi on parviendra en ne parlant jamais d'eux, ni en bien ni en mal, en perfectionnant la morale naturelle, en montrant qu'elle est seule raisonnable, seule nécessaire au bonheur des hommes […] Tout le monde applaudit avec justice à votre projet de l'édition des œuvres de Corneille au profit de sa nièce . Je vous conseille de faire comme en Angleterre, de mettre les noms des souscripteurs à la tête du premier volume . Vous intéresserez par là la vanité de bien des gens […] Mme du Deffand me charge de vous dire qu'elle ne se contente pas de vos compliments, qu'elle aimerait bien mieux une de vos lettres, que vous lui avez promis de lui envoyer bien des choses qu'elle n'a pas reçues, que vous avez grand tort de la négliger […] J'oubliais de vous dire que le libraire Duchesne implore votre protection auprès des Cramer, pour qu'ils le chargent de débiter à Paris la nouvelle édition qu'ils préparent de vos ouvrages . On dit que ce Duchesne est un galant homme, et vous ferez bien de le préférer à Lambert, l'ami et le libraire de Fréron, et qui après tout ce que vous avez fait pour lui, imprime toutes les semaines des injures contre vous et vos amis . »

2 L'emploi de ce terme de casuistique signifie que V* fait un faux serment .