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18/05/2021

sans justesse il n’y a ni esprit ni talent

... The right thing in the right place .

Bases légales de la péréquation financière intercommunale | État de Fribourg

C'est beau

 

 

« A Frédéric II, roi de Prusse

1er février [1766] 1

Sire,

Je vous fais très tard mes remerciements ; mais c’est que j’ai été sur le point de ne vous en faire jamais aucun. Ce rude hiver m’a presque tué ; j’étais tout près d’aller trouver Bayle, et de le féliciter d’avoir eu un éditeur 2 qui a encore plus de réputation que lui dans plus d’un genre ; il aurait sûrement plaisanté avec moi de ce que Votre Majesté en a usé avec lui comme Jurieu ; elle a tronqué l’article David. Je vois bien qu’on a imprimé l’ouvrage sur la seconde édition de Bayle 3. C’est bien dommage de ne pas rendre à ce David toute la justice qui lui est due ; c’était un abominable Juif, lui et ses psaumes. Je connais un roi plus puissant que lui et plus généreux, qui, à mon gré, fait de meilleurs vers. Celui-là ne fait point danser les collines comme des béliers, et les béliers comme des collines 4. Il ne dit point qu’il faut écraser les petits enfants contre la muraille 5, au nom du Seigneur ; il ne parle point éternellement d’aspics 6 et de basilics 7. Ce qui me plaît surtout de lui, c’est que dans toutes ses épîtres il n’y a pas une seule pensée qui ne soit vraie ; son imagination ne s’égare point. La justesse est le fonds de son esprit ; et en effet, sans justesse il n’y a ni esprit ni talent.

Je prends la liberté de lui envoyer 8 un caillou du Rhin pour un boisseau de diamants. Voilà les seuls marchés que je puisse faire avec lui.

Les dévotes de Versailles n’ont pas été trop contentes du peu de confiance que j’ai en sainte Geneviève ; mais le monarque philosophe prendra mon parti.

Puisque les aventures de Neuchâtel l’ont fait rire, en voici d’autres 9 que je souhaite qui l’amusent. Comme ce sont des affaires graves qui se passent dans ses États, il est juste qu’elles soient portées au tribunal de sa raison.

Il y a en France un nouveau procès tout semblable à celui des Calas 10 ; et il paraîtra dans quelque temps un mémoire signé de plusieurs avocats, qui pourra exciter la curiosité et la sensibilité. On verra que nos papistes sont toujours persuadés que les protestants égorgent leurs enfants pour plaire à Dieu. Si Sa Majesté veut avoir ce mémoire, je la supplie de me faire dire par quelle voie je dois l’adresser. J’ignore s’il le faut mettre à la poste, ou le faire partir par les chariots d’Allemagne. »

1 V* répond à la lettre du 8 janvier 1766 de Frédéric II : https://fr.wikisource.org/wiki/Correspondance_de_Voltaire/1766/Lettre_6224

2 Il venait de paraître un Extrait du Dictionnaire de Bayle avec une préface, Berne (Berlin), 1766, deux volumes in-8°. C’est un choix des Articles les plus philosophiques dans lesquels M. Bayle a supérieurement réussi. Ce choix avait été fait par Frédéric, auteur de la préface intitulée Avant-propos, et qui est le panégyrique de Bayle.

3 On sait que Bayle donna, dans l’édition de de 1697 de son Dictionnaire, un article David qui scandalisa le consistoire de Rotterdam, et que l’auteur corrigea dans son édition de 1702. Les corrections consistaient en additions et suppressions. L’édition de 1715 contient la version de 1697. Les deux textes se retrouvent dans les éditions postérieures à 1715. Il est assez singulier que le roi de Prusse ait donné la version de 1702, qui n’est, pas la curieuse. Dans sa lettre à Voltaire du 25 novembre 1766, Frédéric promet que dans la seconde édition de son Extrait on restituera le bon article David. On n’en a rien fait, si j’en juge d’après les réimpressions de 1780 et 1789, que j’ai sous les yeux. (Beuchot.)

