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12/04/2024

Non, madame, mon cœur n’a pas renoncé au genre humain, dont vous êtes une très aimable partie... vous seule, madame, me réconcilierez avec le monde

... Hélas, je ne dois parler de vous, physiquement, qu'au passé chère Mam'zelle Wagnière - LoveVoltaire mais vous continuez à m'inspirer et soutenir au fil des jours de ce blog voltairien : merci pour tout .

 

 

« A Anne-Madeline-Louise-Charlotte-Auguste de La Tour du Pin de Saint-Julien

À Ferney, 30 septembre 1768

Si madame papillon-philosophe garde les secrets aussi bien que les paquets, je me confesserai à elle à Pâques. Non, madame, mon cœur n’a pas renoncé au genre humain, dont vous êtes une très aimable partie. Je suis vieux, malade et dégoûtant, mais je ne suis point du tout dégoûté ; et vous seule, madame, me réconcilierez avec le monde.

Voici le secret dont il s’agit. Mme Denis m’a mandé qu’un jeune homme a tourné en opéra-comique 1 un certain conte intitulé L’Éducation d’un Prince . Je n’ai point vu cette facétie, mais elle prétend qu’elle prête beaucoup à la musique. J’ai songé alors à votre protégé, et j’ai cru que je vous ferais ma cour en priant Mme Denis d’avoir l’honneur de vous en parler. Tout ce que je crains, c’est qu’elle ne se soit déjà engagée. Ne connaissant ni la pièce ni les talents des musiciens, j’ai saisi seulement cette occasion pour vous renouveler mes hommages. L’état triste où je suis ne me permet guère de m’amuser d’un opéra-comique. Il y a loin entre la gaieté et moi ; mais mon respectueux attachement pour vous, madame, ne vieillira jamais, et rien ne contribuera plus à me faire supporter ma très languissante vie que la continuation de vos bontés.

J’ignore en quel endroit M. le chevalier de Pezay prend actuellement le bain avec Zélis 2. S’il s’est toujours baigné depuis qu’il vous remit cette affaire entre les mains, il doit être fort affaibli.

Vous tirez toujours des perdrix, sans doute, et vous n’êtes pas une personne à tirer votre poudre aux moineaux. Rassemblez le plus de plaisir que vous pourrez, et soyez heureuse autant que vous méritez de l’être.

Agréez, madame, mon tendre respect.

V. »

1 Le Baron d’Otrante, que Voltaire, l'auteur, avait envoyé à Grétry ; voir : https://fr.wikisource.org/wiki/Page:Voltaire_-_%C5%92uvres_compl%C3%A8tes_Garnier_tome6.djvu/583

Ce baron est un personnage de L’Éducation d'un prince qui ne se confond pas avec la dialogue du même nom de Marivaux . Voir lettre du 15 octobre 1768 à Mme Denis, ainsi que Pierre Long des Clavières, La Jeunesse de Grétry, 1921.

11/04/2024

Me voilà lavé, mais non absous

... Petit Etat riche en monnaie, en grandes gueules et hypocrites, la Suisse se fait enfin condamner comme pollueur inactif dans la lutte contre le réchauffement climatique : https://www.lemonde.fr/idees/article/2024/04/10/condamnat...

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https://www.chappatte.com/fr/dessins-de-presse-recherche

 

 

« A Charles-Jean-François Hénault

28 septembre 1768 à Ferney 1

Mon cher et illustre confrère, j’ai reçu vos deux lettres, dont l’une rectifie l’autre. Vivez et portez-vous bien. Le cardinal de Fleury avait, à votre âge, une tête capable d’affaires ; Huet, Fontenelle, ont écrit à quatre-vingts ans. Il y a de très beaux soleils couchants ; mais couchez-vous très tard.

