22/07/2014

Vous autres, messieurs du conseil, vous n'aimez pas trop les gens qui veulent être libres

... Et vous pondez des lois coercitives autant qu'un curé peut en bénir ou un imam déclarer contraires à la charia , tout comme son frère le rabbin qui ne peut se contenter des six cents interdits ou tabous bibliques . 

 liberté mandela.jpg

 

 

« A Jacques-Bernard CHAUVELIN
A Lausanne, 3 juin 1759
Monsieur, le malingre Suisse, l'importun V., vous demande très-humblement pardon de vous excéder; mais ayez pitié de lui.
Il n'avait pas osé parler de Tournay dans sa requête au roi, parce qu'il ne voulait pas que son nom retentît aux oreilles des monarques. Il a été tout stupéfait et tout confondu de voir que le roi lui accordait, pour lui et pour sa nièce, l'ancien dénombrement de Ferney. S'il avait eu un peu de présomption, il aurait fait aisément insérer Tournay dans le brevet, et tout était fini ; il serait sûr d'être l'homme le plus libre du monde ; sa modestie l'a perdu. Mais, monsieur, que vos bontés secondent cette modestie funeste, et que je vous aie l'obligation de ne point perdre mes droits de Tournay! Si on m'en ôte un, on me les enlève tous.
Je n'ai acheté cette terre à vie que par le seul motif de jouir de ces droits, et à cette condition. M. de Brosses me les a garantis par un billet de sa main, aussi bien que l'exemption des lods et ventes. Me voilà donc dans la nécessité de plaider au conseil contre M. de Brosses, et d'exiger de lui cette garantie. On peut me demander le dixième, la capitation, etc. Il est très-certain que, hors le droit de ressort au parlement de Dijon, Tournay et Ferney sont absolument libres ; je pourrais même, si j'étais calviniste, avoir un prédicant dans mon château. Enfin, monsieur, vous sentez combien des droits si singuliers doivent être chers. Je n'ai pas, en vérité, le courage de demander au roi un second brevet ; mais je suis persuadé qu'un mot de vous vaudrait une patente. Si vous aviez la bonté de dire à MM. Faventine, Douet ou autres, que le roi m'a accordé un brevet de franchise de tous droits à Ferney, et que vous regardez ce brevet comme une conséquence des droits que M. de Brosses m'a transmis à Tournay ; si enfin vous pouviez leur remontrer que, la chose étant litigieuse, on doit pencher du côté de la faveur; si du moins vous daigniez exiger d'eux un délai pendant lequel il se pourrait, à toute force, que je fusse assez insolent pour demander un petit mot de confirmation pour Tournay, je vous aurais la plus sensible obligation du monde.
Vous autres, messieurs du conseil, vous n'aimez pas trop les gens qui veulent être libres ; mais daignez considérer que j'ai l'honneur d'être Suisse, que vous m'avez toujours un peu aimé, et vous pouvez me rendre le plus heureux mortel qui respire. Voulez-vous bien permettre que je vous envoie le mémoire des fermiers généraux noté de remarques de Mathanasius?1
Recevez mes impertinentes prières et mes tendres respects.
Le Suisse V. »

 

1 Christophle Mathanasius est un personnage mythique symbolisant le pédantisme précieux de La Motte, Fontenelle, etc. Sa prétendue réception à l'Académie avait été racontée dans une Relation anonyme (1727) communément jointe au Dictionnaire néologique de Desfontaines ; voir page 254 : http://books.google.fr/books?id=zA4tAAAAYAAJ&printsec=frontcover&hl=fr#v=onepage&q=relation&f=false

. Voltaire laisse entendre que ses remarques sont vétilleuses et de peu d'importance .

 

21/07/2014

Ma modestie m'a perdu, je n'ai pas eu la témérité de parler de moi

... Et je n'ai pas perdu ma modestie, comme j'ai la témérité de le dire, en rougissant !

 modestie.jpg

 

 

« A Charles-Augustin Ferriol, comte d'Argental

conseiller d'honneur du Parlement

Rue de la Sourdière

à Paris

Les ailes des anges m'ont obombré, mon cher et respectable ami . J'ai le brevet pour Ferney plus favorable que je n'avais osé le demander et l'espérer . Il est pour moi comme pour Mme Denis . Je n'aurais jamais osé prétendre que mon nom fût couché en parchemin dans une patente signée Louis .

Monsieur l'ambassadeur 1 recevez mes très humbles actions de grâce .

Mon cher ange vous avez voulu un pot de vin pour vos négociations . Vous devez l'avoir reçu, vous devez avoir lu mon petit drame .

Si j'avais pu deviner que M. le duc de Choiseul 2 pousserait ses bontés que je vous dois, jusqu'à parler de moi dans la chambre du roi, j'aurais moi poussé l'insolence jusqu'à demander dans le brevet l'insertion des droits de Tournay . Cela n'aurait rien coûté, et cette grâce si naturelle était tout aussi facile que l'autre . Ma modestie m'a perdu, je n'ai pas eu la témérité de parler de moi . Je n'ai demandé les droits de Ferney que pour ma nièce, mais Tournay ne regardait que moi et je me suis tu .

