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19/04/2012

Il ne me faut que la retraite, du soleil, et un ami

 

... Une amie aussi .

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« A M. POLIER DE BOTTENS.

Aux Délices, 14 novembre [1755].

J'aurais bien voulu, mon cher monsieur, que vous eussiez repassé par Genève, au lieu de prendre la route des Petits-Cantons. Vous auriez trouvé un vieux malade qui vous aime de tout son cœur, et qui vous aurait fait les honneurs d'une cabane assez jolie, que je préfère assurément au palais de Turin, et à tous les palais. Dans la belle description que vous me faites de la Lombardie, je ne regrette que les îles Borromées, parce qu'elles sont solitaires et qu'on y a chaud. Il ne me faut que la retraite, du soleil, et un ami. J'en ai perdu un dans M. de Giez; je le connaissais depuis fort peu de temps. La seule bonté de cœur m'avait procuré son amitié et ses services, il s'était fait un plaisir d'arranger cette autre petite cabane de Monrion. J'ai été touché sensiblement de sa perte, et je suis tout étonné d'être toujours à moitié en vie, et de traîner mes maux et mes souffrances, quand je vois périr au milieu de leur carrière des hommes si robustes. Vraiment, monsieur, je ferai de grand cœur le même marché avec vous qu'avec lui; il jouissait de Monrion comme moi, il y avait passé une partie de l'été, il était le maître de la maison, daignez l'être, elle vous appartient à meilleur titre qu'à moi je ne l'ai acquise que pour vous et pour M. de Brenles. C'est vous qui, le premier, m'avez invité à venir me retirer sur les bords de votre lac. La maison auprès de Genève m'a séduit; il faut avouer que les jardins sont délicieux et l'aspect enchanteur, je m'y suis ruiné; mais je préférerai Monrion, si vous voulez bien regarder cet ermitage comme le vôtre. Venez-y quand je n'y serai pas mais venez-y surtout quand j'y serai, consolez-y un malade, et éclairez un être pensant. J'y ai actuellement deux domestiques qui arrangent mon petit ménage, ou plutôt le vôtre. Comptez que cette retraite me tiendra lieu avec vous des iles Borromées. Je compte m'y établir incessamment, pour l'hiver je n'en sortirai point. Il m'est impossible de quitter le coin de mon feu dès que le mauvais temps est venu. J'aurai une chambre pour vous, une pour notre ami M. de Brenles, de bon vin, un cuisinier assez passable, quelques livres qui n'en sortiront point, et qui pourront amuser mes hôtes, voilà mon petit établissement d'hiver, que je vous prie encore une fois de regarder comme votre maison toute l'année.
Je ne sais pas si M. de Brenles est revenu de la campagne, mais je me flatte qu'il sera de retour quand ma santé me permettra de me transporter à Monrion. J'ai appris, depuis quelques jours, que la Pucelle est imprimée. Votre honnête capucin proposa dans Francfort à un nommé Esslinger, libraire, de faire cette édition, il voulut vendre son manuscrit trop cher. Esslinger ne put conclure avec lui, il faut que ce bon capucin l'ait vendu à un autre. Les magistrats de Genève m'ont promis qu'ils empêcheraient cette capucinade effrontée d'entrer dans leur petit district; je ne sais comment faire pour en obtenir autant à Lausanne. On dit l'édition très- mauvaise, et pleine de fautes. Je ne ferai pas le moindre reproche à M* 1 de son goût pour les capucins, et je resterai tranquille.
Savez-vous que le conseil de Genève s'est fait représenter la belle lettre de Grasset à Bousquet, et que Grasset est décrété de prise de corps?
Le papier me manque, je finis; tecus in æternum. »

 

1 Sans doute M. de Montolieu. Voir lettre du 12 août précédent, à Polier : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2012/03/15/malgre-toutes-les-horreurs-qui-m-environnent-je-ne-me-jetter.html

 

Aidez-moi, mon cher ange, et je vous promets encore une tragédie, ...En attendant, laissez-moi pleurer ...

... Sur mes espérances déçues .

Une larme

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"Aidez-moi" dixit Zébulon 1er , président affaibli dans une France Forte (fortement en danger, ça , oui ), prometteur de tragédie si jamais on l'écarte du pouvoir, si un autre que lui monte sur ce trône envié .

Deux larmes

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 22 avril 1755, Voltaire commence l'écriture de la tragédie Tancrède ; la marquise de Pompadour, maitresse du roi fera censurer cet écrit, et le fera modifier à son goût.

22 avril 2012, Sarko commence tragiquement son avant dernier tour de piste ; Carla, femme et maîtresse du président déchu, se demande comment elle va supporter de l'avoir constamment à la maison .