Laissons là l’éloquent Bossuet et son histoire prétendue universelle, où il rapporte tout aux Juifs, où les Perses, les Égyptiens, les Grecs, et les Romains, sont subordonnés aux Juifs, où ils n’agissent que pour les Juifs ; on en rit aujourd’hui ; mais ce n’est pas des Juifs dont il est question ici, c’est de vous. J’avais déjà prévenu plusieurs de mes amis, qui m’ont pressé de leur faire parvenir cet Examen de l’Histoire d’Henri IV, duquel il y a déjà trois éditions. Je l’ai envoyé chargé de mes notes 2, dans lesquelles je fais voir qu’il y a presque autant d’erreurs dans l’examen que dans le livre examiné. L’erreur que j’ai le plus relevée est celle où il tombe à votre égard. Vous connaissez mon amitié et mon estime également constantes. Vous pensez bien que je n’ai pas vu de sang-froid une telle injustice. J’avais même préparé une dissertation pour être envoyée à tous les journaux ; mais j’ai été arrêté par l’assurance qu’on m’a donnée que c’est un marquis de Belloste 3 qui est l’auteur de l’ouvrage. On dit qu’en effet il y a un homme de ce nom en Languedoc. Je ne connaissais que les pilules de Belloste 4, et point de marquis si profond et en même temps si fautif dans l’histoire de France . Si c’est lui qui est le coupable, il ne convient pas de le traiter comme un La Beaumelle ; il faut le faire rougir poliment de son tort. J’avoue que j’ai cru reconnaître le style, les phrases de ce La Beaumelle, son ton décisif, son audace à citer à tort et à travers, son tour d’esprit, ses termes favoris. Il se peut qu’il ait travaillé avec M. de Belloste. Je fais ce que je puis pour m’en éclaircir.

Il y a une chose très curieuse et très importante sur laquelle vous pourriez m’instruire avant que j’ose être votre champion ; c’est à vous de me fournir des armes.

Le marquis vrai ou prétendu assure qu’aux premiers états de Blois, les députés des trois ordres déclarèrent, avec l’approbation du roi, de Catherine, et du duc d’Alençon, que les parlements sont des états généraux au petit pied. Il ajoute qu’il est étrange qu’aucun historien n’ait parlé d’un fait si public. Il vous serait aisé de faire chercher dans la Bibliothèque du roi s’il reste quelque trace de cette anecdote, qui semblerait donner quelque atteinte à l’autorité royale 5. C’est une matière très-délicate, sur laquelle il ne serait pas permis de s’expliquer sans avoir des cautions sûres.

Parmi les fautes qui règnent dans cet examen, il faut avouer qu’on trouve des recherches profondes. Il est vrai qu’il suffit d’avoir lu des anecdotes pour les copier ; mais enfin cela tient lieu de mérite auprès de la plupart des lecteurs, séduits d’ailleurs par la licence et par la satire. La plupart des gens lisent sans attention ; très peu sont en état de juger. C’est ce qui donne une assez grande vogue à ce petit ouvrage. Il me paraît nécessaire de le réfuter. J’attendrai vos instructions et vos ordres ; et si vous chargez un autre que moi de combattre sous vos drapeaux, je n’aurai point de jalousie, et je n’en aurai pas moins de zèle.

Ce qui affaiblit beaucoup mes soupçons sur La Beaumelle c’est qu’il ne dit point de mal de moi 6. Quel que soit l’auteur, je persiste à croire qu’une réfutation est nécessaire.

Je pense qu’en fait d’ouvrage de génie 7 il ne faut jamais répondre aux critiques, attendu qu’on ne peut disputer des goûts . Mais en fait d’histoire il faut répondre, parce que lorsqu’on m’accuse d’avoir menti, il faut que je me lave. Le révérend père Nonotte m’a accusé auprès du pape d’avoir menti, en soutenant que Charlemagne n’avait jamais donné Ravenne au pape. Mon bon ange a découvert une lettre par laquelle Charlemagne institue un gouverneur dans Ravenne. Me voilà lavé, mais non absous. J’espère que le révérend père Nonotte n’empêchera pas qu’on ne nomme bientôt un gouverneur dans Castro.

