15/01/2014
je suis devenu laboureur, vigneron, et berger cela vaut cent fois mieux que d'être à Paris homme de lettres.
... L'une de ces professions étant en voie de disparition, je vous laisse le choix pour votre avenir ...

« A Bernard-Joseph SAURIN. 1
rue Guénégaud, ou chez Prault-fils libraire quai de Conti
à Paris
Aux Délices, 27 décembre 1758
route de Genève
Ah! ah! vous êtes donc de notre tripot 2, et vous faites de beaux vers 3, monsieur le philosophe ? Je vous en félicite, et vous en remercie. Les prêtres d'Isis n'ont pas beau jeu avec vous; l'archevêque de Memphis vous lâchera un mandement, et les jésuites de Tanis vous demanderont une rétractation. Quelle est donc cette Adèle dont vous parlez ? Est-ce qu'il y a eu une Adéle 4 ? Dites-moi, je vous prie, ce que devient M. Helvétius 5. J'aurais un peu à me plaindre de son livre , si j'avais plus d'amour-propre que d'amitié. Je suis indigné de la persécution qu'il éprouve.
Non-seulement l'article 6 en question est imprimé dans la seconde édition des Cramer , mais il a excité la bile des vieux pasteurs de Lausanne. Un prêtre 7, plus prêtre que ceux de Memphis, a écrit un libelle à cette occasion. Les ministres se sont assemblés: ils ont censuré les trois bons et honnêtes 8 pasteurs que j'avais fait signer en votre faveur; je les ai tous fait taire 9. Les avoyers de Berne ont fait sentir leur indignation à l'auteur du libelle contre la mémoire de votre illustre père, et nous sommes demeurés, votre honneur et moi, maîtres du champ de bataille. Au reste, je suis devenu laboureur, vigneron, et berger cela vaut cent fois mieux que d'être à Paris homme de lettres.
Je vous embrasse du fond de mon tombeau et de mon bonheur . »
1 Voir : http://www.academie-francaise.fr/les-immortels/bernard-joseph-saurin?fauteuil=39&election=28-03-1761
2 Le tripot tragique et comique, ou la Comédie française.
3 Aménophis, jouée le 11 décembre 1750 , ne fut imprimée qu'en 1758.Voir : http://cesar.org.uk/cesar2/titles/titles.php?fct=edit&script_UOID=110644
et : http://books.google.fr/books?id=MVdbAAAAQAAJ&pg=PA55&...
4 Dans la lettre du 18 mai 1757 à Cideville , Voltaire a fait mention de l'Adèle de Ponthieu de La Place, représentée le 28 avril 1757, dont Saurin parle dans sa préface d'Aménophis : page 4 : http://books.google.fr/books?id=MVdbAAAAQAAJ&pg=PA55&lpg=PA55&dq=am%C3%A9nophis+bernard+joseph+saurin&source=bl&ots=dZHrIJsGhv&sig=wu44a_X76r3xUKGWEzFTqK0qNYo&hl=fr&sa=X&ei=4JjWUtKIE4a-0QXmjIDYCw&ved=0CEsQ6AEwBA#v=onepage&q=adele&f=false
. Voir : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2012/10/30/titre-de-la-note.html
5 Helvétius faisait à Saurin une pension de 3,000 livres. Lors du mariage de Saurin, il lui en assura le capital (60,000).
6L'article « Saurin » du Siècle de Louis XIV dont il a été question à propos de la lettre du 20 novembre 1758 à Elie Bertrand : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2008/11/21/un-gessien-fache-de-plus.html
7 Lervèche; voyez lettre du 2 novembre 1758 à de Brenles : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2013/12/01/je-parle-un-peu-en-homme-qui-a-des-tours-et-des-machicoulis-5235452.html, page 37 lettre à Haller du 13 février 1759 : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6514333b/f49.image
et page 39, lettre du 17 février au même : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6514333b/f51.image
8 Signataires du certificat rapporté ici : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k4113308/f152.image
page 135.
9 En publiant la Réfutation d'un écrit anonyme; voir lettre du même jour à Durand : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2014/01/14/voici-monsieur-une-petite-feuille-litteraire-qu-on-a-debitee-5271533.html
16:14 | Lien permanent | Commentaires (0)
14/01/2014
Voici, monsieur, une petite feuille littéraire qu'on a débitée dans le pays que j’habite
... Au cas où la prestation télévisée présidentielle face aux journalistes vous laisse sur votre faim, voyez et écoutez Leny Escudero : http://www.youtube.com/watch?v=9IoqjUbENUM
... Déchirant et beau !
J'ajoute : http://www.youtube.com/watch?v=2bcGQSG2wJU

