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26/01/2021

apparemment que les condamnés, étant dûment confessés, s’en vont droit en paradis

... Serait-ce la seule excuse qu'ait trouvée Donald Trump pour n'accorder ni sursis ni grâce en sa fin de règne de mégalomane ? Sans être particulièrement méchant, j'en viens à lui souhaiter de choper une bonne vieille maladie incurable pour voir ce que ça fait d'être condamné à mort , à petit feu, pour ce joueur de golf se retrouver dans le trou à mille au dessus du par !

Pour mémoire (triste ): https://www.ouest-france.fr/monde/etats-unis/etats-unis-u...

 

 

 

« A Jean-Baptiste-Jacques Élie de Beaumont

26 septembre 1765 1

Vous entreprenez, monsieur, un ouvrage digne de vous, en essayant de réformer la jurisprudence criminelle. Il est certain qu’on fait trop peu de cas en France de la vie des hommes. On y suppose apparemment que les condamnés, étant dûment confessés, s’en vont droit en paradis. Je ne connais guère que l’Angleterre où les lois semblent plus faites pour épargner les coupables que pour sacrifier l’innocence. Croyez que partout ailleurs la procédure criminelle est fort arbitraire.

Le roi de Prusse a fait un petit code intitulé le code selon la raison 2, comme si le digeste était selon la folie .

Mais, dans ce code, le criminel est oublié. Le meilleur usage établi en Prusse, comme dans toute l’Allemagne et en Angleterre, est qu’on n’exécute personne sans la permission expresse du souverain. Cette coutume était établie en France autrefois. On est un peu trop expéditif chez vous : on y roue les gens de broc en bouche 3, avant que le voisinage même en soit informé ; et les cas les plus graciables échappent à l’humanité du souverain.

J’ai écrit en Suisse, selon vos ordres. Je ne peux mieux faire que de vous envoyer la réponse de M. de Correvon, magistrat de Lausanne . Mais vous trouverez sûrement plus de lumières dans vous que dans les jurisconsultes étrangers.

Voilà un beau champ pour votre éloquence. La rage d’accuser en Languedoc les pères de tuer les enfants subsiste toujours. Un enfant meurt d’une fièvre maligne à Montpellier . Le médecin va voyager . Pendant son voyage, on accuse le père d’avoir assassiné son fils. On allait le condamner, lorsque le médecin arrive, parle aux juges, les fait rougir, et le père prend actuellement les juges à partie. Cette aventure pourrait bien mériter un épisode dans votre mémoire. Je vais écrire au médecin pour savoir le nom de ce brave père. Adieu, monsieur , j’ai le malheur de n’avoir vu ni madame de Beaumont ni vous, mais j’ai le bonheur de vous aimer tous deux de tout mon cœur.

V.



A l’égard des Sirven, M. de Lavaysse me mande que l’ordonnance du parlement de Toulouse, portant permission à un juge subalterne d’effigier 4 son prochain, n’est point regardée comme une confirmation de sentence. Voilà, je vous l’avoue, une singulière logomachie. Quoi ! la permission de déshonorer un homme, et de confisquer son bien, n’est pas un jugement ! Le parlement donne donc cette licence au hasard ! Ou la sentence lui paraît juste ou inique , il en ordonne l’exécution . Il confirme donc la justice ou l’iniquité. Il ne peut ordonner cette exécution qu’en connaissance de cause. De bonne foi est-ce une simple affaire de style d’ordonner la ruine et la honte d’une famille ? »

1 L'édition de Kehl suivant la copie Beaumarchais insère le post scriptum dans le corps de la lettre .

3 Expression procédant de de broche en bouche, qui se comprend simplement . La forme qu'on a ici se trouve déjà chez Rabelais, issue de la forme picarde de broche (broque), interprétée à tort comme broc .

4 Exécution en effigie .

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