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19/03/2019

Un temps viendra, sans doute, où nous mettrons les papes sur le théâtre

... Et ça ne sera pas pour leur plus grande gloire, occupés qu'ils sont de se rendre compte que leurs prêtres ne sont pas que des bergers bienveillants, mais parfois, trop souvent, des prédateurs sexuels pédophiles . Et ce n'est pas près de s'arrêter . Quelle hésitation peut avoir le tonsuré romain à accepter la démission du tonsuré lyonnais : assez de grimaces, le ménage doit être fait à tous les étages !

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« A Bernard-Joseph Saurin

28è février 1764

Vous avez fait, monsieur, bien de l’honneur à ce Tomson 1 ; je l’ai connu il y a quarante années. S’il avait su être un peu plus intéressant dans ses autres pièces et moins déclamateur, il aurait réformé le théâtre anglais, que Gille Shakespear a fait naître et a gâté ; mais ce Gille Shakespear, avec toute sa barbarie et son ridicule, a, comme Lopez de Vèga des traits si naïfs et si vrais et un fracas d’action si imposant, que tous les raisonnements de Pierre Corneille sont à la glace en comparaison du tragique de ce Gille. On court encore à ses pièces, et on s’y plaît en les trouvant absurdes.

Les Anglais ont un autre avantage sur nous, c’est de se passer de la rime. Le mérite de nos grands poètes est souvent dans la difficulté de la rime surmontée, et le mérite des poètes anglais est souvent dans l’expression de la nature. Le vôtre, monsieur, est principalement dans les pensées fortes, exprimées avec vigueur . Je vois dans tous vos ouvrages la main du philosophe.

Vous savez qu’il n’y a pas un mot de vrai dans l’histoire de Sigismunda et de Guiscardo , mais je vous sais bon gré d’avoir donné des louanges à ce Mainfroid dont les papes 2 ont dit tant de mal, et à qui ils en ont tant fait. Un temps viendra, sans doute, où nous mettrons les papes sur le théâtre, comme les Grecs y mettaient les Atrées et les Thyestes, qu’ils voulaient rendre odieux. Un temps viendra où la Saint-Barthélemy sera un sujet de tragédie 3, et où l’on verra le comte Raimond de Toulouse braver l’insolence hypocrite du comte de Montfort. L’horreur pour le fanatisme s’introduit dans tous les esprits éclairés. Si quelqu’un est capable d’encourager la nation à penser sagement et fortement, c’est vous sans doute. Je ne suis plus bon à rien ; je suis comme ce Danois qui, étant las de tuer à la bataille d’Hocstet, disait à un Anglais : « Brave Anglais, va-t-en tuer le reste, car je n’en peux plus. »

Adieu, mon cher philosophe , vous ne me parlez plus de votre ménage , je me flatte qu’il est toujours heureux . Conservez un peu d’amitié à votre véritable ami

V. »

1 En l’adaptant dans sa tragédie Blanche et Guiscard ; voir lettre du 22 janvier 1764 à Damilaville : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2019/01/28/mais-il-y-a-des-temps-ou-il-ne-faut-pas-irriter-les-esprits-qui-ne-sont-que.html

2 Ce mot a été biffé par V* qui le récrit au-dessus de la ligne, peut-être faute d'un synonyme ; de même deux lignes plus loin .

3 Baculard d'Arnaud a traité le sujet dans Coligny ou la saint-Barthélémy, pièce qui fut attribuée à V* ; voir une lettre de Leblanc à Bouhier du 29 janvier 1740 : le sujet est en effet tiré de La Henriade . Plus tard Marie-Joseph Chénier fit jouer Charles IX ou l’École des rois quelques mois après le début de la Révolution le 4 novembre 1789, et quelques années avant que son frère ne périt victime de celle-ci en 1794 .

Voir : https://fr.wikipedia.org/wiki/Fran%C3%A7ois-Thomas-Marie_de_Baculard_d%27Arnaud

et : https://libretheatre.fr/charles-ix-ou-lecole-des-rois-de-marie-joseph-chenier/

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