03/12/2019
Ainsi j'avais rempli toutes mes promesses avant d'avoir de vos nouvelles
... Ainsi dit Emmanuel Macron lorsqu'il intervient aux Assises de la mer à Montpellier , confirmant le renforcement de notre marine .
D'autre part, il fait fort bien aussi de mettre Trump en face de la réalité en parlant de "mort cérébrale de l'OTAN" . Je pense que subconsciemment ou malicieusement notre président parle du cerveau de comptable de Donald qui rabâche une suite de chiffres de dépenses sans aucune justification humaine .
« A François-Louis Jeanmaire
16è octobre 1764 à Ferney
Il y a longtemps monsieur que M. Camp a 79 995 livres en dépôt pour vous et M. Dupont a pu vous remettre une lettre de change de la même somme de 79 995 livres payable au 12 octobre préfix à votre ordre par M. Camp à Lyon .
Les 20 005 livres restantes pour compléter vos 200 000 livres ont été prêtes dès le 1er octobre, ainsi que l'argent déposé chez M. Camp .
Ne recevant point de vos nouvelles, j'ai adressé par la messagerie de Genève à Strasbourg les 20 005 livres savoir 833 louis d'or, et le reste en écus . Ils devaient partir il y a huit jours, mais j'apprends qu'ils ne sont partis qu’aujourd’hui de Genève . Le paquet est de toile cirée, ficelé, avec deux cachets de mes armes et deux cartes, portant que le group contient 833 louis d'or et 2 écus de six francs pour être rendus à Strasbourg , à l’ordre de M. Jeanmaire receveur de Mgr le duc de Virtemberg .
Ainsi j'avais rempli toutes mes promesses avant d'avoir de vos nouvelles .
Je reçois aujourd'hui votre lettre du 4 octobre par laquelle vous me mandez de vous faire tenir à Montbéliard la lettre de change sur Lyon . Vous voyez bien que cela est impossible, puisqu’elle vous attend à Colmar depuis si longtemps . Je pense monsieur que le plus court moyen et le plus convenable de toute façon, est de vous transporter à Colmar et d'y faire venir le paquet d'or de Strasbourg . C'est bien dommage que nous soyons si éloignés l'un de l'autre . Si j'avais pu m'établir auprès de Montbéliard comme j'en avais grande envie, notre affaire aurait été consommée en un jour . Je me flatte que votre amitié me dédommagera de cet éloignement .
Au reste monsieur si vous n'avez pu toucher la moitié des deux cent mille livres aussitôt que nous l'aurions désiré, M. le comte de Montmartin verra aisément que ce n'est ni votre faute ni la mienne, et il rendra toujours justice à votre diligence et à votre zèle .
Ne doutez pas de la sincère amitié avec laquelle je serai toute ma vie
monsieur
votre très humble et très obéissant serviteur
Voltaire. »
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On veut persécuter un vieillard
... C'est l'opinion de Bernard Tapie qui garde toujours son côté commerçant / rapace, et que j'ai entendu, -après qu'il ait clamé sa foi chrétienne,- dire qu'il mérite indubitablement une place au paradis en récompense de ses bonnes actions . Nanard toujours intéressé, catholique en peau de lapin, tu ne changeras jamais, pognon ou paradis tu es prêt à tout pour le gagner : faux jeton !
« A Antoine Malvin de Montazet 1
[octobre 1764]
[Désavoue le Dictionnaire philosophique] On veut persécuter un vieillard et mettre une malheureuse famille qui ne peut subsister sans lui dans le cas de désirer d'entrer dans le tombeau où on veut le forcer de descendre [...] 2»
1Voir : https://data.bnf.fr/fr/10745543/antoine_de_malvin_de_montazet/
et : http://www.academie-francaise.fr/les-immortels/antoine-de-malvin-de-montazet
et : http://museedudiocesedelyon.com/MUSEEduDIOCESEdeLYONmalvin.htm
2 Ce fragment de lettre à l'archevêque de Lyon, dont V* fait souvent l'éloge, nous est connu par une lettre de Marie-Louise-Madeleine de Brémond d'Ars, marquise de Verdelin, à JJ Rousseau du 6 novembre 1764 ; voir J.-J. Rousseau, ses amis et ses ennemis, 1865 de G. Streckeisen-Moultou . On peut douter que la citation soit exacte ; outre que la marquise parle d'après une tierce personne, on observera qu'une expression comme mettre […] dans le cas est lourde et que , quoique fréquente à l'époque, elle est évitée par les bons écrivains . Mais le fond de la lettre est certainement authentique .
