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18/11/2020

Tout sera dans l'ordre

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« A Gabriel Cramer

[juillet-août 1765]

Je pense qu'il vaut mieux en effet placer toute la prose de suite dans ce 3è volume qui sera terminé par Adélaïde, La Femme qui a raison , et quelques petites pièces de poésie 1. Tout sera dans l'ordre, et les trois volumes de monsieur Caro pourront être de requise 2. »

1 Ce ne peut se rapporter qu'au troisième volume des Nouveaux mélanges . Cette phrase montre que V* se soucie de l’ordre dans lequel figurent les différentes pièces dans un volume, bien que cet ordre ne soit pas chronologique .

2 Une chose de requise est une chose rare (le mot requise n'apparait que dans cette expression ).

Tâchez de n’avoir plus besoin de médecins ; on vit et on meurt très bien sans eux

... A propos, qu'on engueule le Pr Raoult, soit, il a eu la langue mal pendue et s'est marché sur le sac en s'en prenant au reste de la profession et défendant son traitement du Covid 19 ; mais qu'on lui fiche la paix, il a traité ses patients avec attention, selon ses recherches, et je ne pense pas qu'il ait plus de morts sur la conscience que ceux des confrères ( pas du tout fraternels ! ) qui l'ont vilipendé . Conseil de l'Ordre , tu te trompes de cible .

DE LA MEDECINE GENERALE, seulement de la médecine générale: Les nouveaux  médecins généralistes (1) : Ne plus mesurer la pression artérielle.

Qui veut encore faire médecine aujourd'hui ?

Pour info : http://docteurdu16.blogspot.com/2012/10/les-nouveaux-mede...

 

 

 

« A Nicolas-Claude Thieriot

12è juillet 1765 1

Mon cher et ancien ami, vous êtes en amitié pire que les mauvais chrétiens ne sont dans leurs dévotions ; ils les font une fois l’an, et vous n’écrivez qu’une fois en deux ans. Si c’est votre asthme qui vous a rendu si paresseux, j’en suis encore plus fâché que si l’indifférence seule en avait été cause ; car, quoique je fusse très sensible à votre oubli, je le suis encore davantage à vos maux. Je croyais que vous étiez guéri pour avoir vu Tronchin. Tâchez de n’avoir plus besoin de médecins ; on vit et on meurt très bien sans eux. Il y a bientôt trois ans que je n’ai parlé de ma santé au grand docteur ; elle est détestable, mais je sais souffrir. Un homme qui a été malade toute sa vie est trop heureux, à mon âge, d’exister. J’espère que je verrai bientôt l’aimable et vrai philosophe dont les amygdales vont si mal 2. C’est une des plus grandes consolations que je puisse recevoir dans ma vie languissante.

Je ne peux guère consulter actuellement l’Esprit des lois ; j’ai le malheur de bâtir, je suis obligé de transporter toute ma bibliothèque. Vous voulez parler apparemment de la police municipale, qui paraît si favorisée dans le nouvel édit que M. de Laverdy a fait rendre. Tout le système de M. le marquis d’Argenson roule entièrement sur cette idée. On ne connaissait pas le mérite de M. d’Argenson, qui était un excellent citoyen. Un édit conforme aux opinions de ces deux hommes d’État ne peut manquer d’être bien accueilli. Il me semble que les provinces en sont extrêmement contentes. Il n’en est pas ainsi du petit libelle contre notre Archimède 3. Le peu d’exemplaires qui en sont parvenus à Genève ont été reçus avec la même indignation et le même mépris qu’à Paris. Les temps sont bien changés ; les philosophes d’aujourd’hui écrivent comme Pascal, et les jansénistes comme le père Garasse.

J’ai chez moi actuellement un jeune homme qui promet beaucoup, c’est M. de La Harpe, auteur de Warwick. Je souhaiterais bien qu’il eût autant de fortune que de talents. Il aura de très grands obstacles à surmonter, c’est le sort de tous les gens de lettres.

Adieu ; quand vous vous porterez bien, et qu’il y aura quelque ouvrage qui soit digne que [vous en]4 parliez, n’oubliez pas votre vieil ami dans sa retraite.