À propos de Castro, j’ai envoyé à Mme Du Deffand des anecdotes très curieuses, touchant les droits de Sa Sainteté 8. C’est à un Vénitien que nous en sommes redevables. Cela n’est peut-être pas trop amusant pour une dame de Paris ; il n’y a point là d’esprit, point de traits saillants ; mais vous y trouverez des particularités aussi vraies qu’intéressantes. Les yeux s’ouvrent dans toute l’Europe. Il s’est fait une révolution dans l’esprit humain qui aura de grandes suites. Puissions-nous, vous et moi, en être témoins ! Comptez que rien ne peut diminuer l’estime infinie et le tendre attachement que je vous ai voués pour le reste de ma vie.

V. »

1 Original ; minute olographe ; édition de Kehl , incomplète des trois derniers paragraphes ( qui manquent en effet dans la minute) et datée du 7 ; éd. Renouard .

2 Ces notes sont partiellement reproduites dans l'Evangile du jour, 1769, d'après un volume de L'Examen […] contenant en marge les notes de V*, actuellement conservé à la B.N. De Paris .

« J’ai vu cet exemplaire. Les notes sont de la main de Wagnière. Presque toutes sont imprimées dans le tome II de l’Évangile du jour. » (Beuchot .)

3 C’était Hennin qui avait donné ce nom ( lettre du 25 septembre 1768 : https://fr.wikisource.org/wiki/Correspondance_de_Voltaire... ), au lieu de Belestat ; voir lettre du 17 octobre 1768 à Hénault : https://fr.wikisource.org/wiki/Correspondance_de_Voltaire/1768/Lettre_7360

, et aussi la lettre du 5 janvier 1769 adressée à Belestat, qui avait été le prête-nom de La Beaumelle : https://fr.wikisource.org/wiki/Correspondance_de_Voltaire/1769/Lettre_7447

4 Augustin Belloste est notamment l'auteur d'une Dissertation […] sur les pilules mercuriales (vers 1725).

Voir : https://www.persee.fr/doc/pharm_0035-2349_2001_num_89_331_5248

5 Par une curieuse coïncidence, les Nouvelles de divers endroits , du 23 mars 1768 avaient imprimé la nouvelle suivante : « M. de La Lourée, un des meilleurs avocats vient de mourir ; il a été trouvé chez lui une pièce très rare, qu'on est étonné de ne pas être à la bibliothèque du Roi ; sans doute elle y sera remise. C'est l'original du procès-verbal des états tenus à Blois en 1588. »

6 V* semble avoir enfin vérifié les allégations hasardeuses de d'Alembert : voir lettre du 2 septembre 1768 à d'Alembert : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2024/03/20/je-ne-vois-partout-que-des-extravagances-des-systemes-de-cyr-6490529.html

7 On dé »signe ainsi à l'époque les ouvrages de création, par rapport aux ouvrages d'érudition .

8 Les Droits des hommes et les Usurpations des papes, pages 193 et 204 : https://fr.wikisource.org/wiki/Page:Voltaire_-_%C5%92uvres_compl%C3%A8tes_Garnier_tome27.djvu/201

10/04/2024

ils ne seront pas même scandalisés de voir le malade en robe de chambre

... Les enfants d'Alain Delon , grands pourvoyeurs de complications devront s'y faire ; s'il n'échappait pas aux désagréments de la vieillesse, en plus leurs basses manoeuvres l'usaient et le recours à une tierce personne s'imposait : https://www.ouest-france.fr/culture/people/alain-delon/af...

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Remarquable M. Klein

 

 

« A François de Caire

On a flatté le vieux malade de Ferney que monsieur et madame de Caire pourraient faire une bonne œuvre de venir dîner demain jeudi dans son hôpital, et qu'ils ne seront pas même scandalisés de voir le malade en robe de chambre. S'ils ont cet excès d'indulgence ils seront reçus avec autant de respect que de frugalité .

V.

Ce mercredi 28è septembre 1768 à Ferney. »

après qu’on a joué le Tartuffe et Mahomet, il ne faut désespérer de rien

... Mon cher patriarche , ton optimisme, égal à celui de Candide , ne résiste pas au monde des terroristes qui tuent à la lecture des Versets Sataniques et de Charlie Hebdo , l'espoir est alors bien infime de nos jours .

