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06/08/2010

Croyez fermement, Monseigneur,que je vous mets immédiatement au-dessus du soleil et des bibliothèques

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« A Louis-François-Armand du Plessis, duc de Richelieu

A Colmar 6 août [1754]



Croyez fermement, Monseigneur,que je vous mets immédiatement au-dessus du soleil et des bibliothèques. Je ne peux en vérité vous donner une plus belle place dans la distribution de mes goûts. Je suis assez content du soleil pour le moment mais ne vous figurez pas que dans votre belle province [Richelieu est gouveneur du Languedoc et V* n'a pas voulu s'y établir ; cf. lettre à Mme Denis du 6 juin] vous ayez les livres qu'il faut à ma pédanterie. Je les ai trouvés au milieu des montagnes des Vosges ; où ne va-t-on pas chercher l'objet de sa passion ? Il me fallait de vieilles chroniques du temps de Charlemagne et de Hugues Capet, et tout ce qui concerne l'histoire du Moyen-Age, qui est la chose du monde la plus obscure. J'ai trouvé cela dans l'abbaye de dom Calmet. Il y a dans ce désert sauvage une bibliothèque presque aussi complète que celle de Saint-Germain-des-Prés de Paris. Je parle à un académicien, ainsi il me permettra ces petits détails. Il saura donc que je me suis fait moine bénédictin pendant un mois entier. Vous souvenez-vous de monsieur le duc de Brancas qui s'était fait dévôt au Bec ?[le duc Louis de Brancas-Villars avait abandonné ses titres pour son fils en 1709 et retiré à l'abbaye du Bec en Normandie, puis à l'Oratoire de Paris] Je me suis fait savant à Senones ; et j'ai vécu délicieusement au réfectoire. Je me suis fait compiler par les moines des fatras horribles d'une érudition assommante. Pourquoi tout cela , pour pouvoir aller gaiement faire ma cour à mon héros quand il sera dans son royaume. Pédant à Senones, et joyeux auprès de vous, je ferais tout doucement le voyage avec ma nièce. Je ne pouvais régler aucune marche avant d'avoir fait un grand acte de pédantisme que je viens de mettre à fin . J'ai donné moi-même un troisième volume de l'Histoire universelle [il a fait imprimer ce tome par Schoepflin avec qui Walther devait s'entendre] en attendant que je puisse publier à mon aise les deux premiers qui demandaient toutes les recherches que j'ai faites à Senones. Et je publie exprès ce troisième volume pour confondre l'imposture qui m'a attribué ces deux premiers tomes si défectueux. J'ai dédié exprès à l'Électeur palatin ce tome troisième parce qu'il a l'ancien manuscrit des deux premiers entre les mains ; et je le prends hardiment à témoin que ces deux premiers ne sont point mon ouvrage [les tomes édités par Néaulme et par ceux qui ont reproduit cette édition Néaulme]. Cela est, je crois sans réplique [à Lambert, le 7 juin et le 9 juillet V* « demande en grâce » « de ne point débiter (le tome ) sans la préface et sans l'épître dédicatoire (à l'Electeur palatin), deux points très essentiels. »]. Et d'autant plus sans réplique que Mgr l'Électeur palatin me fait l'honneur de me mander qu'il est très aise de concourir à la justice que le public me doit [dans une lettre du 27 juillet].



Je rends compte de tout cela à mon héros. Mon excuse est dans la confiance que j'ai en ses bontés. Je le supplie de mander comment je peux faire pour lui envoyer ce troisième volume par la poste. Il aime l'histoire, il y trouvera peut-être des choses assez curieuses et même des choses dans lesquelles il ne sera point de mon avis . J'aurai de quoi l'amuser davantage quand je sera assez heureux pour venir me mettre quelque temps au rang de ses courtisans dans son royaume de Théodoric [roi des Wisigoths, qui fit sa capitale à Toulouse]. Mme Denis, ma garde-malade, voulait avoir l'honneur de vous écrire. Elle joint ses respects aux miens. Nous disputons à qui vous est attaché davantage, à qui sent le mieux tout ce que vous valez ; et nous vous donnons toujours la préférence sur tout ce que nous avons connu. Vous êtes le saint pour qui nous avons envie de faire un pèlerinage. Je crois que six semaines de votre présence me feraient plus de bien que Plombières.



Adieu, Monseigneur, votre ancien courtisan sera toujours pénétré pour vous du plus tendre respect et de l'attachement le plus inviolable.



V. »




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