Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

12/03/2019

J’ai été pendant trois mois sur le point de perdre les yeux, et c’est ce qui fait que je ne peux encore vous écrire de ma main

... Mon cher Voltaire, il semble bien que nos maux masculins reçoivent des traitements qui n'ont rien à envier à ceux du XVIIIè siècle quant à leurs conséquences nocives, ou "comment pour garder trois poils sur le caillou on devient impuissant et suicidaire" : https://www.europe1.fr/societe/information-europe-1-medic...

 Image associée

 

 

 

« A Pierre-Robert Le Cornier de Cideville

22 février 1764 1

Mon cher et ancien ami, vous en usez avec nous comme les jansénistes avec la communion ; vous nous écrivez

A tout le moins une fois l’an.2

Cela n’empêche pas que nous ne vous aimions tous les jours. Nous prétendons d’ailleurs être plus philosophes à Ferney que vous ne l’êtes à Launay ; car nous ne faisons nulle infidélité à nos campagnes, et vous quittez la vôtre. Le fracas et les folies de Paris ont encore pour vous des charmes ; mais il paraît que les tragédies nouvelles n’en ont guère.

Vous me parlez de contes : en voici un que je vous donne à deviner, pour peu que vous vous ressouveniez de votre grec, vous n’aurez pas de peine ; et si vous n’aviez pas quitté Launay, j’aurais cru que Macare était chez vous ; mais vous êtes homme à le mener de la campagne à la ville. Macare est certainement chez mademoiselle Corneille, aujourd’hui madame Dupuits ; elle est folle de son mari, elle saute du matin au soir, avec un petit enfant dans le ventre, et dit qu’elle est la plus heureuse personne du monde. Avec tout cela, elle n’a pas encore lu une tragédie de son grand-oncle, ni n’en lira. Son grand-oncle commenté vous arrivera, je crois, avant qu’il soit un mois. Les Anglais, qui viennent ici en grand nombre, disent que toutes nos tragédies sont à la glace ; il pourrait bien en être quelque chose ; mais les leurs sont à la diable.

Il est fort difficile à présent d’envoyer à Paris des Tolérance par la poste ; mais frère Thieriot, tout paresseux qu’il est, tout dormeur, tout lambin, pourra vous en faire avoir une, pour peu que vous vouliez le réveiller.

J’ai été pendant trois mois sur le point de perdre les yeux, et c’est ce qui fait que je ne peux encore vous écrire de ma main. Mme Denis vous fait les plus tendres compliments.

N. B. – Si vous aimez les contes, dites à M. d’Argental qu’il vous fasse lire chez lui les Trois manières . Adieu, mon cher et ancien ami. 

V.»

1 Cideville a noté sur le manuscrit original : « Répondu le 17 avril 1764 ». Dans sa lettre du 11 février, il écrit notamment : « Il me semble […] que votre muse supporte à merveille les grâces et la vigueur de votre printemps ; rien en effet de plus printanier que votre conte de Berthe [Ce qui plait aux dames] et votre conte d'André et de Denis [Gertrude] : rien de meilleure plaisanterie que votre Quakre . Je n'ai point eu le bonheur de lire votre discours sur la tolérance , on en dit des merveilles […] . »

Écrire un commentaire