La boîte de Pandore ouverte au Moyen Orient est désormais vide .

 

 

« A Charles-Augustin Ferriol, comte d'Argental

28è septembre 1768

Le possédé 1 cède toujours à vos exorcismes, et voici une preuve, mon divin ange, de la docilité du jeune étourdi. Il est d’accord avec vous sur presque tous les points, et il vous prie très instamment de faire porter sur le corps de l’ouvrage les changements que vous avez eu la bonté d’indiquer. Il sera très aisé de les mettre proprement à leur place. Je vous prierai de laisser prendre une copie à Mme Denis, qui est engagée au secret, et qui le gardera comme vous.

Je crois que la pièce est faite pour avoir un prodigieux succès, grâce à ces allusions mêmes que je crains . Et je pense en même temps que la pièce est assez sage pour qu’on puisse la jouer, malgré les inductions qu’on en peut tirer. Cela dépendra absolument de la bonne volonté du censeur, ou du magistrat que le censeur se croira peut-être obligé de consulter.

Enfin, après qu’on a joué le Tartuffe et Mahomet, il ne faut désespérer de rien. On pourra mettre un jour Caïphe et Pilate sur la scène . Mais, avant que cette négociation soit consommée, il faut bien que Lekain paraisse un peu en Scythe ; cela est juste, c’est une attention qu’il me doit ; et, quoique les comédiens soient presque aussi ingrats que des prêtres, ils ne peuvent me priver d’un droit que j’ai acquis par cinquante ans de travaux.

Je me mets aux pieds de Mme d’Argental. 

À propos, vraiment oui je pense comme vous sur l’Académie et sur La Harpe, sans même avoir vu l’ouvrage couronné 2. »

2 Voir le commencement de la lettre de d 'Alembert du 14 septembre 1768 : https://fr.wikisource.org/wiki/Correspondance_de_Voltaire/1768/Lettre_7333

Comme dans la lettre du 2 septembre 1768 à d’Alembert, V* préfère la pièce de La Harpe à celle de son rival, qu'il ne connaît pas encore, parce que le premier appartient au parti philosophique. Voir : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2024/03/20/je-ne-vois-partout-que-des-extravagances-des-systemes-de-cyr-6490529.html

me mander combien vous avez actuellement d'effets à moi , tant placés qu'à placer et combien il en reste pour le compte courant

...Question que l'on ne devrait raisonnablement poser, sauf si on est tombé entre les pattes d'un influen-voleur, et qu'on n'ait pour toute réponse qu'n silence abyssal . Les manières de perdre son argent n'étant sans doute pour certains gogos pas assez nombreuses, internet et les arnaqueurs qui y sévissent règnent par milliers . La chasse est heureusement ouverte , un peu tard comme d'habitude, mais c'est toujours ça : https://www.francetvinfo.fr/internet/reseaux-sociaux/vide...

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« A Gaspard-Henri Schérer

26è septembre 1768 à Ferney 1

J'ai l'honneur, monsieur, de vous envoyer deux lettres de change, l'une de trois mille deux cents livres, l'autre de treize cents livres . Je vous prie de vouloir bien les placer avec le reste, et de vouloir bien me mander combien vous avez actuellement d'effets à moi , tant placés qu'à placer et combien il en reste pour le compte courant . J'ai l’honneur d'être, monsieur, bien véritablement, votre très humble et très obéissant serviteur

Voltaire. »

1 Original signé. Sur le manuscrit Schérer nota la date de réception, 27 septembre, et une autre main fit le compte des effets de V* non placés, le total se montant à 8050 livres 19 sols.

09/04/2024

La gloire, après tout, est l’unique récompense des belles actions ; tous les autres avantages passent, ou même sont mêlés d’amertume : la gloire reste, quand elle est pure

... Benjamin Netanyahou sera ignoré de la gloire tant son action est détestable dans son obstination guerrière; et son adversaire, le Hamas, lui, sera rejeté par ses coreligionnaires palestiniens pris entre deux feux . Il n'y aura pas de vainqueur respectable, la vengeance est inévitable .  On croirait revivre l'action des USA et leur escalade armée au Vietnam ; on sait comment ça a fini . Tant de morts, de blessés , de territoires dévastés, en vain pour les capitalistes de la soi-disant "plus grande nation du monde", et pour une victoire ensanglantée pour les dictateurs communistes .

