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12/07/2012

Il a trouvé le vrai secret d'être lu et d'être méprisé.

 ... Ou plutôt "vu" et méprisé quand il s'agit du peuple taliban d'Afghanistan . Sans commentaire, l'exposé de leur barbarie au quotidien suffit . Soutenons les femmes qui se révoltent .

http://madame.lefigaro.fr/societe/pour-najiba-22-ans-victime-talibans-110712-269352

 

 

 

« A M. le comte d'ARGENTAL.

Aux Délices, 15 juin [1756]

Mon cher ange, nos amours sont furieusement traversées. Je ne pourrai, de plus de trois mois, travailler à cette tragédie 1 que vous voulez avec tant d'obstination, et que j'ai déjà esquissée pour vous plaire. Vous savez que Villars ne peut être partout. On va imprimer une nouvelle édition du Siècle de Louis XIV, à la suite d'une espèce d'Histoire universelle. Je crois vous l'avoir déjà mandé. Je lis cette compilation des Mémoires de Mme de Maintenon, et j'admire comment un homme 2 a l'audace de publier tant de sottises, tant de mensonges et de contradictions, d'insulter tant de familles, de parler si insolemment de tout ce qu'il ignore, et comment on a la bonté de le souffrir. Il est assez singulier que cet homme soit à Paris, et que je n'y sois pas. Il a eu quelques bons mémoires, il a noyé le peu de vérités inutiles que contiennent les Mémoires de Dangeau, de Nébert, de Mlle d'Aumale, dans un fatras d'impostures de sa façon. Il a trouvé le vrai secret d'être lu et d'être méprisé.
Il avance hardiment que le premier dauphin épousa Mlle Choin. J'ai toujours entendu dire à ceux qui ont vécu avec elle, et surtout à Mme de Villefranche et à Mme de Bolingbroke 3, que c'était un conte ridicule 4. Si vous avez pu, mon cher et respectable ami, déterrer un peu de vérité parmi les anecdotes d'erreur dont le monde est plein, daignez, à vos heures perdues, vous amuser à m'instruire, afin que je sorte au plus tôt du bourbier désagréable de l'histoire, pour me donner tout entier aux choses que vous aimez.
Vous n'aurez de moi que ce feuillet, une bouteille d'encre est tombée sur l'autre. Mme Denis et Mme de Fontaine vous embrassent. Cette Fontaine, la ressuscitée 5, est tout étonnée de ma maison et de mes jardins. Elle dit que cela serait bien beau auprès de Paris; mais je ne le crois pas. »

1 Zulime, que l'auteur s'occupait à corriger, et dont il reparle dans sa lettre à d'Argental, du 20 décembre 1756.

2 La Beaumelle .

3 Née Deschamps de Marsilly; mariée d'abord au marquis de Villette-Murçai, père de Mme de Caylus; et ensuite à Bolingbroke.

4 Ce fut toujours l'opinion de Voltaire. Mais M. Monmerqué, éditeur des Souvenirs de Mme de Caylus (en 1828), n'est pas de cette opinion; il s'appuie sur les Mémoires complets et authentiques de Saint-Simon, tels qu'ils ont été publiés depuis (1829-30, en vingt-un volumes in-8°), et sur les Mémoires de Mlle d'Aumale.

5 Fort malade, cette nièce de V* a bénéficié des soins du Docteur Théodore Tronchin .

 

... ce fantôme de la vie. On s'en plaint, on la maudit, on la prodigue, on l'aime, et elle s'évanouit comme une ombre.

 ... Eh ! Dieu merci, nous ne sommes pas immortels .

 

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« A M. de BRENLES.

Aux Délices, 15 juin [1756]

On dit le colonel Constant mort 1. Si cela est, j'en suis très- affligé, et je suis étonné de vivre. Voilà donc, mon cher ami, ce que c'est que ce fantôme de la vie. On s'en plaint, on la maudit, on la prodigue, on l'aime, et elle s'évanouit comme une ombre.
Puisse madame votre femme avoir fait un heureux! Je suis bien sûr au moins qu'elle aura fait un honnête homme et un homme d'esprit.
Toutes vos nouvelles sont aussi fausses que le beau conte qu'on faisait des catholiques qui ne voulaient point d'un catholique à Échallens 2. Je voudrais bien que la nouvelle touchant le colonel Constant fût aussi fausse. Mille tendres respects à l'accouchée et à tous nos amis. »

1 Il est probablement question ici de Philippe-Germain Constant, colonel dans le régiment de Chambrier, au service de Hollande, et second des quatre flls du lieutenant général Constant de Rebecque. Le colonel Constant n'était âgé que de vingt-huit ans quand il mourut, c'était un jeune homme de beaucoup d'esprit. Le lieutenant général Constant, que Voltaire, dans sa lettre du 27 janvier 1765, à Richelieu, appelle gros diable de général au service de Hollande, avait cinq enfants, savoir

1° Constant d'Hermenches, appelé bel Orosmane, dans la lettre du 6 février 1757, à d'Argental;
2° Philippe-Germain Constant, dont il s'agit dans la lettre ci-dessus;
3° Juste-Louis Constant de Rebecque, mort le 3 février 1812 à Brevans près de Dôle; père de Henri-Benjamin Constant, né à Lausanne le 25 octobre 1767;

4° Samuel Constant de Rebecque, né en 1729, mort en octobre 180U; il était major, au service de Hollande, dans le régiment Cornabé, qu'il quitta un an après son mariage avec Charlotte Pictet, fille du professeur en droit avec lequel Voltaire fut en correspondance; il était homme de lettres, et Benjamin Constant lui a consacré un article dans la Biographie universelle; après son mariage on l'appela Constant-Pictet, pour le distinguer de ses autres frères;
5° La marquise de Gentil, qui demeurait à Mon-Repos, dans un faubourg de Lausanne, et chez laquelle Voltaire eut une salle de théâtre où il jouait avec ses acteurs de société.

La famille Constant de Rebecque est originaire d'Aire en Artois, ou Aire-sur-la-Lys, petite ville du département du Pas-de-Calais. (CL.)

2 Bourg à trois lieues de Lausanne.