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12/09/2011

Le grand point est que l'Etat ait la paix et que les particuliers aient justice

Note rédigée le 18 septembre 2011 pour parution le 12 septembre 2011.

Malgré ce titre très sérieux, méritant réflexion et approbation sans réserve pour son application, j'ai gardé dans cette lettre le sourire provoqué par l'évocation des "billets doux" , comme quelques-uns que vous trouverez ici :

http://blog.lepredeau.com/blog/tag/billets-doux/page/2/

billet-doux.jpg

 

 

 

« A Marie-Elisabeth de Dompierre de Fontaine

à Paris

 

A Colmar , ce 12 septembre

 

Je fais les plus tendres compliments au frère 1 et à la sœur . Je sens qu'il est très triste d'avoir une si aimable famille, et d'en être séparé . Mme Denis fait ma consolation dans ma solitude et dans mes maladies . Plus elle est aimable, plus elle me fait sentir combien le charme de sa société redoublerait par celui de la vôtre .

 

La nouvelle la plus intéressante que le conseiller du grand conseil me mande est la démarche que son corps a faite . Je vous en fais mon compliment, mon cher abbé ; il sera difficile que l’ancien des jours 2, Boyer,3 résiste à une sollicitation si pressante pour lui, et si honorable pour vous 4. L'homme du monde pour la conservation de qui je fais actuellement le plus de vœux est l'évêque de Mirepoix .

 

Je suis bien aise que le parlement ait enregistré sa condamnation et sa grâce, sans demeurer d’accord des qualités . Le grand point est que l'Etat ait la paix et que les particuliers aient justice . Votre soeur, à qui le fils5 de Samuel Bernard s'est avisé de faire , en mourant, une petite banqueroute, est intéressé à voir le parlement reprendre ses fonctions . Il serait douloureux que la situation de mille familles demeurât incertaine parce que quelques fanatiques exigent des billets de confession de quelques sots . Il n'y a que des billets à ordre, ou au porteur, qui doivent être l'objet de la jurisprudence ; il faut se moquer de tous les autres, exceptés des billets doux.

 

Pour mon billet d'avoir une terre, ma chère nièce, j'espère l'acquitter si je vis .

 

Il y a quelque apparence que nous passerons, votre sœur et moi , l'hiver à Colmar . Ce n'est pas la peine d'aller chercher une solitude ailleurs . Le printemps prochain décidera de ma marche .

 

Je suis bien aise qu'on trouve au moins ce troisième tome, dont vous me parlez, passable et modéré : c'est tout ce qu'il est . Je ne l'ai donné que pour confondre l'imposture et l'ignorance, qui m'ont attribué les deux premiers . Il y a une extrême injustice à me rendre responsable de cet avorton informe dont les imprimeurs avides ont fait un monstre méconnaissable . Si jamais j'ai le temps de mettre en ordre tout ce grand ouvrage, on verra quelque chose de plus exact et de plus sérieux . C'est un beau plan ; mais l'exécution demande plus de santé et de secours que je n'en ai .

 

Votre vie est plus agréable que celle des gens qui s'occupent de la grâce, et des anciennes révolutions de ce bas monde . Le mieux est de vivre pour soi, pour son plaisir, et pour ses amis ; mais tout le monde ne peut pas faire ce mieux, et chacun est dirigé par son instinct et par son destin .

 

Vous ne me dites rien de votre fils ; je l'embrasse . Je fais mes compliments à tout ce que vous aimez .

 

Adieu, la sœur et le frère ; vous êtes charmants de ne pas oublier ceux qui sont au bord du Rhin . »


1 L'abbé Alexandre-Jean Mignot, conseiller au grand Conseil du roi .

2 Expression du prophète Daniel : chapitre VII verset 9 :  « Je regardai, pendant que l'on plaçait des trônes. Et l'ancien des jours s'assit. Son vêtement était blanc comme la neige, et les cheveux de sa tête étaient comme de la laine pure; son trône était comme des flammes de feu, et les roues comme un feu ardent »

3 Boyer, ancien évêque de Mirepoix , ' « l'âne de Mirepoix » , ainsi que le moquait V*, car il signait ses lettres par An (cien) E(vêque) de Mirepoix . Voir page 373 : http://books.google.fr/books?id=mKMGAAAAQAAJ&pg=PA373...

4 Le grand Conseil, dont l'abbé Mignot était membre avait sollicité pour lui un bénéfice auprès de Boyer, ancien évêque de Mirepoix qui tenait alors la feuille des bénéfices . L'abbé Mignot eut , dans la suite , l'abbaye de Scellières en Champagne, où il fera inhumer V* en 1778 .

5 Samuel-Jacques Bernard , comte de Coubert, né en 1686, mort vers la fin de 1753 . Ce banqueroutier, beau-frère du président François-Matthieu Molé et beau-père du président Chtétien-Guillaume de Lamoignon (mort en 1759) fit perdre aussi une somme considérable à V*.

http://fr.wikipedia.org/wiki/Samuel-Jacques_Bernard_(1686...)

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