Maintenant que mon brevet pour Ferney 3 est obtenu, je n'ai pas l'insolence d'en demander un second pour Tournay . Figurez-vous quel plaisir ce serait d'avoir deux terres entièrement libres et comme cela irait à l'air de mon visage . M. de Brosses m'a garanti tous les droits de sa terre, mais c'est le beau billet qu'a La Châtre 4. Ils disent qu'il n'a pu me garantir des droits qui lui sont personnels . Tant pis pour lui . Il ne m'a vendu qu'à cette condition, mais tant pis pour moi qui serait vexé .

Monsieur le Parmesan qui êtes envoyé chez vous, je vous ai fait mon compliment . Vous avez été obligé d'écrire à Parme, vous n'avez pas le temps d'écrire aux Délices . Cependant je vous ai envoyé une tragédie . Pour Dieu, donnez-moi un petit signe de vie . Que dites-vous de l'avis à frère Berthier et à monsieur des Nouvelles ecclésiastiques 5?

Mille tendres respects à tout ange .

V. 

3 juin [1759] 6»

1 D'Argental venait d'être nommé ministre plénipotentiaire de l'infant duc de Parme, à Paris . Il reçut alors le titre de comte qu'il ne portait pas avant de remplir ces fonctions, créées spécialement pour lui . Sur ses fonctions, voir « Comte d'Argental », Studies, de Maija B. May, 1970 .

2 Étienne-François de Choiseul, connu sous le nom de marquis de Stainville jusqu'au mois d'auguste 1758, époque où il fut créé duc de Choiseul, avait remplacé le cardinal de Bernis aux affaires étrangères, vers la fin d'octobre 1758. De 1759 à 1770, Voltaire fut en correspondance suivie avec ce ministre; mais, par malheur, les lettres les plus intéressantes qu'il lui adressa sont restées inconnues. (Clogenson.)

3 V* avait d'abord commencé à écrire Tou .

5 Clogenson pensait qu'il s'agissait de la note publiée avec l'Ode sur la mort de Wilhelmine, et Beuchot et Moland le suivirent . Ainsi qu'on l'a déjà vu, l' »avis à frère Berthier » est probablement une première version de l’œuvre mentionnée dans la lettre à d'Alembert du 4 mai 1759 : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2014/06/18/j-ai-deux-cures-dont-je-suis-assez-content-je-ruine-l-un-je-5393384.html

6 Date complétée par d'Argental .

 

20/07/2014

on attend des nouvelles d'Allemagne assez intéressantes . Il s'agit de massacres

... Humour grinçant de l'ami Voltaire qui je mets dans la peau d'un Candide pour parler de l'insupportable !

Picasso_massacre_coree.jpg

 Allons ! ne parlons plus de l'Allemagne avec qui nous n'avons pas de motifs de conflits armés de nos jours, et remplaçons "Allemagne" par Israël, Palestine, Syrie, Congo, Mali, Ukraine, Centre Afrique, Thaïlande, Soudan, Irak, Vénézuela, Egypte etc., etc. et nous avons un très bref aperçu des zones où une vie vaut moins que rien aux yeux ceux qui tiennent la kalachnikof ou le lance roquettes .

Plus d'armes que de pain, plus de tueurs que de paysans, plus de voleurs que de sincères croyants, plus de charognards que de bienfaiteurs et on ose ergoter pour la présidence d'Un Mauvais Parti en déliquescence et la possible candidature d'un présumé innocent multirécidiviste qui se fait des couilles en or avec des conférences bidon  , "Bride jaune [d'or] et argent" convenant particulièrement bien à Sarko le menteur . Il est des besoins vitaux plus urgents à assurer sur notre globule .

 

 

 

« A Jean-Robert Tronchin

à Lyon

Mon cher correspondant, on attend des nouvelles d'Allemagne assez intéressantes . Il s'agit de massacres .

Le roi accorde à Mme Denis et à moi tous les droits de l'ancien dénombrement de la terre de Ferney et des terres acquises . Cette nouvelle 1 me fait plus de plaisir que toutes celles que je pourrais recevoir de la Poméranie, de la Bohème et de la Franconie .

Bride jaune et argent et lésine .

Mille tendres amitiés .

V.

2 juin [1759] »

1 V* vient de recevoir le brevet désiré, envoyé le 28 mai 1759 de Versailles avec une lettre de Bussy et une de Choiseul qui précise : « … il serait plus aisé de raccommoder le roi de Prusse avec l'impératrice que de faire sortir des blés de France ; mais j'ai pris mes précautions avec M. Joly de Fleury qui m'a promis , ainsi qu'au roi, qu'il donnerait toutes les permissions que vous demanderez à ce sujet . S'il vous manquait de parole, vous m'en informeriez, et quoique je n'aie pas grand crédit sur la robe et sur les fermes, j'emploierai tout celui que je peux pour vous satisfaire . »

 

19/07/2014

instruire mon ami Vernet le tartuffe, et mon ami Sarrazin le fanatique

... Tout un programme !