4 Psaumes CXIII, verset 4 : https://saintebible.com/psalms/113-4.htm

5 Psaumes CXXVI, verset 9. : https://saintebible.com/psalms/136-9.htm

8 L’Épître à Henri IV.

9 De nouvelles Questions sur les miracles . On venait de brûler l’Abrégé de l’Histoire ecclésiastique de Fleury, dont l’Avant-propos est de Frédéric. Voir la note dans https://fr.wikisource.org/wiki/Le_Pyrrhonisme_de_l%E2%80%99histoire/%C3%89dition_Garnier/28#cite_ref-5

Permettez, monsieur, que je paie tous les avocats qui voudront recevoir les honoraires de la consultation. Je n’épargnerai ni dépenses ni soins pour vous seconder de loin dans les combats que vous livrez avec tant de courage en faveur de l’innocence

... Voltaire : un pingre ! clament certains ignares malveillants . Qu'il me soit permis de fréquenter des pingres de ce genre et l'avenir sera ensoleillé .

Voltaire : le combat pour la tolérance. Calas, Sirven, La Barre - Persée

https://www.persee.fr/doc/raipr_0033-9075_1994_num_112_1_...

 

 

« A Jean-Baptiste-Jacques Élie de Beaumont

A Ferney 1er février 1766 1

Je vous assure, monsieur, qu’un des beaux jours de ma vie a été celui où j’ai reçu le mémoire que vous avez daigné faire pour les Sirven. J’étais accablé de maux ; ils ont tous été suspendus. J’ai envoyé chercher le bon Sirven, je lui ai remis ces belles armes avec lesquelles vous défendez son innocence ; il les a baisées avec transport. J’ai peur qu’il n’en efface quelques lignes avec les larmes de douleur et de joie que cet événement lui fait répandre. Je lui ai confié votre mémoire et vos questions ; il signera, et fera signer par ses filles la consultation ; il paraphera toutes les pages, ses filles les parapheront aussi . Il rappellera sa mémoire, autant qu’il pourra, pour répondre aux questions que vous daignez lui faire ; vous serez obéi en tout comme vous devez l’être. Il cherche actuellement des certificats . J’ai écrit à Berne pour lui en procurer.

Permettez, monsieur, que je paie tous les avocats qui voudront recevoir les honoraires de la consultation. Je n’épargnerai ni dépenses ni soins pour vous seconder de loin dans les combats que vous livrez avec tant de courage en faveur de l’innocence. C’est rendre en effet service à la patrie que de détruire les soupçons de tant de parricides. Les huguenots de France sont à la vérité bien sots et bien fous, mais ce ne sont pas des monstres.

J’enverrai votre factum à tous les princes d’Allemagne qui ne sont pas bigots . Je vous demande en grâce de me laisser le soin de le faire tenir aux puissances du Nord . J’ai l’ambition de vouloir être la première trompette de votre gloire à Pétersbourg et à Moscou.

Vous m’avez ordonné de vous dire mon avis sur quelques petits détails qui appartiennent plus à un académicien qu’à un orateur . J’ai usé et peut-être abusé de cette liberté . Vous serez, comme de raison, le juge de ces remarques . J’aurai l’honneur de vous les envoyer avec votre original ; mais, en attendant, il faut que je me livre au plaisir de vous dire combien votre ouvrage m’a paru excellent pour le fond et pour la forme. Cette consultation était bien plus difficile à faire que celle des Calas ; le sujet était moins tragique, l’objet de la requête moins favorable, les détails moins intéressants. Vous vous êtes tiré de toutes ces difficultés par un coup de l’art, vous avez su rendre cette cause celle de la nation et du roi même. Vos mémoires sur les Calas sont de beaux morceaux d’éloquence ; celui-ci est un effort du génie.

Je vois que vous avez envie de rejeter dans les notes quelques preuves et quelques réflexions de jurisprudence qui peuvent couper le fil historique et ralentir l’intérêt. Je vous exhorte à suivre cette idée ; votre ouvrage sera une belle oraison de Cicéron, avec des notes de la main de l’auteur.

J’attends Sirven avec grande impatience pour relire votre chef d’œuvre, et ce ne sera pas sans enthousiasme. Si j’avais votre éloquence, je vous exprimerais tout ce que vous m’avez faire sentir. »

1 Copie d'archive à la tête de laquelle V* a noté « Beaumont »