23/06/2012
Quoique vous n'ayez jamais tort avec moi, j'oserai cependant vous dire que le Tout est bien n'est pas mal
... Mais cependant exagérément optimiste , n'est-il pas ?

« A M. DUPONT
Avocat.
Aux Délices, 16 avril [1756]
Le Suisse Voltaire envoie au philosophe de Colmar, pour ses œufs de Pâques, ces deux petits sermons 1 de carême. Mme Denis et lui l'aimeront toujours. »
« DE M. DUPONT 2
J'ai reçu vos deux sermons, qu'ils sont beaux, mon révérend père . Ah ! que j'aurais de goût pour le pain de la parole, si ceux qui le distribuent savaient le pétrir comme vous . Vous faites ressusciter en moi des germes de sentiments qui languissaient. Vous remontez les ressorts de mon âme, et je m'aperçois que si vous vouliez, vous pourriez bien faire mon esprit, comme il me souvient que vous faisiez votre corps. Quoique vous n'ayez jamais tort avec moi, j'oserai cependant vous dire que le Tout est bien n'est pas mal. Il serait assez gentil que cette leçon fit des progrès. Les conséquences en sont admirables; mais vous voulez faire votre paix, et vous sacrifiez une assez bonne citadelle dont le parti peut se passer. Votre Loi naturelle est divine. Si les législateurs hébreux et autres parlaient ainsi, quel charme de les écouter . Je ne vous en dirai pas davantage, mon révérend père, crainte de vous mal louer. Il faudrait savoir parler comme vous pour s'en acquitter dignement. Adieu.
Prêchez de temps en temps, et n'attendez pas la fin du carême pour m'envoyer vos sermons, sans quoi je pourrai bien aller en Suisse pour les entendre.
Je ne sais rien dire autre chose à Mme Denis, sinon que je l'admire, et que j'ose l'aimer. »
1 M. de Voltaire m'a écrit ce billet en m'envoyant ses deux poêmes sur le Désastre de Lisbonne et la Loi naturelle. ( Note de Dupont.)
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vous réparez le tort que me fait son absence en daignant m'envoyer du vin de Bourgogne, qui vaudra mieux pour moi que tous ses remèdes.
... Et ce remède bourguignon, je m'en vais le prendre , avec ou sans modération, dès l'heure de l'apéritif de ce jour ensoleillé, avec mes fidèles complices de l'amicale des donneurs de sang, avant d'accueillir lundi ceux qui feront acte de générosité pour donner un peu d'eux-mêmes et sauver des vies .
Mam'zelle Wagnière , je lève mon verre à votre santé !

« A M. le président de RUFFEY
Aux Délices, près de Genève, 12 avril 1756.
En revenant, monsieur, à mon petit ermitage qu'on nomme les Délices, je reçois presque à la fois votre lettre et votre présent. M. Tronchin, qui me faisait vivre, m'a abandonné pour aller inoculer des princes; vous réparez le tort que me fait son absence en daignant m'envoyer du vin de Bourgogne, qui vaudra mieux pour moi que tous ses remèdes.
Il ne me manque, monsieur, que d'avoir l'honneur de boire ce vin avec vous. J'ai aussi des vignes, mais ce sont des vignes plus hérétiques qu'à Genève, elles sont maudites de Dieu et de l'Église. Ma retraite est d'ailleurs aussi agréable qu'elle puisse l'être; je m'y attache tous les jours, et je sens que je ne pourrai la quitter que pour venir vous remercier de vos bontés. Ce que vous me mandez de la santé de M. de La Marche 1 me pénètre de douleur, c'est le plus ancien ami qui me reste; la mort m'a enlevé presque tous les autres. Je me flatte encore de le retrouver à Dijon avec vous, si ma santé me permet de faire ce voyage. Adieu, monsieur, recevez les tendres remerciements de votre très- humble et très-obéissant serviteur.
V.
2 Je suis fort en peine de M. le maréchal de Richelieu, j'ai bien peur qu'il ne trouve des vaisseaux anglais dans son chemin avant d'arriver à Minorque mais s'il peut ou les devancer ou les battre, il prendra Port-Mahon, il vengera la France, et reviendra comblé de gloire. Adieu, monsieur, je vous réitère mes remerciements et les tendres sentiments avec lesquels je serai toute ma vie votre très-humble et très-obéissant serviteur.
V. »
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