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02/07/2016

A quoi tout ce fracas aboutira-t-il ? Les choses resteront dans le continent à peu près comme elles étaient

... Jusqu'à ce jour, les prévisions de Voltaire concernant le Brexit sont justes . Puissent-elles se vérifier dans le bon sens .

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Comme dans Star Wars, on  a une étoile noire ! mais la Manche n'est pas la Voie lactée .

 

 

 

«A Louise-Dorothée von Meiningen, duchesse de Saxe-Gotha

Au château de Ferney en Bourgogne

par Genève 31è juillet 1761

Madame, j’ai deux ressemblances avec la grande maîtresse des cœurs : celles des yeux et de l’âme. Mes yeux ne voient presque plus ; mais mon âme voit toujours, madame, et je suis en idée aux pieds de Votre Altesse sérénissime. Elle daigne donc s’intéresser à la race de notre grand Corneille ! Je n’en suis pas surpris, puisque ses ouvrages respirent la grandeur et la vertu, et que sa race est malheureuse.

Il me semble que ce Corneille n’a jamais peint des désastres plus grands que ceux qu’on éprouve depuis Cassel jusqu’au fond de la Silésie. Cela finira quand il plaira à Dieu, et non pas quand il plaira aux hommes. On dit que le philosophe Pangloss va partir de Turquie, et qu’il fera un tour à Genève. Je l’interrogerai sur les causes secondes et sur la cause première. Mais surtout, madame, je voudrais l’amener à Gotha : c’est alors qu’il verrait le meilleur des châteaux possibles, et certainement la meilleure des princesses possibles ; mais je ne voudrais point passer au milieu de ces belles armées, qui ne sont point du tout de mon goût. Je n’aime les héros que dans l’histoire et dans la tragédie.

Je n’ai point encore achevé l’histoire de ce héros russe nommé Pierre-le-Grand, attendu que la cour de Pétersbourg me traite à peu près comme Pharaon traitait les Juifs : il leur demandait de la brique et ne leur donnait point de paille 1. On me demande une histoire, et l’on ne me donne point de matériaux.

Il me semble que monseigneur le prince de Brunswick tiendra son coin dans l’histoire ; il s’est couvert de gloire dans toutes ses campagnes. A quoi tout ce fracas aboutira-t-il ? Les choses resteront dans le continent à peu près comme elles étaient. La guerre de César et de Pompée coûta beaucoup moins de sang, mais il en résulta l’empire du monde. C’est peut-être une perfection de l’art militaire de ne faire presque rien avec les plus grandes armées, les forces étant toujours balancées . Il n’en résulte que la misère des peuples . Il y a seulement de part et d’autre, cinq ou six cents personnes qui font des fortunes immenses à fournir le nécessaire et le superflu aux meurtriers enrégimentés.

Je suis fâché, madame, de n’avoir plus de papier  il faut quitter les réflexions pour présenter mon profond respect et mon inviolable attachement à Votre Altesse sérénissime.

Le vieux Suisse V. »

 

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