Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

05/07/2022

Te crois-tu juste, au moins ?

... https://www.20minutes.fr/politique/3320535-20220705-indep...

 

 

 

« A Charles-Augustin Ferriol, comte d'Argental

et à

Jeanne-Grâce Bosc du Bouchet, comtesse d'Argental

16è février 1767

Mes chers anges sauront donc que dans cette nouvelle édition de la tragédie des Scythes, envoyée par le dernier ordinaire à M. le duc de Praslin, il m’a paru manquer bien des choses, et que dès que je vous eus écrit que je n’y pouvais rien ajouter, j’y ajoutai sur-le-champ quatre vers. Voici à quelle occasion : dans la scène du quatrième acte, entre Athamare et Indatire, ce Scythe dit au prince :

Apprends à mieux juger de ce peuple équitable,
Égal à toi sans doute et non moins respectable.


Athamare ne répond rien à cela ; il est vrai qu’il est pressé de parler de sa demoiselle, mais il me paraît nécessaire de confondre d’abord cette bravade. Je le fais donc répondre ainsi :

Élève ta patrie et cherche à la vanter ;
C’est le recours du faible, on peut le supporter.
Ma fierté, que permet la grandeur souveraine,
Ne daigne pas ici lutter contre la tienne.
Te crois-tu juste, au moins ?

 

Indatire.

Oui, je puis m’en flatter…1 etc.

Il y a encore un mot qui m’a paru trop rude, au deuxième acte. Hermodan, en voyant le repentir d’Athamare, dit :

Je me sens attendri d’un spectacle si rare.


Sozame répond :

Tu ne m’attendris point, malheureux Athamare !


Cela n’est pas juste, cela n’est pas honnête ; il doit lui dire :

Tu ne me séduis point, malheureux Athamare 2 .

Je recommande donc ces deux corrections à vos bontés angéliques ; je vous prie de les faire porter sur l’exemplaire de Lekain et sur les autres. Il n’en coûte que la peine de coller quelques petits pains.

Après cette importunité, je vous demande une autre grâce : c’est d’envoyer un exemplaire bien corrigé à Mme de Florian, qui n’en fera pas un mauvais usage, et qui ne le laissera pas courir. Il ne serait pas mal qu’elle vît une répétition ; elle s’y connaît, elle dit son mot net et court. Plus j’y pense, plus j’aime les Scythes. Je prie Dieu qu’ainsi soit de vous. Le sujet est heureux, ou je suis bien trompé, et le sujet fait tout.

Mille tendres respects.

V. »

1 Les Scythes, Ac. IV, sc. 2 : https://théâtre-documentation.com/content/les-scythes-voltaire#Scene_II-10

2 Ibid, Ac. II, sc. 4 : https://théâtre-documentation.com/content/les-scythes-voltaire#Scene_IV-3

Écrire un commentaire