10/08/2026
le vin est tiré , buvez
... jusqu'à la lie !
« A Gabriel Cramer
[vers le 31 décembre 1770]
Voyez, Caro, si vous pouvez vous charger d'un pauvre questionneur quand vous avez vingt gros volumes sur les bras . Je vous souhaite le plus grand succès, mais je crains toujours qu'on ne laisse entrer en France l’in-quarto d'Yverdon et qu'on ne vous ferme la porte . Les Yverdunois ont retranché tout ce qui était hardi et corrigé beaucoup de fautes . Plusieurs savants protégés par le gouvernement travaillent à cet ouvrage . J'ai peur pour vous, mais le vin est tiré , buvez .
Vous voyez qu'en vain vous avez cru vous dérober aux contrefaçons en débitant trois volumes à la fois . On a imprimé en six semaines ce que vous aviez imprimé en quinze mois .
Vous savez que je suis pressé, mes soixante et dix-sept ans ne me laissent pas le temps d'attendre . Si je n'ai pas trois feuilles par semaine il faudra renoncer aux Questions et en faire un ouvrage posthume . Parlez-moi franc, pouvez-vous promettre devant Dieu trois feuilles par semaine ? Ne faites point descendre canos meos cum moerore in infernum 1. »
1 Réminiscence de la Genèse, XLIV, 29 : https://saintebible.com/lsg/genesis/44.htm
Voir lettre du 28 décembre 1770 à Bernis : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2026/08/02/je-ne-peux-m-empecher-de-vous-dire-que-vous-m-avez-infiniment-afflige-je-n.html
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