01/10/2023
Je me flatte que vous voudrez bien me donner tous les éclaircissements nécessaires sur ce mystère d'iniquité
...
« A Adrien-Michel-Hyacinthe Blin de Sainmore
rue Neuve des Capucines
à Paris
19è février 1768 1
Vous me ferez un très grand plaisir, monsieur,de m'envoyer par M. Damilaville , ou par telle voie que vous jugerez à propos, tout ce qui regarde l’entreprise dont vous vous plaignez à si juste titre et tout ce qui pourra servir à votre justification . Je possède actuellement l'édition pour laquelle j'avais souscrit, et que j'espérais recevoir de vous . Je ne connais ni l'éditeur, ni ses associés . On dit que Fréron est à la tête . Tout ce que je sais c'est que les gens de lettres sont indignés . Je me flatte que vous voudrez bien me donner tous les éclaircissements nécessaires sur ce mystère d'iniquité ; et que vous aurez en moi la confiance que mon estime et mes sentiments pour vous méritent .
J'ai l'honneur d'être bien véritablement, monsieur,votre très humble et très obéissant serviteur
V. »
1 On possède une copie par Blin de Sainmore sur laquelle celui-ci a noté ce qui suit : « Je ne me suis jamais plaint à personne de l'édition de Racine avec des commentaires ; mais longtemps avant qu'elle parût, je crus devoir écrire à Voltaire que j'ignorais comment elle serait composée ; qu'à la vérité j'avais remis à celui qui en dirigeait l'impression plusieurs notes et quelques morceaux destinés à cette édition ; qu'on m'avait assuré que d'autres gens de lettres qu'on ne nommait pas en avaient fait autant ; que maître de tous ces matériaux, l'éditeur en a disposé comme de choses lui appartenant, que non seulement il les avait dénaturés, altérés, tronqués à son gré, mais encore y avait ajouté beaucoup du sien ; qu'en conséquence l'ouvrage lui appartenait exclusivement tout entier ; que n'ayant jamais rien lu de lui, je ne savais point ce qu'il était capable de faire ; qu'à mon égard je sentais toutes les difficultés d'une pareille entreprise ; que je n'y avais concouru qu'en tremblant; que sans beaucoup d'efforts on pouvait faire infiniment mieux que moi ; que si le public accueillait favorablement ces commentaires, je m’empressais de déclarer d'avance qu'il était juste que celui qui les avait faits en recueillit seul toute la gloire et qu’enfin je n'avais aucun droit de la lui disputer, ni même la prétention de la partager avec lui . Voilà mot pour mot ce que dans le temps je mandai à l'auteur de La Henriade . Je me proposai même de consigner cette déclaration dans les papiers publics ; mais je fus informé que l'éditeur avouait hautement tout l'ouvrage pour être le sien, qu'il avait mis son nom au frontispice de cette édition et que je n'y étais nommé ni désigné en aucune manière . Je jugeai alors que, le public ne pouvant m'en attribuer aucune part, la gloire de cet éditeur était parfaitement en sûreté . Ainsi je me crus dispensé de faire aucune déclaration et je gardai le silence .
La seule chose que je me permettrai aujourd'hui, c'est d’assurer que je remis à cet éditeur une vie de Racine composée à ma sollicitation par un de mes amis, véritablement homme de lettres et pénétré du mérite de l’inimitable auteur d'Athalie et que cette vie était infiniment plus intéressante et mieux écrite que celle e qu'on a jugé à propos d'y substituer dans l'impression . »
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30/09/2023
je ne réponds de rien si on attend plus longtemps ; ... Toute cette affaire se consommerait en un quart d'heure entre des particuliers
... C'est en substance ce qu'a dit Elisabeth Borne avant de mettre en action le 49-3 pour faire passer la loi de programmation des finances publiques : https://www.francetvinfo.fr/politique/gouvernement-d-elis...

« A François-Louis Jeanmaire, Conseiller de Son Altesse Sérénissime le duc de Wurtemberg, etc., à Montbéliard
Ferney 18 février 1768
J'espère, monsieur, recevoir demain à Genève les dix mille francs que vous m'envoyez ; j'ai en conséquence dépêché mon compte à messieurs de la Chambre des finances, vous verrez qu'il m'est dû actuellement cinquante et un mille et tant de livres .
