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25/01/2017

J’ai connu parfaitement de quel prix sont les éloges et les censures de la multitude, et je finis par tout mépriser

... C'est en substance ce que vous dites monsieur Fillon, qui visiblement avez su lutter contre le chômage d'une manière très assidue en engageant madame votre épouse avec un salaire plus qu'intéressant . Qu'aviez-vous à vous faire pardonner ? Vous parlez de boules puantes , je pense qu'il y en a d'abord eu dans vos poches  ; légalement irréprochable, moralement discutable , il n'y a pas de petits profits à vos yeux .

Minuscule excuse : vous n'êtes pas le seul à disposer ainsi des deniers publics pour votre enrichissement .

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 Et en plus vous voulez faire disparaitre le corps du délit !

 

 

« A Marie-Elisabeth de Dompierre de Fontaine

[vers le 1er février 1762] 1

Ma chère nièce, sans doute j’irai vous voir, si vous ne venez pas chez moi ; mais il faut conduire l’édition de Corneille qui est commencée. En voilà pour un an. Je vous renverrai Cassandre dès que ceux à qui je l’ai confié me l’auront rendu . Il est juste que vous l’ayez entre les mains. Vous verrez si chaque acte ne forme pas un tableau que Van Loo pourrait dessiner.

On a mutilé, estropié trois actes du Droit du Seigneur, ou l’Ecueil du Sage, à la police . C’est le bonhomme Crébillon qui a fait ce carnage, croyant que ces gens-là étaient mes sujets.  Il faut permettre à Crébillon le radotage et l’envie . Le bonhomme est un peu fâché qu’on se soit enfin aperçu qu’une partie carrée ne sied point du tout dans Electre.

Je voudrais, pour la rareté du fait, que vous eussiez lu ou que vous lussiez son Catilina, que madame de Pompadour protégea tant, par lequel on voulait m’écraser, et dont on se servit pour me faire avaler des couleuvres dont on n’aurait pas régalé Pradon. C’est ce qui me fit aller en Prusse, et ce qui me tient encore éloigné de ma patrie. J’ai connu parfaitement de quel prix sont les éloges et les censures de la multitude, et je finis par tout mépriser.

Le Droit du Seigneur n’a été livré aux comédiens que pour procurer quelque argent à Thieriot, qui n’en dira pas moins du mal de moi à la première occasion, quand mes ennemis voudront se donner ce plaisir-là. Il doit avoir la moitié du profit, et un jeune homme 2 qui m’a bien servi doit avoir l’autre.

Mon impératrice de Russie est morte ; et, par la singularité de mon étoile, supposé que j’aie une étoile, il se trouve que je fais une très grande perte. 

Vous savez que le roi de Prusse a été assassiné 3, et que le coup n'a point porté . Il est à croire qu'une autre fois on sera moins maladroit . 

Je vous embrasse le plus tendrement du monde et votre gros garçon. »

1 L'édition de Kehl qui omet l'avant dernier paragraphe (voir : http://www.monsieurdevoltaire.com/article-correspondance-annee-1762-partie-5-122829498.html ), biffé sur le manuscrit, est suivie par les autres éditions . La copie manuscrite date la lettre de février 1762 et l'édition la place à la fin du mois ; mais toutes les allusions la font situer plus tôt .

2 Ce « jeune homme » pourrait être madame Belot à qui V* avait offert l'année précédente le bénéfice de la pièce ; voir lettre du 27 août 1761 à celle-ci : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2016/08/01/il-y-a-bien-des-gens-qui-n-achetent-point-de-livres-parce-qu-5832702.html

3 Cette rumeur semble n'avoir eu aucun fondement .

 

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