Voir : http://valmorency.fr/75.html
et : page 517 : https://books.google.fr/books?id=7RcUAAAAQAAJ&printsec=frontcover&hl=nl&source=gbs_ge_summary_r&cad=0#v=onepage&q=6%20novembre&f=false
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02/12/2019
Notre grand intérêt est que les hommes qui existent soient heureux autant que la nature humaine et l’extrême disproportion entre les différents états de la vie le comportent
... Cet intérêt semble bien être le cadet des soucis de bien des gouvernements en ce monde (pour ne pas dire tous), ce qui pourrait expliquer le succès des religions prometteuses de bonheur dans l'au-delà, et des partis politiques extrémistes revanchards .

« A la « Gazette littéraire de l'Europe »
[octobre 1764] 1
Je vois, messieurs, par la Gazette littéraire, tome III, page 80 2, que le gouvernement de la Suède a depuis plus de vingt ans persévéré dans l'entreprise utile de connaître à fond les forces du pays et de commencer par un dénombrement exact . Il est dit qu'on a trouvé dans toute l'étendue de la Suède, sans compter la Poméranie, deux millions trois cent quatre-vingt-trois mille habitants . Ce calcul étonne . La Suède avec la Finlande est deux fois aussi étendu que la France, qui passe pour contenir environ vingt millions de personnes ; il est même certain par le relevé de tous les intendants du royaume en 1698, qu'on trouva à peu près ce nombre, et la Lorraine n’était point encore ajoutée à la France . Comment un pays qui n'est que la moitié d'un autre peut-il avoir environ dix fois plus de citoyens .
À territoire égal il faudrait que le France fût dix fois meilleure que la Suède ; et le territoire n'étant que la moitié, il faut que la France soit vingt fois meilleure .
Considérons d'abord qu'on doit retrancher de la carte de la Suède la mer Baltique, le golfe de Finlande et le golfe de Bothnie, qui remplissent près de la moitié de ce qui constitue la Suède . Otons-en le Lapmerck et la Laponie, que l'on doit compter pour rien ; retranchons encore des lacs immenses, et il se trouvera que le territoire habitable de la France sera plus grand d'un tiers que le terrain habitable de la Suède .
Or ce terrain habitable étant dix fois plus fertile, il n'est pas étonnant qu'il ait dix fois plus de citoyens .
Ce qui me parait mériter beaucoup d'attention, c'est que dans la Gothie, province la plus méridionale et la plus fertile de la Suède, il y a 1248 habitants par chaque lieue carrée de Suède . Or la lieue carrée de Suède, de dix et demi au degré, est à la lieue carrée de France, de vingt-cinq au degré, comme quatre et deux tiers environ est à un .
Il résulte du dénombrement de la France fait par les intendants du royaume en 1698, que la France a six cent trente-six personnes par lieue carrée .
Or la lieue carrés de France, qui est à la lieue carrée de Suède comme un est à quatre et deux tiers environ, a six cent tente-six habitants, et la lieue carrée suédoise en a douze cent quarante-huit . Il est clair que la lieue carrée de Gothie qui devrait avoir quatre fois et deux tiers autant de colons, en nourrit à peine le double ; donc la même étendue de terrain en France a plus de la moitié de colons ou d’habitants que la même étendue n'en a dans la Gothie .
Cette prodigieuse supériorité d'un pays sur un autre peut-elle avec le temps être réduite à l'égalité ? Oui, si les habitants du climat disgracié peuvent trouver le secret de changer la nature de leur sol et de se rapprocher du tropique .
