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20/05/2019

Je me crois bien autorisé aujourd'hui à profiter de cette permission que vous me donnez

... tacitement de faire mes petits commentaires plus ou moins d'actualité . Aussi n'en ferai-je pas aujourd'hui, au nom de la même liberté .

 

 

« A Béatrix de Choiseul-Stainville, duchesse de Gramont

Aux Délices, près de Genève

22 avril [1764]

Madame,

Vous m'avez permis de prendre la liberté de vous écrire quelquefois . M. l'abbé de Voisenon, qui ne laisse pas d'être sérieux quand il le faut, m'a assuré très sérieusement que vous receviez mes lettres avec bonté, et il faut qu'il vous connaisse bien, car il vous regarde comme le modèle du goût, de la raison et de la bienfaisance .

Je me crois bien autorisé aujourd'hui à profiter de cette permission que vous me donnez . Voici, madame, un Suisse, un Hollandais 1 auprès de qui je veux me faire valoir : je lui fais accroire que vous daignerez souffrir ma lettre . Je suis , comme vous savez, suisse, aussi, et ma vanité est de passer pour votre protégé . Je vous supplie, madame, de ne me pas désavouer auprès de M. Constant . Il est vrai qu'il est fils d'un général qui s'est battu quarante ans contre nous . Il est vrai qu'il est colonel en Hollande . Mais , madame, il est si français, il a tant de talents, il est si aimable, que je veux qu'il ait grande opinion de moi .

C'est mon excessif orgueil qui vous attire mon importunité . Pardonnez à la faiblesse humaine, et recevez avec votre bonté ordinaire les sentiments de reconnaissance et du profond respect avec lequel je serai toute ma vie, madame, votre très humble, très obéissant et très obligé serviteur .

Voltaire. »

1 Il s'agit de David-Louis Constant de Rebecque, seigneur d'Hermenches .

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