V. »

1 V* répond à une lettre du 3 juillet 1765 : « Il y a dix-huit mois, mon très illustre et très tendre ami, que je cours après mon bien et ma santé . Je me suis sauvé entièrement des griffes de mon banqueroutier . Il s'agissait de quatre cents livres de rentes viagères, ce qui est chose considérable dans un nécessaire borné comme le mien ; mais ce qui me touche plus que cette délivrance est celle de mon asthme sec et convulsif .[...] Vous avez vu avec quelle chaleur je m'intéressais pour Damilaville . Il vous inspirera bien vite cette même inclination quand vous le verrez .[...] Faites-vous apporter je vous prie le IIè tome de l'Esprit des lois . Lisez les chapitres 17 et 18 du 26è livre . Rappelez-vous l'édit du roi [édit financier de décembre 1764 ; voir plutôt XXII, XVII-XVIII]. Il me paraît dressé sur ces deux chapitres . Si ma découverte est juste, je sais gré à M. Laverdy d'en faire son profit, et j'en admire davantage M. de Montesquieu . Vale. »

Voir : http://classiques.uqac.ca/classiques/montesquieu/de_esprit_des_lois/partie_5/de_esprit_des_lois_5.html

et : http://classiques.uqac.ca/classiques/montesquieu/de_esprit_des_lois/de_esprit_des_lois_tdm.html#Anchor-55257

2 Damilaville .

4 Manuscrit endommagé .

17/11/2020

Les avis sont toujours des objets de dissertation qui exigent plutôt des entretiens que des lettres

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« A Adrien-Michel-Hyacinthe Blin de Sainmore rue et près des Capucines

à Paris

Genève 10è juillet 1765

Vous pardonnez sans doute, monsieur, à un vieillard malade, les délais que son triste état le force de mettre à ses réponses . J'ai lu avec un extrême plaisir l'héroïde que vous avez bien voulu m'envoyer 1. Vous me demandez des avis, ils sont assez inutiles quand l'ouvrage est imprimé, et d'ailleurs vous n'en avez pas besoin . Les avis sont toujours des objets de dissertation qui exigent plutôt des entretiens que des lettres . Vous ne me parlez point de l'édition de Racine ; je souhaite que ceux qui se sont chargés de cet ouvrage aient autant de goût que vous . Pardonnez à mon triste état si ma lettre n'est pas plus longue . J'ai l'honneur d'être avec toute l'estime que je vous dois, monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur .

V. »

1 Selon une note de Blin sur une copie de sa main, il s'agit d'une nouvelle édition de la Lettre de Biblis à Caunus son frère, 1765 . Voir : https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5438810d.texteImage

16/11/2020

Cette démarche est délicate ; mais je parle à des politiques, à des conjurés qui peuvent rectifier mes idées, et les faire réussir

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« A Charles-Augustin Ferriol,comte d'Argental

et à

Jeanne-Grâce Bosc du Bouchet, comtesse d'Argental

10 juillet [1765]

Je dépêche à mes anges le dernier mot du petit prêtre tragique ; il vient de m’apporter ses Roués, et les voilà. Vous ne sauriez croire à quel point ce petit provincial vous respecte et vous aime. Je sens bien, m’a-t-il dit, que mon œuvre dramatique n’est pas digne de vos anges . Le sujet ne comporte pas ces grands mouvements de passions qui arrachent le cœur, ce pathétique qui fait verser des larmes ; mais on y trouvera un assez fidèle portrait des mœurs romaines dans le  temps du triumvirat. Je me flatte qu’on trouvera plus d’union dans le dessein qu’il n’y en avait dans les premiers essais, que les fureurs de Fulvie sont plus fondées, ses projets plus dévoilés, le dialogue plus vif, plus raisonné, et plus contrasté, les vers plus soignés et plus vigoureux. Le sujet est ingrat, et les connaisseurs véritables me sauront peut-être quelque gré d’en avoir surmonté les difficultés.

Je vous avoue que j’ai à peu près les mêmes espérances que le petit novice ex-jésuite. Si vous trouvez la pièce passable, pourrait-on la faire jouer à Fontainebleau ? Les places sont prises. Ce serait peut-être un assez bon expédient de faire présenter la pièce à M. le maréchal de Richelieu par quelqu’un d’inconnu que Lekain détacherait, ou par quelque actrice que Lekain mettrait dans la confidence de l’ouvrage, sans lui laisser soupçonner l’auteur. Cette démarche est délicate ; mais je parle à des politiques, à des conjurés qui peuvent rectifier mes idées, et les faire réussir.

J’ai reçu de quelques amis d’assez amples paquets contresignés Courteil, qui n’ont point été ouverts, et qui sont venus très librement à mon adresse. Vous avez fait enfin, divins anges, précisément ce que je demandais ; vous m’avez instruit de ce que contenait la demi-page 1. Permettez que je pousse la curiosité jusqu’à demander si le maître de la maison 2 l’a vue, où si elle n’a été que jusqu’à monsieur son secrétaire.

Je voudrais bien que M. le d[uc] de P[raslin] protégeât fortement M. d’Alembert ; il ferait une action digne de lui.

Respect et tendresse.

V. »

2 Louis XV .