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01/06/2026

Vous voyez, mon cher ami, que les philosophes n’ont pas beau jeu en France

... Tiennent dorénavant le haut du pavé quelques centaines de milliers de gogols fans du PSG, qui permettent à quelques milliers de salopards d'agresser et détruire . Le crétinisme n'a plus de bornes, tout ça parce que des gugusses millionnaires ont pu mettre une baballe de plus que les autres au fond d'un filet . Footeux, vous qui payez si volontiers vos places au stade et abonnements TV, cessez de vous plaindre des prix de la baguette !

 

 

« A Jean Le Rond d'Alembert

De tous les malades, mon cher philosophe, le plus ambulant c’est vous, et le plus sédentaire c’est moi.

J’ai d’abord à vous dire que votre archevêque de Toulouse, si tolérant, a fait mourir par son intolérance le pauvre abbé Audra, l’intime ami de l’abbé Mords-les et le mien. Il a fait un mandement cruel contre lui 1, et a sollicité sa destitution de la place de professeur en histoire, qui lui valait plus de mille écus par an. Cette aventure a donné la fièvre et le transport au pauvre abbé ; il est mort au bout de quatre jours . Je viens d’en apprendre la nouvelle 2. On me l’avait cachée pendant plus de six semaines 3. Vous voyez, mon cher ami, que les philosophes n’ont pas beau jeu en France.

Voici une petite persécution à la Décius contre notre primitive église ; mais nous avons pour nous l’empereur de la Chine, l’impératrice Catherine II, le roi de Prusse, le roi de Danemark, la reine de Suède et son fils, beaucoup de princes de l’Empire, et toute l’Angleterre. Dieu aura toujours pitié de son troupeau.

Je crois que vous feriez fort bien de donner pour successeur à Moncrif 4 M. Gaillard, au lieu d’un archevêque, à condition qu’il ne parlera pas des cantiques sacrés que ce Moncrif faisait pour la reine 5. Ma nièce vous fait les plus tendres compliments . Ne m’oubliez pas auprès de votre compagnon de voyage . Et quand vous n’aurez rien à faire, mandez-moi si vous êtes revenu en bonne santé. Je vous embrasse le plus tendrement du monde.

V.

23è novembre 1770. 6»

2 Dans une lettre de Firmin de La Croix à laquelle V* répond le 23 novembre 1770 .

3Il est mort le 17 octobre 1770 . V* exagère en attribuant sa mort à l'évêque de Toulouse ; voir lettre du 28 décembre 1770 à d'Alembert : https://www.monsieurdevoltaire.com/2020/07/correspondance-avec-d-alembert-partie-75.html

Voir lettre du 15 janvier 1769 à Gal-Pomaret : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2024/07/29/le-sang-coulera-tant-que-les-hommes-auront-la-folie-atroce-de-penser-que-no.html

4 Mort le 12 novembre 1770, à quatre-vingt-trois ans. Il eut pour successeur , non pas Gaillard, à la candidature duquel Richelieu fut défavorable, mais Jean-Armand de Bossuejouls de Roquelaure, évêque de Senlis : https://www.academie-francaise.fr/les-immortels/jean-armand-de-roquelaure

5 Ses Poésies chrétiennes composées par l'ordre de la reine, 1747 . V* oublie qu'il a lui-même mis en vers le Cantique des cantiques pour Mme de Pompidou .

6 Copie contemporaine ; éd. Kehl , qui suivie des éditions, omet la formule du dernier paragraphe « Ma nièce [...] »

Le même jour Mme Du Deffand informe Walpole : « Il paraît une brochure qui a pour titre Testament de M. de Voltaire , je n'ose vous l’envoyer, je craindrais qu'elle ne vous ennuyât ; il y a du bon et du mauvais, il y est parlé de beaucoup de gens dont il n'y a que la lettre initiale de leur nom [...] ».

Il s'agissait du Testament politique de M. de V*** de Jean -Henri Marchand, 1770 ; cette satire fut plusieurs fois rééditée . Voir : https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6215976r.texteImage