J'ai proposé à messieurs de la Chambre des finances qu'ils voulussent bien me faire tenir les soumissions pures et simples des fermiers et régisseurs, suivant les arrangements qu'on a dû prendre, en attendant qu'on pût me donner des délégations en forme légale . Ces soumissions préliminaires peuvent suffire quand on agit de part et d'autre de bonne foi .
Moyennant ces soumissions qui serviront de caution, je pourrai faire prêter dans Genève de l'argent à Mgr le duc de Virtemberg ; mais certainement aucun Genevois n'en prêtera s’il ne voit des sûretés .
Je suis très flatté de pouvoir rendre service à Son Altesse Sérénissime , mais le préalable que je demande est absolument nécessaire .
Ces soumissions ne seront autre chose que des promesses écrites de la main des fermiers et régisseurs, de me payer, de préférence à tout, les sommes qui me sont dues, sur le prix des bans et des régies . Cela seul tranchera toutes les difficultés, et Mgr le duc de Virtemberg pourra recevoir dès les premiers jours de mars l'argent qu'on lui prêtera à Genève ; mais je ne réponds de rien si on attend plus longtemps ; parce que l'homme qui veut bien prêter peut disposer de ses fonds d'un jour à l'autre . Toute cette affaire se consommerait en un quart d'heure entre des particuliers .
J'ai envoyé à messieurs de la Chambre le modèle du billet que Son Altesse Sérénissime doit faire : c'est un billet à ordre tout simple ; on peut me le confier par la poste, et je le renverrai si l'affaire n' a pas lieu .
J'ai l'honneur d'être, monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur
Voltaire.
Je prie M. de Surleau de vouloir bien agréer mes très humbles compliments . »
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29/09/2023
La vie est trop courte, et les affaires trop longues
... Bel Regrettable exemple : vingt-deux ans pour juger l'affaire de fichage racial d'Adecco : https://www.streetpress.com/sujet/1695805410-geant-interi...
France, ta justice fout le camp !

« Au Conseil suprême de Montbéliard
A Ferney 17è janvier 1768 1
Messieurs,
J'ai reçu la lettre que vous avez bien voulu m'écrire en date du 10 février . La vie est trop courte, et les affaires trop longues . J'ai l'honneur de vous envoyer un mémoire net et facile qui peut tout terminer en un moment . Si l'absence du fermier dont vous me parlez dure encore, vous n'avez qu'à lui envoyer à signer le modèle de la soumission qu'il doit faire . Il vous enverra cette soumission pure et simple, et vous aurez la bonté de me la faire tenir en droiture, ces papiers ne faisant pas un paquet considérable .
Il ne tient qu'à vous, messieurs, d'arranger sur votre mémoire ce que chaque fermier doit me payer dans le courant de cette année tant pour la somme de 51242 livres à moi due aujourd’hui, que pour les quartiers suivants dont le premier écherra le dernier de mars prochain . Cet arrangement n'exige aucun frais que ceux d'un port de lettre .
À l'égard du service que j'ai le bonheur de rendre à Mgr le duc de Virtemberg, voici en quoi il consiste, s'il peut réussir .
Un Genevois qui se retire du commerce consent de prêter à Son Altesse Sérénissime soixante et dix mille livres à cinq pour cent pour deux années , l'intérêt de ces deux années prélevé sur le capital prêté . Il ne demande que deux billets de 35 000 livres de la main de Son Altesse Sérénissime payables au porteur ; l'un au 1er mars 1769, l'autre au 1er mars 1770 . Supposé que cet argent soit reçu au 1er mars 1768, il veut que je me rende caution saisissable, et il ne veut d'autre caution en effets que des délégations acceptées par vos fermiers et régisseurs.
Ce n'est donc que sur ces délégations et soumissions des fermiers que cet argent sera prêté . Tout ce que je crains c'est que ces longueurs que l'on met dans toute cette affaire ne rebutent le Genevois . Vous jugez bien, messieurs, de quelle importance il est que vous finissiez . Jamais Mgr le duc de Virtemberg ne retrouvera un pareil emprunt à Genève . M. Jeanmaire doit être instruit qui si l'on s'adressait aux banquiers de cette ville, il en coûterait douze à quatorze pour cent par an .