Programme sans fin, à poursuivre sans trêve ni repos, que celui d'instruire, si possible en élevant le niveau de réflexion au delà du train-train quotidien, et pourquoi pas en étudiant Voltaire , hein , pourquoi pas ?

 

J-ai-rien-contre-Dieu-mais-son-fan-club-ma-gave.jpg

 http://extremecentre.org/2012/09/page/3/

 

« A François Tronchin

conseiller d’État

Il faut que je vous apprenne mon cher ami la consommation de l'affaire dont il était question dans la lettre de M. le duc de Choiseul . Je ne demandais l'ancien dénombrement que pour Mme Denis . Le roi me l'accorde pour elle et pour moi . Je vous prie d'en instruire mon ami Vernet le tartuffe, et mon ami Sarrazin 1 le fanatique . Messieurs du conseil rognez les ongles à tous ces sociniens-là, et je vous ferai de beaux chemins .

Comment se porte monsieur votre frère ?2

V.

Samedi [2 juin 1759] »

1 Sans doute Jean Sarasin-Rilliet, pasteur, propriétaire de la Servette

2 Ce frère est mentionné dans la lettre du même jour à Jean-Robert Tronchin, donc il doit s'agir de Pierre, qui était malade ; voir lettre du 9 juin 1759 à Jean-Robert Tronchin .

 

18/07/2014

Du requin au thon, ou les métamorphoses d'un maillot jaune

était un       au-dessus »  

« Aujourd'hui, le de Messine

 

Voilà l'image qui m'est venue immédiatement à l'esprit quand j'ai entendu un commentateur de l'étape de ce jour ( 18 juillet 2014, St Etienne-Chamrousse ) s'exclamer admirativement à propos de Nibali : « Aujourd'hui le requin de Messine était un ton au -dessus », un thon oui, mais un thon jaune, évidemment .

 Je ne sais qui est l'auteur de ce jeu de mots involontaire, tout ce que je peux dire c'est que Gérard Holtz n'y est pour rien, il n'a pas le niveau pour ça !

Mathématiquement nous avons l'égalité suivante :

           THON                  = Vincenzo NIBALI

REQUIN DE MESSINE

 Et pour les fans de cyclisme , amusez-vous : http://fr.wikipedia.org/wiki/Surnoms_de_coureurs_cyclistes

 

Il faut extirper l'infâme, du moins chez les honnêtes gens

... A mes yeux, sont d'honnêtes gens celles et ceux qui sont indemnes de la contamination par l'Infâme . Pour les autres, sans vouloir leur mort, je souhaite quand même leur disparition à la mode Voltaire, par la conviction .

 

Ecrazer-l-infame-1.jpg

 

 

« A ma belle philosophe Louise-Florence-Pétronille de Tardieu d'Esclavelles d'Epinay

[vers le 1er juin 1759]1

Si Dieu vous a inspirée, si vous avez fait usage de votre imprimerie de poche, vous avez fait une action très méritoire . Il faut extirper l'infâme, du moins chez les honnêtes gens . Elle est digne des sots, laissons-là aux sots . Mais rendons service à notre prochain . Ma chère philosophe , je n'irai point à Lausanne si vous daignez venir aux Délices.

1 Manuscrit olographe sur une carte à jouer . Pour la date, si les lettres du 20 mai 1759 [http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2011/05/14/edifiez-vous-ma-belle-philosophe-tant-qu-il-vous-plaira-soye.html et : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2014/07/17/c-est-une-belle-chose-que-la-sante-5412558.html] ont été correctement datées, elle résulte des considérations suivantes : Le Sermon des cinquante, qui n'est qu'une brochure doit avoir été imprimé à cette époque ou avant par Mme d'Epinay peut-être sur la presse de Gauffecourt à Montbrillant . De plus , la lettre du 18 mai 1759 où Frédéric II parle à V* de l'infâme peut l'avoir atteint à ce moment : « Vous dicterez encore, des Délices, des lois au Parnasse ; vous caresserez encore l'infâme d'une main, vous l’égratignerez de l'autre . » . Et enfin, V* quitta les Délices le 3 juin pour Lausanne .

 

17/07/2014

C'est une belle chose que la santé

... Et je la souhaite de tout coeur à ma Belle Philosophe Mam'zelle Wagnière ; que cette canicule ne vous éprouve pas trop !

 Climatisation virtuelle : Approchez-vous de l'écran ! Attention, c'est très froid !

DSCF1382 gelato.png

 

 

« A Louise-Florence-Pétronille de Tardieu d'Esclavelles d'Epinay

[vers le 20 mai 1759]

Comment se porte ma philosophe ? Est-il vrai qu'on a ôté à Gauffecourt son sel ? Mais si le sel s'évanouit avec quoi salera-t-on, comme dit l'autre ?1

Certain sermon est-il copié ?2 Y a-t-il quelque nouvelle ? C'est une belle chose que la santé . »