Un sanglot

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« A M. LE COMTE D'ARGENTAL.

14 novembre [1755]

Mon cher ange, je prends la liberté de vous adresser une lettre 1 pour l'Académie française, et pour monsieur son secrétaire, dont j'ignore le nom. J'envoie ma lettre sous l'enveloppe de M. Dupin, secrétaire de M. le comte d'Argenson. Je me suis déjà servi de cette voie pour vous faire tenir deux exemplaires corrigés de l'Orphelin de la Chine; et je me flatte que vous les avez reçus. La lettre pour l'Académie et celle au secrétaire 2 sont à cachet volant, dans la même enveloppe. Pardonnez encore, mon cher et respectable ami, à cette importunité. La démarche que je fais est nécessaire, et il faut qu'elle soit publique. Elle est mesurée, elle est décente, elle est bien consultée, bien approuvée, et j'ose croire que vous ne la condamnerez pas. C'est un très- grand malheur que la publicité de ce manuscrit qui inonde l'Europe sous le nom de la Pucelle d'Orléans. Un désaveu modeste est le seul palliatif que je puisse appliquer à un mal sans remède. Je vous supplie donc de vouloir bien faire rendre au secrétaire de l'Académie le paquet que M. Dupin vous fera tenir, et qui part le même jour que cette lettre.
Cette maudite Jeanne d'Arc a fait grand tort à notre Orphelin; il vaudrait bien mieux sans elle mais vous pouvez compter que ma vie est empoisonnée, et mon âme accablée depuis six mois. Je suis si honteux qu'à mon âge on réveille ces plaisanteries indécentes, que mes montagnes ne me paraissent pas avoir assez de cavernes pour me cacher. Aidez-moi, mon cher ange, et je vous promets encore une tragédie 3, quand j'aurai de la santé et de la liberté d'esprit. En attendant, laissez-moi pleurer sur Jeanne, qui cependant fait rire beaucoup d'honnêtes gens. Comment va le pied de Mme d'Argental? et pourquoi a-t-elle mal au pied? Lekain m'a mandé que notre Orphelin n'allait pas mal. Vous êtes le père de l'Orphelin; je voudrais bien lui donner un frère, mais seulement pour vous plaire. Mme Denis vous fait les plus tendres compliments. Je baise les ailes de tous les anges. »

 

 

 

2 La lettre au secrétaire de l'Académie (Duclos) manque.

3 Après !'Orphelin, Voltaire composa Tancrède; mais il ne commença cette tragédie que le 22 avril 1759, et la marquise de Pompadour y fera faire des coupes et retouches avant édition. .

 

La manière dont vous écrivez est un sûr garant de la bonté du journal que vous proposez

... Pourriez-vous me donner un nom/une liste de bon(s) journal/journaux , une bonne feuille de chou ?

Faute de nourriture intellectuelle, un peu de nourriture terrestre . A table !

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« A M. PIERRE ROUSSEAU 1

Aux Délices, 12 novembre 1755.

Monsieur, mes maladies ne m'ont pas permis de répondre aussitôt que je l'aurais voulu à la lettre dont vous m'avez honoré. La manière dont vous écrivez est un sûr garant de la bonté du journal que vous proposez, et je me mettrai avec empressement au nombre des souscripteurs. Je voudrais que le triste état de ma santé pût me laisser assez de force pour contribuer à un ouvrage si utile, mais il ne me reste plus que la consolation de lire, et c'en sera une très-grande pour moi de lire ce qui viendra de vous.
J'ai l'honneur d'être, etc. »

 

1Pierre Rousseau : auteur du Journal encyclopédique .

Bibliothèque royale de Bruxelles, manuscrit 11583. —Pierre Rousseau, fon-
dateur du Journal encyclopédique, dont le premier cahier est de janvier 1756, était
né à Toulouse vers 1725, et mourut en 1785. Son journal paraissait deux fois par
mois dans le format in-12.

http://dictionnaire-journalistes.gazettes18e.fr/journalis...

http://books.google.fr/books?id=enBMAAAAcAAJ&printsec...

V* et le Journal encyclopédique : http://books.google.fr/books?id=HRVz01FjN3EC&pg=PA36&lpg=PA36&dq=pierre+rousseau+1755+journal&source=bl&ots=I90Ad6wODD&sig=hkPGpMeTL625MJYFWFINlLNGkC4&hl=fr&sa=X&ei=2weQT7OeGarD0QW_rcXSAQ&ved=0CDYQ6AEwBA#v=onepage&q=pierre%20rousseau%201755%20journal&f=false