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24/05/2019

Si je suis obligé de dire un mot , ce ne sera qu’en faveur de la liberté de penser, et ce qui me paraît la vérité

... Voltaire !

 

 

« A Etienne-Noël Damilaville

23è avril 1764 1

Comptez, mon cher frère, que les vrais gens de lettres, les vrais philosophes, doivent regretter madame de Pompadour . Elle pensait comme il faut ; personne ne le sait mieux que moi. On a fait, en vérité, une grande perte.

Je sais que vous n’avez reçu que 24 exemplaires du Corneille , dont 12 sont pour M. de Laleu . Les 24 autres n'arriveront à Paris que dans trois semaines ou un mois . Si vous pouvez donner à M. d'Acquin un exemplaire vous me ferez un très grand plaisir .

Je prends aussi la liberté de mettre sous votre enveloppe une lettre pour ce M. d'Acquin .2

J’ai lu la Vie du chancelier de L’Hospital  ; c’est l’ouvrage d’un jeune homme, mais d’un jeune homme philosophe. Ce chancelier l’était, et je ne crois pas que notre d'Aguesseau doive lui être comparé. Il y a des discours de L’Hospital aux parlements dont ils ne seront pas trop contents. On ne parlerait pas aujourd’hui sur un pareil ton.

Il y a des fanatiques partout. Ceux qui ne savent pas distinguer les beautés de Corneille d’avec ses défauts ne méritent pas qu’on les éclaire, et ceux qui sont de mauvaise foi ne méritent pas qu’on leur réponde. Si je suis obligé de dire un mot 3, ce ne sera qu’en faveur de la liberté de penser, et ce qui me paraît la vérité.

Vous me paraissez, mon cher frère, aimer M. de Montmercy ; je voudrais lui donner un Corneille, un recueil de mes misérables ouvrages, et pour une centaine d'écus de livres ; mais, comme je ne sais pas quels livres il lui faut, vous pourriez peut-être l'engager à accepter les cent écus en argent .

Permettez-vous que je vous envoie un billet sur M. de Laleu ? Vous ajouterez tout cela avec votre bonté et votre sagesse ordinaire 4. Je suis trop heureux, je vous le répète, que la philosophie et les lettres m’aient procuré un ami tel que vous. »

1 L'édition de Kehl, suivant la copie Beaumarchais est incomplète des 2è, 3è et 6è paragraphes .

2 Lettre inconnue .

4 Wagnière a placé ici un astérisque qui renvoie à la note suivante : «  N. B. – Le 2è mai 1764 . les 300 livres ont été données à M. Le Clerc de Montmercy. » L'origine de cette note est obscure ; Le Clerc de Montmercy est avocat au Parlement et demeure faubourg Saint-Jacques, « vis-à-vis les Capucins » à en juger par l’adresse d’une lettre, peut-être de cette époque où Damilaville écrit : « J’aurais eu l'honneur d'aller vous rendre ma visite , monsieur, et vous faire part de ce que j'ai à vous communiquer de la part de M. de Voltaire si j'avais été moins incertain de votre adresse, mais Merlin n'a pu me l'indiquer qu'à peu près et j'ai craint la maladresse que j'ai ordinairement à trouver les demeures que je ne sais pas positivement [...] »

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