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29/10/2017

vous voyagerez chez les nations étrangères avec plus de connaissance et de goût que vous n’en trouverez peut-être dans la plupart des pays que vous verrez

... monsieur le président, -soit dit sans vouloir vexer quelque nation que ce soit,- vous en verrez des vertes et des pas mures, et comme disait Shakespeare "il y a quelque chose de pourri" dans un trop grand nombre de pays . Vaille que vaille, il faudra y passer, diplomatie oblige .

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Je n'en pense pas moins !

 

 

« A Ivan Ivanovitch Schouvalov

19è décembre 1762 , au château de Ferney

Enfin donc, monsieur, j’aurai la consolation de ne point mourir sans avoir eu l’honneur de vous voir. J’étais fort malade quand j’ai reçu par M. le prince de Galitzin, les douces espérances que vous m’avez données 1. Je vous ai déjà dit, je crois, du moins j’ai dû vous dire, que vous êtes, pour les arts de l’esprit et de l’agrément, ce que Pierre-le-Grand a été pour la police de son empire : la différence sera que vous voyagerez chez les nations étrangères avec plus de connaissance et de goût que vous n’en trouverez peut-être dans la plupart des pays que vous verrez. Je me flatte, monsieur, que vous aurez la bonté de m’informer du temps de votre départ. Vous passerez sans doute par l’Allemagne et par Genève pour aller en France . Vous verrez tantôt des cours brillantes, et tantôt des ermitages rustiques. Je suis dans le dernier cas . Vous ne verrez en moi qu’un philosophe champêtre , vous passerez de la magnificence à la simplicité, mais songez que c’est dans cette simplicité champêtre que se trouvent la vérité et l’effusion du cœur ; la vanité vous donnera ailleurs des fêtes , mais la cordialité vous fera les honneurs de Ferney et des Délices. Si vous venez en hiver, vous trouverez autant de neige que chez vous ; si vous venez au printemps, vous trouverez des fleurs.

Comme je suis précisément entre la France et l’Allemagne, je me flatte d’avoir l’honneur de vous voir à votre passage et à votre retour. Ce seront deux époques bien agréables dans ma vie. Cette espérance adoucit tous les maux auxquels la nature me livre ; je les souffre patiemment, et je vous désire ardemment. Votre Excellence doit être bien persuadée des tendres et respectueux sentiments de votre très humble et très obéissant serviteur

Voltaire. »

1 Lettre de Schouvalov du 29 octobre 1762 : « […] vous prenez trop de part à ce qui me regarde pour que je ne vous avertisse que j'ai pris le parti de faire un voyage . Vos sages conseils ont beaucoup contribué à ma résolution . Jugez de ma satisfaction lorsque je me représente d’avance de vous voir  […] . Je dois vous dire, monsieur, que depuis l'époque fatale pour moi [il était le favori de l'impératrice Elisabeth, décédée le 5 janvier 1762], je ne suis plus le même, je cherche vainement un bonheur, dont mon cœur ne connait plus ni le choix ni l'effet . Vous me servirez d'oracle . »

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