07/07/2021
qui sont les examinateurs ? quelles mesures prend-on ?
... Ô Bac sacré, combien d'heureux fais-tu cette année ? à combien de buggs as-tu donné naissance ?
https://www.bfmtv.com/societe/education/en-direct-bac-202...
« A Etienne-Noël Damilaville
4 avril 1766 1
Mon cher ami, il n’y a qu’une pauvre petite lettre à la poste d’Italie pour M. d’Alembert. Je la lui ai envoyée dans un paquet adressé à M. d’Argental, qui demeure dans son quartier.
Je saurai demain si vous avez reçu une lettre adressée à Monsieur d’Auch 2, ou plutôt à frère Patouillet, auquel il n’a fait que prêter son nom.
M. Thomas m’a envoyé l’Éloge de Mgr le dauphin 3. Il y a de l’éloquence et de la philosophie. Il n’est pas vraisemblable qu’il ait attribué à ce prince des qualités et des connaissances qu’il n’aurait pas eues ; il se serait décrédité auprès des honnêtes gens. Enfin, de tout ce que j’ai lu sur ce triste événement, il est le seul qui m’ait instruit et qui m’ait fait plaisir. Il y a quelques défauts dans son ouvrage ; mais, en général, c’est un homme qui pense beaucoup, et qui peint avec la parole.
En lisant le Dictionnaire, je m’aperçois que le chevalier de Jaucourt en a fait les trois quarts 4. Votre ami 5 était donc occupé ailleurs ? Mais, par charité, dites-moi pourquoi ce livre, qui, à mon gré, est nécessaire au monde, n’est pas encore entre les mains des souscripteurs ? Au nom de qui l’examine-t-on ? qui sont les examinateurs ? quelles mesures prend-on ?
Vous m’aviez bien dit que la comédie 6 que vous m’aviez envoyée était meilleure à voir qu’à lire. Bonsoir, mon très-cher philosophe. »
1 L'édition Correspondance littéraire, philosophique et critique, de Grimm, n'identifie pas le destinataire .
2 De la Lettre pastorale à M. l’archevêque d’Auch, J. -F. Montillet ; voir : https://fr.wikisource.org/wiki/Page:Voltaire_-_%C5%92uvres_compl%C3%A8tes_Garnier_tome25.djvu/479
Voir lettre du 24 mars 1766 : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2021/06/29/persequitur-pede-poena-claudo-le-chatiment-poursuit-le-crime-6324372.html
Il faut manifestement lire ensuite n'a fait et non n'avait comme le portent les copies et l'édition Besterman.
3 Voltaire publia peu après un Petit Commentaire sur cet ouvrage de Thomas ; voir : https://fr.wikisource.org/wiki/Page:Voltaire_-_%C5%92uvres_compl%C3%A8tes_Garnier_tome25.djvu/481
4 Sur la participation de Jaucourt à l'Encyclopédie que Richard N. Schwab estime à 15 000 articles dans son Inventory of Diderot's Encyclopédie, 1972, voir aussi J. Lough, « Louis, chevalier de Jaucourt » dans les Essays Presented to C. M. Girdlestone, 1960 .
5 Diderot .
6 Le Philosophe sans le savoir, de Sedaine.
09:13 | Lien permanent | Commentaires (0)
Cette santé est un bien dont je n’ai jamais joui, et c’est ce qui me rend la retraite à la campagne absolument nécessaire. La réputation est une chimère, et le bien-être est quelque chose de solide.
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« A Pierre-Joseph Thoulier d'Olivet
de l'Académie française, etc.
quartier du Louvre
à Paris
1er avril 1766 à Ferney
Mon cher maître, je ne vous donne point un poisson d’avril quand je vous dis que je vous aimerai tendrement toute ma vie, et que je vous souhaite les années de Nestor, et surtout cette santé inaltérable sans laquelle la vieillesse n’est qu’une longue mort. Cette santé est un bien dont je n’ai jamais joui, et c’est ce qui me rend la retraite à la campagne absolument nécessaire. La réputation est une chimère, et le bien-être est quelque chose de solide.
