18/04/2021
Les hommes rentrent en eux-mêmes dans les grands événements qui font la douleur publique, et laissent pour quelques jours leurs vains débats et leurs folles querelles
... Est-ce le cas suite au décès du prince Philip ? Only god knows ! Je pense que la réouverture des pubs, et la joie correspondante, a séché les larmes en mouillant les gosiers : Bottoms up!, Down the hatch!

« A Etienne-Noël Damilaville
28è décembre 1765
Mon cher frère, je me flatte que le triste événement de la mort de M. le Dauphin 1 arrêtera pour quelque temps la guerre des rochets 2 et des robes noires, qu’on ne parlera plus de bulle, quand il ne s’agit que de malheureux De profundis. Les hommes rentrent en eux-mêmes dans les grands événements qui font la douleur publique, et laissent pour quelques jours leurs vains débats et leurs folles querelles. Jean-Jacques Rousseau n’est bon qu’à être oublié ; il sera comme Ramponeau 3, qui a eu un moment de vogue à la Courtille, à cela près que Ramponeau a eu cent fois moins de vanité et d’orgueil que le petit polisson de Genève.
Vous aurez incessamment M. Tronchin à Paris, ainsi vous n’aurez plus de mal de gorge ; pour moi, je serai réduit à être mon médecin moi-même ; ma sobriété me tiendra lieu de Tronchin.
Il y a un Traité des Superstitions 4 qui paraît depuis peu : s’il en vaut la peine, je vous supplie de me l’envoyer. J’espère recevoir dans un mois le gros ballot que Briasson a déjà fait partir ; j’en commencerai la lecture comme celle des livres hébreux, par la fin, et vous savez pourquoi 5.
J’attends aussi des étrennes de vous, et de M. Fréret, et de Bigex. M. Boursier prétend toujours qu’il vous a écrit.
N.B. – A propos, voici ce que j’ai toujours oublié de vous dire pour l’affaire des Sirven. Il me paraît nécessaire que M. de Beaumont rappelle, dans son exorde, la dernière aventure d’un citoyen de Montpellier qui, dans le temps qu’il pleurait la mort de son fils, fut accusé de l’avoir tué, vit descendre chez lui la justice avec le plus terrible appareil, s’évanouit, et fut sur le point de mourir.
Ce dernier exemple, joint à l’aventure éternellement mémorable des Calas, fera voir quels horribles préjugés règnent dans les esprits des Wisigoths. Cela peut non seulement fournir de beaux traits d’éloquence, mais encore disposer favorablement le Conseil. »
1 Le 20 décembre 1765 .
3 Chansonnier qui eût son heure de gloire sous les ombrages de La Courtille ; voir : https://fr.wikipedia.org/wiki/Ramponneau_(croque-mitaine)
4 Essai sur les erreurs et les superstitions, 1765, de Jean-Louis de Castilhon et dont le Catalogue de Ferney mentionne deux éditions de l'ouvrage .Voir : https://books.google.fr/books?id=D4JYAAAAcAAJ&printsec=frontcover&hl=fr&source=gbs_ge_summary_r&cad=0#v=onepage&q&f=false
5 L'article « Vingtième » rédigé par Damilaville, suivant l’ordre alphabétique se trouve vers la fin . Voir : https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89tienne_No%C3%ABl_Damilaville
17:03 | Lien permanent | Commentaires (0)
vous m'avouerez qu'il n'est pas plaisant de montrer à l'Europe qu'on a besoin de précepteurs
... Ah Covid , à quoi nous as-tu condamnés ?
« A Jacob Tronchin
27 décembre 1765
Il me vient une idée, monsieur, je vous la soumets ainsi qu'à vos amis . L’amour du bien public peut inspirer des sottises comme il peut aussi faire bien rencontrer . Si mon idée est mauvaise moquez-vous-en ; la voici .
Si la médiation vient pour la seconde fois en attendant une troisième, vous m'avouerez qu'il n'est pas plaisant de montrer à l'Europe qu'on a besoin de précepteurs .
La grande question qu'on agitera sera celle de l'effet des représentations . Il peut arriver que les médiateurs soient frappés de la raison qu'apportent les citoyens . Faudra-t-il, disent-ils, que nos remontrances soient toujours sans effet, que nous servirait un droit qu'on pourrait toujours rendre inutile, etc. ?
Si donc le Conseil voulait spécifier quelques cas où ce droit aurait toute sa plénitude, ne serait-ce pas un moyen de ramener le peuple ?
Je suppose qu'on accorde que, quand la majorité des citoyens viendra se plaindre de l'infraction d'une loi reconnue, le Conseil portera la requête des Deux Cents et si la majorité des Deux Cents trouve la plainte fondée, elle sera portée au Conseil général . Il me semble qu'alors le Conseil ne perd rien de sa dignité ni de son autorité, le peuple est très content, et la confiance doit renaître 1.
Je ne parle point des autres articles ; je suis persuadé qu'on les arrangera sans peine . Si on voulait donner parole qu'on ne refusera pas la proposition que je vous fais, peut-être je serais à portée de la faire accepter avec une respectueuse reconnaissance par les principaux citoyens, peut-être j'aurais des moyens de les porter à y consentir . »
1 Voici la réponse du Conseil, du 28 décembre : « L'avis a été que le dit noble Tronchin doit aller à Ferney ; et répondre de bouche au sieur de Voltaire que le Conseil persiste et persistera toujours à soutenir le règlement de la médiation que cette proposition renverserait en un point essentiel, et qu'il ne veut ni ne peut en aucune façon transiger sur l'institution dont le dépôt est confié à ses soins . »
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