Si Mgr le duc de Virtemberg daigne entrer dans ces petits détails, je vous supplie de lui envoyer copie de ma lettre .
J'ai l'honneur d'être avec tous les sentiments que je vous dois,
messieurs,
votre humble et très obéissant serviteur
Voltaire.
N. B. – Il faudra que Son Altesse Sérénissime ait la bonté de faire les deux billets en ces termes : Je paierai au mois de mars 1769 à l'ordre de M. Jacquelot trente-cinq mille livres de France valeur reçue comptant .
Plus, un autre billet, conçu de même pour le mois de mars 1770 . Vous pourrez, messieurs, me confier ces deux billets . Je les renverrai, si par hasard l'affaire manquait . »
1 L'édition Rossel date à tort cette lettre du 18 .
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28/09/2023
On dit que le pape veut faire une procession pieds nus pour implorer la vengeance divine ... Je conseille au Saint-Père d'attendre les grandes chaleurs pour faire cette procession
... Remarquons qu'il est venu s'entrainer à Marseille et roule plus qu'il ne marche . Dur, dur , le grand âge avec autant de responsabilités et une Eglise malmenée par la faute de brebis galeuses de tous grades . Il en est réduit à faire cette requête : "Nom de Zeus, que la foudre les poudroie !"

Sourire pour partir du bon pied
« Au comte Alexandre Romanovitch Vorontsov
16 février 1768 à Ferney
Monsieur, mon ami Bourdillon est tout honteux de s'être trompé sur l'évêque de Cracovie 1 . Il devait bien penser que cet homme se dédirait et jouerait quelque mauvais tour à la raison humaine, puisqu'il est prêtre . Ce vieux bonhomme de Bourdillon est même tout étonné que vous n'ayez pas eu la bonté de réparer sa faute en faisant mettre en marge quelque petite note honnête sur la perfidie épiscopale . Il dit que M. le prince Repnin a très bien fait et qu'il l'en remercie de tout son cœur .
On dit que le pape veut faire une procession pieds nus pour implorer la vengeance divine contre une certaine impératrice qui remet la nature humaine dans ses droits en établissant la liberté de conscience . Je conseille au Saint-Père d'attendre les grandes chaleurs pour faire cette procession . Rien n'est plus malsain pour un vieux Vénitien que de marcher pieds nus en hiver .
Je vous envoie , monsieur, un Sermon prêché à Bâle, que peut-être vous ne connaissez pas encore . Il pourra bien être brûlé à Rome, mais je ne crois pas qu'il le soit à Moscou . Si on prêche encore quelques sermons dans ce goût-là, j'aurai l'honneur de vous en faire part, car je sais combien vous aimez la parole de Dieu .
J'ai l'honneur d'être, avec le plus grand respect, monsieur, de Votre Excellence le très humble et très obéissant serviteur
V. »
1 Voir lettre du 29 janvier 1768 à Catherine II : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2023/08/30/elle-assemblerait-dans-sa-grand-salle-des-idolatres-des-musu-6458918.html
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27/09/2023
Renouvelle ses plaintes
... par exemple contre le JDD, comme le fait la mère d'Enzo B. : https://www.liberation.fr/checknews/erreur-dillustration-...
Il est bien sûr possible aussi de porter plainte contre l'auteur et l'hébergeur de publications malveillantes : https://www.service-public.fr/particuliers/vosdroits/F32075
« A Albrecht Friedrich von Erlach
[16 février 1768] 1
[Renouvelle ses plaintes contre le journal de Berne ; explique que sa précédente lettre a croisé celle d'Erlach ; promet d'envoyer les Annales de l'Empire .]
