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18/10/2017

Il s’agit de venger l’humanité, et non de disputer un peu de renommée.

... Et il s'agit de venger les femmes et non d'excuser le trop célèbre Mr Weinstein, "malade" dit-on (parole d'avocats qui vont gagner le pactole avec ce client exceptionnel )  , mais qui, en ayant les moyens de se faire soigner, s'est bien gardé de le faire .

 

 

« A Etienne-Noël Damilaville

6 décembre [1762]

Mes frères, les Pensées tirées des objections diverses, etc. 1, sont un excellent ouvrage. Il faut en tirer quelques exemplaires pour les sages ; mais je crois que rien ne fera jamais plus d’impression que le livret de Meslier. Songez de quel poids est le témoignage d’un mourant et d’un prêtre homme de bien. On dit qu’il paraîtra quelque chose 2 à l’occasion des Calas et des pénitents blancs, mais qu’on attendra que la révision ait été jugée .

Le docteur Tronchin m’a enfin mandé qu’il n’y avait point de guérison pour le petit enfant 3 à qui mon frère s’intéresse ; je souhaite que le docteur se trompe.

Qu’est-ce donc que ce drôle de fou qui traite le public comme Ajax traitait ses moutons 4, et qui tombe sur lui en furieux ? Il a donc fait une tragédie d’Ajax ? l’a-t-on mis aux petites-maisons ? comment se nomme-t-il ?

Est-il vrai qu’Élie de Beaumont est très courroucé de voir la faucille Loyseau dans sa moisson 5? Mon cher frère, s’il est vrai, calmez ses douleurs ; représentez-lui que dans une affaire telle que celle des Calas, il est bon que plusieurs voix s’élèvent ; c’est un concert d’âmes vertueuses. Il s’agit de venger l’humanité, et non de disputer un peu de renommée. Il y aura place pour Beaumont et pour Loyseau dans le temple de la gloire et de la vertu, et aucun d’eux n’entrera dans la caverne de l’envie.

J’embrasse mon frère et mes frères.

P.S. – Il y a un enfant qui se dit petit-neveu de Corneille. Il demeure chez M. Noël, maître de pension, faubourg Saint-Marceau ; son nom est Vannier. Il demande un exemplaire de Corneille ; cela est assurément bien juste. Je prie très instamment mon frère de lui faire passer ce petit billet 6. »

1Les Éclaircissements historiques à l'occasion d'un libelle calomnieux sur l'Essai de l'histoire générale , dont on reparlera ; voir lettre du 13 décembre 1762 au même : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2009/12/13/l-opera-comique-soutient-il-toujours-la-gloire-de-la-france.html

2 Le Traité sur la tolérance que V* ne publie qu'en novembre 1763 quand tout danger est écarté pour la famille Calas . Sur une version ancienne d'une partie de ce texte, dont le reste est passé dans le Pot pourri, voir l'édition des Romans et contes .

3 En l'absence des lettres de Damilaville, on ne sait de qui il est question ici ; ce ne peut être Daumart, comme Beuchot et Moland l'ont estimé, puisqu'il s'agit de quelqu'un vivant à Paris ou près de Paris . On pourrait songer à un « jeune homme » mentionné dans une lettre du 12 décembre 1762 du duc de La Vallière, remerciant V* de l'intérêt qu'il a pris à sa mort .

4 L'Ajax de Poinsinet de Sivry fut représenté pour la première fois le 30 août 1762 et retiré après la première représentation ; sur quoi l'auteur publia, anonymement, l'Appel au petit nombre ou le Procès de la multitude, avec l'épigraphe « Ajax ayant été mal jugé entra en fureur, et prit un fouet pour châtier ses juges » (référence à Ajax qui avait pris pour l'ennemi un troupeau de moutons) .Puis Poinsinet se répondit à lui-même par une Lettre à l'auteur de la tragédie d'Ajax ou Réponse à l'appel au petit nombre ; 1763 .

5 L'avocat Loyseau a aussi publié un mémoire en faveur des Calas .

6 On n'a pas ce billet .

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