Bandes de fous furieux !

 

 

 

« A Louis-François-Armand du Plessis, duc de Richelieu

26è septembre 1768 à Ferney

Je prends le parti, monseigneur, de vous envoyer quelques feuilles de la nouvelle édition du Siècle de Louis XIV, avant qu’elle soit achevée. Non-seulement je vous dois des prémices, mais je dois vous faire voir la manière dont j’ai parlé de vous 1 et de M. le duc d’Aiguillon 2. Vous me reprochâtes de n’avoir point fait mention de l’affaire de Saint-Cast . Il ne s’agissait alors que du règne de Louis XIV, et les principaux événements qui ont suivi ce beau siècle n’étaient traités que sommairement. Je ne pouvais entrer dans aucun détail, et mon principal but étant de peindre l’esprit et les mœurs de la nation, je n’avais point traité les opérations militaires . Mais, donnant dans cette édition nouvelle un Précis du Siècle de Louis XV, je me fais un plaisir, un devoir et un honneur, de vous obéir.

Peut-être l’importance des derniers événements fera passer à la postérité cet ouvrage, qui ne mériterait pas ses regards par son style trop simple et trop négligé. Du moins les nations étrangères le demandent avec empressement, et les libraires leur ont déjà vendu toute leur édition par avance. Ce sera une grande consolation pour moi, si la justice que je vous ai rendue, et la circonspection 3 avec laquelle j’ai parlé sur d’autres objets, sans blesser la vérité, peuvent trouver grâce devant vous et devant le public. La gloire, après tout, est l’unique récompense des belles actions ; tous les autres avantages passent, ou même sont mêlés d’amertume : la gloire reste, quand elle est pure.

J’ai beaucoup envié le bonheur qu’a eu Mme Denis de vous renouveler ses hommages à Paris. J’ai cru que dans la résolution que j’ai prise de vivre avec moi-même, et de n’être plus l’aubergiste de tous les voyageurs de l’Europe, une Parisienne eût trop souffert en partageant ma solitude.

Je me suis dépouillé d’une partie de mon bien, pour la rendre heureuse à Paris. J ai pensé qu’à l’âge de près de soixante-quinze ans, assujetti par mes maladies à un régime qui ne convient qu’à moi, et condamné par la nature à la retraite, je ne devais pas faire souffrir les autres de mon état.

Les médecins m’avaient conseillé les eaux de Baréges 4, je ne sais pas trop bien pourquoi. Je n’ai point les maladies de Lekain 5, qui y est allé par leur ordre. Je n’espère point guérir, puisqu’il faudrait changer en moi la nature ; mais j’aurais fait volontiers le voyage pour être à portée de vous faire ma cour. J’aurais été consolé du moins en vous présentant encore, avant de mourir, mon tendre et respectueux attachement . C’est un avantage dont j’ai été malheureusement privé. Il ne me reste qu’à vous souhaiter une vie aussi heureuse et aussi longue qu’elle a été brillante. Je me flatte que vous daignerez toujours me conserver des bontés auxquelles vous m’avez accoutumé pendant plus de quarante années.

Notre sous-doyen 6 de l’Académie française va mourir, s’il n’est déjà mort. J’espère que le nouveau doyen sera plus alerte que lui, quand il aura quatre-vingt-cinq ans comme le sous-doyen .

Agréez, monseigneur, mon respect, mon dévouement inviolable, et mes souhaits ardents pour votre conservation comme pour vos plaisirs. 

V.»

3  Circonspection relative et souvent à double face . Ainsi en faisant l’éloge du duc d'Aiguillon, V* se met en état de dire que celui-ci souffrit « une persécution publique et acharnée, presque semblable à celle de Lally, qui prouve que ceux-là seuls ont raison qui se dérobent à la cour et au public . » Du reste, faire l'éloge du duc d'Aiguillon à propos de l'affaire de Saint-Cast est pure flagornerie . Car si celui-ci avait bien le commandement nominal des troupes, il prit soin de se tenir à l'écart de l’action quand celle-ci s’engagea véritablement .