En vous remerciant de l’Alexandre. Il n’y a personne qui ne voulût pencher le cou avec un si beau surnom. Je vous trouve quelquefois bien sévère avec Racine 1. Ne lui reprochez-vous pas quelquefois d’heureuses licences qui ne sont pas des fautes en poésie ? Il y a dans ce grand homme plus de vers faibles qu’il n’y en a d’incorrects ; mais, malgré tout cela, nous savons, vous et moi, que personne n’a jamais porté l’art de la parole à un plus haut point ni donné plus de charme à la langue française. J’ai souscrit, il y a deux ans, pour une édition qu’on doit faire de ses pièces de théâtre, avec des commentaires 2. J’ignore qui sera assez hardi pour le juger, et assez heureux pour le bien juger. Il n’en est pas de ce grand homme, qui allait toujours en s’élevant, comme de Corneille, qui allait toujours en baissant, ou plutôt en tombant de la chute la plus lourde. Racine a fini par être le premier des poètes dans Athalie, et Corneille a été le dernier dans plus de dix pièces de théâtre, sans qu’il y ait dans ces enfants infortunés ni la plus légère étincelle de génie, ni le moindre vers à retenir ; cela est presque incompréhensible dans l’auteur des beaux morceaux de Cinna, du Cid, de Pompée, de Polyeucte, etc.
Vous avez bien raison de dire qu’il y a moins de fautes dans Racine que dans nos meilleurs écrivains en prose . Les belles oraisons funèbres de Bossuet en sont pleines ; mais, en vérité, ces fautes sont des beautés, quand on les compare à la plupart des pièces d’éloquence d’aujourd’hui. Vous savez bien que Louis Racine, cité par vous quelquefois, a frappé souvent des vers sur l’enclume de Jean, son père . Pourquoi donc a-t-il si peu de réputation ? C’est qu’il manque d’imagination et de variété ; il n’y a rien chez lui de piquant : il n’a pas sacrifié aux Grâces ; il n’a sacrifié qu’à saint Prosper 3, et, quoiqu’il tourne bien ses vers,
On lit peu ces auteurs nés pour nous ennuyer,
Qui toujours sur un ton semblent psalmodier.4
Vous voyez que j’ai avec vous le cœur sur les lèvres ; voilà cette franchise parisienne que vous avez louée, ce me semble, et qui doit plaire à la franchise franc-comtoise. C’est une consolation pour moi de m’entretenir aussi librement avec vous. J’ai eu besoin depuis quelque temps de me remettre à relire vos Tusculanes 5 et le De Natura deorum, pour me confirmer dans l’opinion où je suis que jamais philosophe, ancien et moderne, n’a mieux parlé que Cicéron. J’aime bien mieux ces ouvrages-là que ses Philippiques, qui l’ont fait tuer à l’âge de soixante-trois ans.
Adieu ; vivez heureux et longtemps, mon cher maître, et souvenez-vous du mot de votre ami Marcus Tullius : Non est vetula quæ credat.6, etc. »
1Voir lettre du même jour à d'Argental : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2021/07/05/beaucoup-d-artistes-et-d-ouvriers-des-fils-de-marchands-d-av-6325470.html
. L'Alexandre est-il celui de la pièce de Racine ? Sans la lettre de l'abbé d'Olivet, cette allusion n'a pu être éclaircie .
2 Les commentaires que Blin de Sainmore vendit à Luneau de Boisjermain. (Georges Avenel.) . Voir lettre du 8 février 1765 à Blin de Sainmore : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2020/04/29/etant-juge-sans-interet-vous-serez-plus-eclaire-et-moins-suspect-de-partial.html
Voir : https://dictionnaire-journalistes.gazettes18e.fr/journaliste/533-pierre-luneau-de-boisjermain
et : https://fr.wikipedia.org/wiki/Pierre-Joseph_Luneau_de_Boisjermain
3 Dans la mesure où Louis Racine fait, dans son poème de La Grâce, une place aux controverses théologiques de Saint Augustin, saint Prosper et autres docteurs de l’Église . « De l'illustre Prosper j'ose suivre les pas …. » : https://fr.wikisource.org/wiki/La_Gr%C3%A2ce/Chant_I
4 Art poétique, I, 73-74, de Boileau : http://wattandedison.com/Nicolas_Boileau1.pdf
5 Voir lettre du 12 février 1736 à d'Olivet : https://fr.wikisource.org/wiki/Correspondance_de_Voltaire/1736/Lettre_560
6 Il n'y a pas toujours une vielle pour croire [...] . Ce membre de phrase n'est pas retrouvé chez Cicéron, mais on ne dispose pas d'une concordance complète des œuvres de cet auteur .
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