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04/05/2018

Les Anglais, nos vainqueurs, sont obligés de s’imposer des taxes pour payer leurs dettes ; il faut au moins que les vaincus en fassent autant.

... Que ce soit au XVIIIè siècle ou au XXIè, les Anglais ont toujours l'art de semer la zizanie , militairement ou/et économiquement . Comme alliés, vraiment, on peut trouver mieux, non ?

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« A Etienne-Noël Damilaville, Premier commis

des bureaux du vingtième

Quai Saint-Bernard

à Paris

9è mai [1763]

C’est pour vous confirmer, mon cher frère, que je ne peux me dispenser d’attendre les remarques que M. d’Argental a eu la bonté de me promettre de la part de M. le président de Mesnières et de M. l’abbé de Chauvelin. Je dois certainement attendre ces remarques et y déférer ; ils sont instruits, et ils veulent bien m’instruire : c’est à moi de profiter de leurs lumières, et de les remercier. L’enchanteur Merlin 1 n’a donc qu’à tenir bien renfermés tous les grimoires que les frères Cramer lui ont envoyés : il n’y perdra rien ; on pourra même, pour plus de facilité, imprimer à Paris les deux chapitres qu’il faudra corriger. Il serait bon que le nom de ce Merlin fût absolument ignoré de tout le monde ; il faut qu’il soit le libraire des philosophes ; cette dignité peut mener un jour à la fortune ou au martyre ; ainsi il doit être invisible comme les rose-croix.

Plus je vieillis, et plus je deviens implacable envers l’infâme ! Quel monstre abominable ! J’embrasse tendrement tous les frères.

Dites-moi, je vous en conjure, des nouvelles du paquet que je vous ai adressé pour M. le comte de Bruc . Si vous ne l’avez pas reçu, il est important que vous le redemandiez, et M. Jeannel vous le fera remettre sans doute en payant . M. d’Alembert ne vous a-t-il pas fait remettre six cents livres ? Je crois que je vous en dois davantage pour le paiement des livres que vous avez eu la bonté de me faire avoir.

Est-il vrai que le parlement fait des difficultés sur les édits du roi 2 ? Ces édits m’ont paru de la plus grande sagesse . Les Anglais, nos vainqueurs, sont obligés de s’imposer des taxes pour payer leurs dettes ; il faut au moins que les vaincus en fassent autant.

Souvenez-vous encore, mon cher frère, qu’il y a un Anglais 3 chargé d’un paquet pour M. d’Alembert ; et si vous voyez ce cacouac, ayez la bonté de le lui dire.

Voilà bien des articles sur lesquels je vous supplie de me répondre. Adieu ; ne vous verrai-je point avant de mourir ? Écrasez l’infâme .

 

Je rouvre ma lettre pour vous dire, mon cher frère, qu’il est important que vous alliez voir M. Jeannel. Je suis au désespoir de ce contre-temps. Vous offrirez le paiement du paquet qu’on a retenu. C’est une bagatelle qui ne peut faire de difficulté ; mais le point essentiel est qu’on vous rende la lettre pour M. le comte de Bruc, l’un de nos frères, très zélé. Il faut au moins obtenir que M. Jeannel ne nous fasse pas de la peine ; c’était, ne vous déplaise, un Meslier dont il s’agissait ; c’était un de mes amis qui envoyait ce Meslier à M. de Bruc . Ni la lettre ni la brochure ne sont parvenues. Je vous ai écrit trois fois sur cette affaire sans avoir eu de réponse. M. de Jeannel est généreux et bienfaisant , il ne refusera pas de nous tirer de ce petit embarras. Je vous répète que je n’avais aucune part ni à la lettre écrite à M. de Bruc, ni à la brochure. Ce paquet fut retenu dans les premiers jours où l’on parlait du mandement de Jean-Jacques à Christophe, et il y a quelque apparence que ce mandement de J.-J. nous aura nui. Je m’en remets à votre prudence ; mais je vous assure que la chose mérite d’être approfondie.

J’ai reçu tous les livres que vous avez eu la bonté de m’envoyer. Je reçois les Troyennes 4 : cela prouve qu’il y a des envois heureux et d’autres malheureux. »

1 Le libraire Merlin que V* surnomme ainsi .

2 Des édits financiers .

3 Macartney .

4 Tragédie de Châteaubrun Voir lettre du 5 mars 1763 à Damilaville : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2018/02/12/e... .

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