4 Les eaux de Barèges-Hautes-Pyrénées- sont sulfureuses et guérissent notamment les maladies de la peau .

5 Lekain a des maladies de la peau secondaires à une autre maladie dont il a été déjà question ; voir Jean-Jacques Olivier, Henri – Louis Le Kain, 1907, p. 183-193 : https://play.google.com/store/books/details?id=7sA3AQAAMAAJ&rdid=book-7sA3AQAAMAAJ&rdot=1

Voir : https://www.comedie-francaise.fr/fr/artiste/le-kain#

6 Voltaire veut parler de d’Olivet ; mais cet abbé n’était pas le doyen de l’Académie. Ce titre appartenait à Richelieu. Voir la lettre du 22 août 1757 à d'Olivet : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2012/12/11/c-est-peu-de-chose-d-exister-en-peinture.html

08/04/2024

Je vous remercie de tout mon cœur, monsieur, du bon gros paquet que vous avez bien voulu me faire tenir

...  dit Mme Jamilah Habsaoui : https://www.msn.com/fr-fr/actualite/monde/70-kilos-de-can...

Il est parfois difficile d'encaisser les écarts de conduite des membres de sa famille . Est-ce encore un cas "à l'insu de son plein gré" ? A suivre...

 

 

 

« A Pierre-Michel Hennin

Dimanche au matin, 25 septembre 1768

Je vous remercie de tout mon cœur, monsieur, du bon gros paquet que vous avez bien voulu me faire tenir. Je vous demande encore une autre grâce, et même deux. La première est de me dire comment on écrit à ce brave jurisconsulte 1 qui est devenu à peu près premier ministre à Naples, et qui soutient si bien les droits de la couronne contre le cher Rezzonico.

La seconde est de vouloir bien me dire si les enfants de France ne sont précisément entre les mains des femmes que jusqu’à l’âge de sept ans. Ces sept ans sont-ils comptés à six ans et un jour, comme la majorité à treize ans et un jour ? Vous devez savoir cela sur le bout de votre doigt, vous qui êtes de Versailles 2.

Avez-vous lu l’Examen de l’Histoire d’Henri IV, imprimé à Genève chez Philibert 3 ? On dit que le petit-fils du grand Shah-Abbas a été bercé pendant sept ans par les femmes et huit ans par les hommes, pour en faire un automate. On y dit encore plus de mal du président Hénault, en le nommant par son nom. Il serait curieux de savoir le nom de l’auteur bénévole 4.

Adieu, monsieur ; je vous embrasse de tout mon cœur. Vous avez beau faire et beau dire, le roi de Pologne restera toujours roi de Pologne, et moi je resterai toujours votre très attaché pour le peu de temps que j’ai à végéter.

V. »

1 Le marquis Bernardo Tanucci, ministre de Ferdinand IV, né en 1698, mort le 29 avril 1783 , qui menait la lutte contre le pape Clément XIII ; voir page 384 : https://fr.wikisource.org/wiki/Page:Voltaire_-_%C5%92uvres_compl%C3%A8tes_Garnier_tome27.djvu/392

2 Par ses fonctions bien entendu ; il était né à Magny-en-Vexin .

3  LExamen de la nouvelle Histoire de Henri IV porte pour adresse : À Genève, chez Claude Philibert.

4 Hennin répondit que l'auteur était, s'il ne se trompait « le marquis de Belloste, languedocien » (en fait le marquis de Bélestat) . Mais V* est persuadé qu'il s'agit de La Beaumelle, d'où l'activité qu'il déploie dans cette affaire contrastant si étrangement avec sa patience à l'égard du président De Brosses .

Voir lettre du 25 septembre 1768 de Hennin : https://fr.wikisource.org/wiki/Correspondance_de_Voltaire/1768/Lettre_7342