« A Durand
directeur du « Journal Encyclopédique »1
Aux Délices 27 décembre [1758]
Voici, monsieur, une petite feuille littéraire 2 qu'on a débitée dans le pays que j’habite . J'imagine que vous pourriez en faire usage dans votre journal et que ce serait une nouvelle obligation que je vous aurai .
Je présume que votre correspondant de Paris aura reçu le paiement des journaux chez M. de Laleu notaire : je vous souhaite une heureuse année .
Votre très humble et très obéissant serviteur .
V. »
1 Voir : http://books.google.fr/books?id=ae4BAAAAYAAJ&pg=RA2-PA2&lpg=RA2-PA2&dq=Durand+directeur+du+%C2%AB%C2%A0Journal+Encyclop%C3%A9dique%C2%A0%C2%BB&source=bl&ots=VqXB8S60-2&sig=uFcl7vhopC0ri8Q3P-zokp3FBpk&hl=fr&sa=X&ei=J0PVUpOYJeqw0AXo1ICADA&ved=0CDcQ6AEwAQ#v=onepage&q=Durand%20directeur%20du%20%C2%AB%C2%A0Journal%20Encyclop%C3%A9dique%C2%A0%C2%BB&f=false
et : http://orbi.ulg.ac.be/bitstream/2268/11497/1/encyclopedis...
2 Peut-être la « Réfutation » parue dans le Journal helvétique de décembre 1758 ; voir lettre à Bertrand du 20 novembre 1758 : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2008/11/21/un-gessien-fache-de-plus.html
Voir page 617 : http://books.google.fr/books?id=V6EGAAAAQAAJ&pg=PA617...
15:53 | Lien permanent | Commentaires (1)
13/01/2014
les anciens amis sont les seuls qui tiennent au fond de notre être, les autres ne les remplacent qu'à moitié
... En est-il de même pour les amours anciennes ?
Si oui pourquoi en chercher de nouvelles , mister president of France, car si je compte bien (une moitié de moitié) vous en seriez désormais à un quart d'amourette ?
http://www.youtube.com/watch?v=h4Bi6S-sY2E
J'attendais mieux , par exemple ceci : http://www.youtube.com/watch?v=HpNCrL0hii8

« A Marie de Vichy de Chambond, marquise du DEFFAND
Aux Délices, 27 décembre [1758]
J'apprends, madame, que votre ami et votre philosophe Formont a quitté ce vilain monde 1. Je ne le plains pas; je vous plains d'être privée d'une consolation qui vous était nécessaire. Vous ne manquerez jamais d'amis, à moins que vous ne deveniez muette; mais les anciens amis sont les seuls qui tiennent au fond de notre être, les autres ne les remplacent qu'à moitié. Je ne vous écris presque jamais, madame, parce que je suis mort et enterré entre les Alpes et le mont Jura; mais, du fond de mon tombeau, je m'intéresse à vous comme si je vous voyais tous les jours. Je m'aperçois bien qu'il n'y a que les morts d'heureux. J'entends parler quelquefois des révolutions de la cour, et de tant de ministres qui passent en revue rapidement, comme dans une lanterne magique. Mille murmures viennent jusqu'à moi, et me confirment dans l'idée que le repos est le vrai bien, et que la campagne est le vrai séjour de l'homme.
Le roi de Prusse me mande quelquefois que je suis plus heureux que lui: il a vraiment grande raison; c'est même la seule manière dont j'ai voulu me venger de son procédé avec ma nièce et avec moi. La douceur de ma retraite, madame, sera augmentée, en recevant une lettre que vous aurez dictée; vous m'apprendrez si vous daignez toujours vous souvenir d'un des plus anciens serviteurs qui vous restent.
Vous voyez sans doute souvent M. le président Hénault, l'estime véritable et tendre que j'ai toujours eue pour lui me fait souhaiter passionnément qu'il ne m'oublie pas.
Je ne vous reverrai jamais 2, madame; j'ai acheté des terres considérables autour de ma retraite; j'ai agrandi mon sépulcre. Vivez aussi heureusement qu'il est possible; ayez la bonté de m'en dire des nouvelles. Vous êtes-vous fait lire le Père de famille?3 cela n'est-il pas bien comique? Par ma foi, notre siècle est un pauvre siècle auprès de celui de Louis XIV; mille raisonneurs, et pas un seul homme de génie; plus de grâces, plus de gaieté; la disette d'hommes en tout genre fait pitié. La France subsistera mais sa gloire, mais son bonheur, son ancienne supériorité. qu'est-ce que tout cela deviendra ?
Digérez, madame, conversez, prenez patience, et recevez, avec votre ancienne amitié, les assurances tendres et respectueuses de l'attachement du Suisse
Voltaire »
1 Sur le « portrait » de Formont par Mme du Deffand, voir Lewis, VIII,92-94 . La marquise répondra longuement à V* le 5 janvier 1759 .Voir (en particulier page 5 ): http://www.edebiyatdergisi.hacettepe.edu.tr/198852JaleErlat.pdf
2 Sur une copie manuscrite de cette lettre, Walpole a noté : « Il l'a vue encore plus de dix [plutôt vingt] ans après cette lettre . » [lorsque V* retourna à Paris]
23:55 | Lien permanent | Commentaires (0)