Le pays pourrait-il être peuplé du double, du triple ? Oui, si l'on faisait deux fois, trois fois plus d'enfants ; mais qui les nourrirait si la terre ne rend pas deux ou trois fois davantage ?
Au défaut d'une récolte triple pour nourrir ce triple d'habitants, il faudrait donc avoir un commerce, par le bénéfice duquel on pût acquérir deux et trois fois plus de denrées qu'on n'en consomme aujourd'hui . Mais comment faire de commerce avantageux, si la nature refuse de quoi exporter à l'étranger ?
La commission établie pour rendre compte aux États assemblés de la dépopulation de la Suède affirme dans son mémoire, sur des preuves historique, que le pays était il y a trois cents ans presque trois fois plus peuplé qu'aujourd'hui . Il est de l’intérêt de tous les hommes de connaître les preuves de cette étrange affection . Se pourrait-il que la Suède sans commerce, sans industrie, et plus mal cultivée qu'à présent, eût pu nourrir trois fois plus d'habitants ?
Il paraît que les pays du Nord n'ont jamais été plus peuplés qu'ils ne le sont, parce que la nature a toujours été la même .
César dans ses Commentaires dit que les Helvétiens, désertant leur pays pour aller s'établir vers la Saintonge, partirent tous au nombre de trois cent soixante et huit mille personnes . Je ne crois pas que l’Helvétie en ait aujourd’hui davantage . Et si elle rappelait tous ses citoyens répandus dans les pays étrangers, je doute qu’elle eût de quoi leur fournir des aliments .
On parle beaucoup de population depuis quelques années . J'ose hasarder une réflexion . Notre grand intérêt est que les hommes qui existent soient heureux autant que la nature humaine et l’extrême disproportion entre les différents états de la vie le comportent . Mais si nous n'avons pu encore procurer ce bonheur aux hommes, pourquoi tant souhaiter d'en augmenter le nombre ? Est-ce pour faire de nouveaux malheureux ? La plupart des pères de famille craignent d'avoir trop d'enfants, et les gouvernements désirent l'accroissement des peuples . Mais, si chaque royaume acquiert proportionnellement de nouveaux sujets, nul n'acquerra de supériorité .
Quand un pays a un superflu d'habitants, ce superflu est employé utilement aux colonies de l'Amérique . Malheur aux nations qui sont obligées d'y envoyer les citoyens nécessaires à l’État ! C'est dégarnir la maison paternelle pour meubler une maison étrangère . Les Espagnols ont commencé ; ils ont rendu ce malheur indispensable aux autres nations .
L'Allemagne est une pépinière d'hommes, et n'a point de colonies ; que doit-il en résulter ? Que les Allemands qui sont de trop chez eux peupleront les pays voisins . C'est ainsi que la Prusse et la Poméranie ont réparé la disette des hommes .
Très peu de pays sont dans le cas de l'Allemagne . L'Espagne et le Portugal , par exemple, ne seront jamais fort peuplés; les femmes y sont peu fécondes, les hommes peu laborieux, et le tiers de la contrée est aride .
L’Afrique fournit tous les ans environ quarante mille nègres à l'Amérique, et ne paraît pas épuisée . Il semble que la nature ait favorisé les Noirs d'une fécondité qu’elle a refusée à tant d'autres nations . Le pays le plus peuplé de la terre est la Chine sans qu'on y ait jamais fait de livres ni de règlements pour favoriser la population dont nous parlons sans cesse . La nature fait tout sans se soucier de nos raisonnements.3 »
1 Edition « Lettre aux auteurs de la Gazette littéraire », Gazette littéraire de l'Europe du 4 novembre 1764, Supplément .
2 Il s'agit du supplément au numéro du 30 septembre 1764.
3 Ces réflexions de V* montrent l'intérêt qu'il prend depuis quelque temps aux problèmes socio-économiques ; elles tournent court ici après des développements dont la ligne n'est pas très nette . La pensée de V* se sera quelque peu éclaircie quant il composera L'Homme aux quarante écus .Voir : http://www.monsieurdevoltaire.com/article-conte-l-homme-aux-quarante-ecus-partie-1-69199895.html
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