Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

31/10/2016

Je vous confie, monsieur, mon ignorance et mes scrupules

... En vous confirmant que mes scrupules sont inversement proportionnels à mon ignorance . Je vous laisse juge du résultat , à votre gré .

 Afficher l'image d'origine

 

 

« Au comte Alexandre Romanovitch Vorontsov

A Ferney , par Genève, 30 octobre 1761 1

Monsieur, je ne pris pas la liberté de vous envoyer une réponse pour M. de Schouvalow, parce que sa lettre n'était qu'une réponse à ma précédente . Depuis ce temps j'ai reçu de lui un gros paquet par M.  de Czernichew 2, qui me fait l'honneur de m'écrire de Vienne . Je vous confie, monsieur, mon ignorance et mes scrupules . Je ne sais pas s'il est envoyé de votre cour à Vienne, et j'ai grande peur d'avoir manqué à l'étiquette . En ce cas j'implore votre miséricorde et la sienne . Vous voyez, monsieur, que je suis mal instruit, au pied des Alpes . Un homme alerte 3 connaîtrait au moins par les gazettes les noms de tous les ministres de l'Europe ; mais je suis plus occupé des héros de théâtre que des héros des cours . La prise de Schwednitz est seulement venue jusqu'à moi par retentissement . C'est à mon gré la plus singulière action de toute la guerre . J'espère que les échos de mes montagnes m'apprendront aussi la prise de Colberg .

Tout enterré que je suis, j'ai cependant su le petit malheur arrivé à frère Malgrida ; cela m'a fait de la peine pour saint Ignace . Il n'y a pas longtemps qu'un jésuite portugais vint se présenter à moi . Je lui proposai d'être mon laquais, et il accepta ; mais ma nièce n'a pas voulu d'un jésuite qui servît à boire, parce qu'elle n'avait pas de thériaque de Venise .

Je suppose que vous avez lu le mémoire historique de M. le duc de Choiseul ; il l'a fait en vingt-quatre heures : pour moi j'ai fait une tragédie en six jours . Recevez les tendres respects de l'ermite .

V. »

1 D'après l'édition Vonrontsof qui d'après Lyublinsky présente un texte correct .

2 C'est l'orthographe polonaise du nom de Piotr Grigorievitch Tchernuichev, envoyé russe à Paris d'avril 1761 à septembre 1762 . Voir lettre du 1er novembre à Schouvalov : http://www.monsieurdevoltaire.com/article-correspondance-annee-1761-partie-45-122610297.html

et : https://fr.wikipedia.org/wiki/Pierre_Tchernychev

3 Le mot est écrit à l'erte, d'après l'étymologie ( proprement « sur la hauteur », cri d'appel des gardes ; d'où « sur ses gardes »)

 

Écrire un commentaire