04/01/2026
Pour moi, qui suis citoyen du monde,...cette tolérance ne peut avoir aucun effet dangereux ...Liberté de conscience et liberté de commerce, monsieur, voilà les deux pivots de l’opulence d’un État, petit ou grand
... Et pendant ce temps Trump se prend pour Superman le justicier et arrête un président vénézuélien peu fréquentable il est vrai, mais , qualité remarquable, dirigeant d'un pays regorgeant de pétrole . Les autres dictateurs peuvent dormir tranquilles, on ne viendra pas les réveiller en sursaut s'ils sont dans des pays sans ressources attirantes . Les autres pays producteurs de cocaïne peuvent continuer leur trafic, point de motif de rapt selon les idées trumpiennes ; faute d'annexion du Groenland et du Canada, il se suffit du Vénézuela, jaloux sans doute de ses grands modèles Poutine et Xi Jinping qui agrandissent leur territoire les armes à la main . Il se fiche bien que Maduro ait eu un gouvernement détestable pour le peuple, pourvu que ça paye : un Trump ne fait rien gratuitement .
Pour en savoir un peu sur Maduro : https://fr.wikipedia.org/wiki/Nicol%C3%A1s_Maduro
« A Pierre-Samuel Dupont de Nemours
Ferney ce 16è juillet 1770 1
M. Bérenger 2 m’a fait le plaisir, monsieur, de m’apporter votre ouvrage, qui est véritablement d’un citoyen 3. Bérenger l’est aussi, et c’est ce qui fait qu’il est hors de sa patrie. Je crois que c’est lui qui a rectifié un peu les premières idées qu’on avait données d’abord sur Genève. Pour moi, qui suis citoyen du monde, j’ai reçu chez moi une vingtaine de familles genevoises, sans m’informer ni de quel parti ni de quelle religion elles étaient. Je leur ai bâti des maisons, j’ai encouragé une manufacture assez considérable, et le ministère et le roi lui-même m’ont approuvé. C’est un essai de tolérance et une preuve évidente que, dans le siècle éclairé où nous vivons, cette tolérance ne peut avoir aucun effet dangereux : car un étranger qui demeurerait trois mois chez moi ne s’apercevrait pas qu’il y a deux religions différentes. Liberté de conscience et liberté de commerce, monsieur, voilà les deux pivots de l’opulence d’un État, petit ou grand.
Je prouve par les faits, dans mon hameau, ce que vous et M. l’abbé Roubaud 4 vous prouvez éloquemment par vos ouvrages.
J’ai lu, avec l’attention que mes maladies me permettent encore, tout ce que vous dites de curieux sur la Compagnie des Indes et sur le Système 5. Tout cela n’est pas à l’honneur de la nation ni à celui du Régent 6. Vous m’avouerez au moins que cet extravagant système n’aurait pas été adopté du temps de Louis XIV, et que Jean-Baptiste Colbert avait plus de bon sens que Jean Law.
À l’égard de la Compagnie des Indes, je doute fort que ce commerce puisse jamais être florissant entre les mains des particuliers 7. J’ai bien peur qu’il n’essuie autant d’avanies que de pertes, et que la Compagnie anglaise ne regarde nos négociants comme de petits interlopes 8 qui viennent se glisser entre ses jambes. Les vraies richesses sont chez nous, elles sont dans notre industrie ; je vois cela de mes yeux. Mon blé nourrit tous mes domestiques ; mon mauvais vin, qui n’est point malfaisant, les abreuve ; mes vers à soie me donnent des bas ; mes abeilles me fournissent d’excellent miel et de la cire ; mon chanvre et mon lin me fournissent du linge. On appelle cette vie patriarcale ; mais jamais patriarche n’a eu de grange telle que la mienne, et je doute que les poulets d’Abraham fussent meilleurs que les miens. Mon petit pays, que vous n’avez vu qu’un moment, est entièrement changé en très peu de temps.
Vous avez bien raison, monsieur, la terre et le travail sont la source de tout, et il n’y a point de pays qu’on ne puisse bonifier. Continuez à inspirer le goût de la culture, et puisse le gouvernement seconder vos vues patriotiques .
Mettez-moi, je vous prie, aux pieds de M. le duc de Saint-Mégrin 9, qui m’a paru fait pour rendre un jour de véritables services à sa patrie, et dont j’ai conçu les plus grandes espérances.
J’ai l’honneur d’être, avec la plus haute estime et tous les autres sentiments que je vous dois, monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur
Voltaire .
P. S. Voulez-vous bien, monsieur, faire mes tendres compliments à M. l’abbé Morellet, quand vous le verrez ? »
1 Copie dans les archives Dupont ; éd. « Lettre de M. de Voltaire à M. Dupont, auteur des Éphémérides du citoyen, etc., Mercure de France septembre 1770, p. 209-211 : https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k3746631v/f211.item
2 Jean-Pierre Bérenger était un des Natifs bannis de Genève en février 1770 ; voir lettre du 5 avril à de Caire : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2025/09/13/les-lettres-aux-ministres-dans-lesquelles-on-ne-leur-demande-6562581.html
Il devait aussi publier un Mémoire justificatif pour les citoyens de Genève connus sous le nom de natifs, 1770, et d'autres ouvrages .
3Les Éphémérides du citoyen , envoyés par Dupont de Nemours le 1er septembre 1769 . Voir : https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89ph%C3%A9m%C3%A9rides_du_citoyen
4 Collaborateur de Dupont de Nemours ; voir lettre à Roubaud du 1er juillet 1769 : https://fr.wikisource.org/wiki/Page:Voltaire_-_%C5%92uvres_compl%C3%A8tes_Garnier_tome46.djvu/371
5 Dans les Éphémérides du citoyen.
6 Ce mot a été changé sur la copie en des gens qui la gouvernaient. Cette phrase ainsi que le post scriptum omis sur la copie Beaumarchais manquent dans toutes les éditions .
7 Allusion à l'ouvrage de Dupont intitulé Du Commerce et de la Compagnie des Indes, 1769 : https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k10504087.texteImage
8 Le mot interlope, employé d'abord sous la forme interlopre, conforme à l’étymologie ( de l'anglais interloper, formé du préfixe latin inter et du mot hollandais looper, coureur ) désignait à l'origine des navires de commerce trafiquant en fraude soit dans les colonies concédées par une compagnie soit dans les ports en état de blocus , etc. Le mot est employé par V* dans un sens plus large quoique encore proche de l'acception primitive .
9 À qui est adressée la lettre du 4 novembre 1768 : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2024/05/15/on-tient-en-esclavage-les-corps-et-les-esprits-autant-qu-on-6498440.htm
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