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09/10/2016

Ah monsieur, vous riez de ce petit fétiche . Je ne ris pas . S'il a un visage de singe, il a un cœur de boue

... Mais qui donc correspond à ce portrait robot ? Un primate avide de primaires, l'agité de service , N. S. , Notre Saigneur qui est odieux, que ton nom soit supprimé, que ton règne ne vienne jamais, que ta volonté soit défaite, aux voix vas t'en pêcher, et ... casse-toi pauv'thon !     ! 

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« A Claude-Philippe Fyot de La Marche

A Ferney 20 octobre 1761 1

Votre charmante lettre du 5 octobre m'a trouvé mon très respectable ami, dans un moment d'enthousiasme et l'a redoublé . Vous avez été le génie qui m'a conduit . Vous devez savoir , en qualité de génie, que le sujet d'une tragédie me passait par la tête . Je ne vous lais ni de froide politique ni de froide rhétorique ni de froides amours . J'ai trouvé tout ce que les plus grands noms ont de plus imposant, tout ce que la religion secrète des anciens, si sottement calomniée par nous, avait de plus auguste, de plus terrible, et de plus consolant, ce que les passions ont de plus déchirant, les grandeurs de ce monde de plus vain et de plus misérable , et les infortunes humaines de plus affreux . Ce sujet s'est emparé de moi avec tant de violence que j'ai fait la pièce en six jours, en comptant un peu les nuits . Ensuite il a fallu corriger . Voilà pourquoi je vous remercie si tard de toutes les bontés dont vous m'honorez . Je suppose qu'enfin vous avez des nouvelles de Mme de Paulmy 2, et peut-être est-elle chez vous . Permettez que je vous en félicite et que je lui présente mon respect . Je suis ému plus qu'un autre des sentiments de la nature, car c'est ce qui domine dans la pièce dont je vous parle . C'est ce qui me faisait verser des larmes en écrivant cet ouvrage avec la rapidité des passions .

Vous avez dû cher et illustre bienfaiteur des arts, recevoir par M. de Varenne, secrétaire de la noblesse de Bourgogne, un paquet où étaient les dessins de votre graveur . Je vous ai conjuré de permettre qu'il travaillât pour Pierre, et que les Cramer lui donnassent un petit honoraire ; je persiste dans ma prière .

Je vous ai rendu grâce de l'arbitrage de monsieur votre frère 3 que vous daignez me proposer . Il eût été bien doux et bien honorable pour moi d'avoir toute votre famille pour arbitre . Mais M. de Brosses n'en veut point . Il veut plaider parce qu'il croit que ce qu'on appelle la justice de Gex n'osera le condamner, et que je n'oserai en appeler au parlement . C'est en quoi il se trompe . Je respecte trop votre auguste compagnie pour la craindre . Je lui ait écrit à lui-même une lettre très ample dans laquelle je lui mets devant les yeux tous ses procédés et je finis par lui dire que s'il y a un seul homme dans Dijon qui l'approuve, je me condamne . Ah monsieur, vous riez de ce petit fétiche . Je ne ris pas . S'il a un visage de singe, il a un cœur de boue .4

J'aurai l'honneur de vous envoyer copie de ma lettre 5. Elle répond à tout ce que vous me faites l'honneur de me dire . Tout y est expliqué . C'est un factum adressé à lui-même . Vous me jugerez .j'aimerais mieux vous envoyer ma tragédie mais venez la voir jouer sur mon théâtre . Il est joli . Nous y avons représenté Mérope, nous avons fait pleurer jusqu'à des Anglais . Oh que le cher Ruffey aurait dormi ! Vous ne pouvez savoir à quel point je vous respecte et je vous aime .

V. »

1Le manuscrit porte une mention erronée, qui semble contemporaine :  « 20 octobre 1762 / M. de Voltaire. »

3 Charles-Philippe Fyot de La Marche, premier président du parlement de Dôle .

4 Le passage « Ah monsieur …. cœur de boue . » supprimé par l'éditeur manque dans toutes les éditions suivantes .

 

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