1 Voir lettre du 13 février 1768 : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2023/09/25/se-plaint-du-contenu-de-la-gazette-de-berne-sous-la-directio-6462996.html
18:58 | Lien permanent | Commentaires (0)
Elle n'est pas tout à fait en état
... Mais croit l'être, la Corse des nationalistes épris d'autonomie ! Ceux-ci, évidemment veulent la coppa, l'argent de la coppa et la main de la charcutière . La "reconnaissance du peuple corse" est un pas de plus dans la division des Français , version Clochemerle , mais avec des furieux armés . Mr le président, n'oubliez pas qu'il n'y a pas que les ânes qui soient têtus en Corse : https://www.francetvinfo.fr/france/corse/corse/emmanuel-m...
.

« A Gabriel Cramer
[Vers février 1768] 1
J'ai envoyé hier à monsieur Cramer de quoi continuer l'édition de son troisième volume .
Quant à l'in-quarto , je le prie de me faire savoir s'il a commencé l'Histoire de Charles XII . Il y a un morceau intéressant qu'il faut y ajouter 2 ; il conviendrait que cette pièce fût mise au-devant de l'histoire, mais si l'ouvrage est commencé, on la placera à la fin . Elle n'est pas tout à fait en état, mais cela ne demande qu'un jour de travail .
Je l'avais prié de me faire avoir un Grégoire de Tours 3 de ma bibliothèque. »
1 Comme Charles XII se trouve dans le volume VII de l'édition quarto, dont les volumes I-VII parurent au printemps de 1768 , et que V* ne sait pas encore si l'impression a commencé, la date de la lettre peut être fixée en février, avec une certaine marge d'incertitude .
2 Il s'agit probablement d'un avis ajouté par V* à l'édition de 1759 de l'Histoire de l'empire de Russie sous Pierre le Grand, précédant une lettre de La Vergne, comte de Tressan, attestant que Stanislas, roi de Pologne, avait trouvé très véridique tout ce que V* avait dit des affaires de la Pologne dans cet ouvrage;avis et lettre figurent dans les éditions ultérieures .
« Lettre de Louis-Élisabeth de La Vergne, comte de Tressan, à Voltaire
Commercy, 11 juillet 1759. P.a.s., avec note autographe de Voltaire au verso, 2 p. in-4o. Best.7669,
D8390 (les deux d’après l’imprimé cité ci-dessous)
Certificat du roi Stanislas sur l’Histoire de Charles XII, reproduit dans l’Histoire de l’empire de Russie. Au
dos de ce document, Voltaire a écrit de sa main: «certificat du Roy de Pologne Stanislas sur l'histoire
de Charles 12».
et : https://fr.wikisource.org/wiki/Page:Voltaire_-_%C5%92uvres_compl%C3%A8tes_Garnier_tome16.djvu/152
3Sans doute l'Historia Francorum de saint Grégoire de Tours : https://fr.wikipedia.org/wiki/Gr%C3%A9goire_de_Tours
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Il n'y a d'autre parti à prendre que celui d'attendre tout du temps...et se contenter d'inspirer l'horreur pour les superstitions et pour les persécutions dans quelque petit livre à la portée de tout âge
... Le plus célèbre petit livre était rouge et de Mao Tsé Toung et aurait bien fâché le Patriarche . Pour moderniser la chose, diffusion via les réseaux sociaux, drogue addictive de notre siècle . C'est le domaine des "influenceurs" de millions de gobeurs de fake news qui sont plus rapides pour dénigrer et malmener tous et tout que de réfléchir tant soit peu . Combien de temps nous reste-t-il avant de basculer dans l'irréparable ?

« A l'abbé Joseph Audra
[février 1768] 1
La malheureuse aventure de Sainte-Foix, ayant été depuis longtemps représentée au Conseil du roi sous les plus noires couleurs a nui beaucoup à l'affaire des Sirven, comme je l'avais prévu. Les Sirven avaient été renvoyés par la commission des conseillers d'État ordinaires par-devant le roi lui-même, pour obtenir la cassation de la sentence confirmée par le parlement de Toulouse. Mais ce parlement a représenté avec tant d'opiniâtreté son droit de ressort contre les condamnés contumaces, droit en effet établi pour tous les parlements du royaume, que le conseil a craint les mouvements de toute la magistrature. Ces mêmes considérations ont empêché de signer l'édit, qui était tout prêt, pour légitimer les mariages des réformés. Il n'y a d'autre parti à prendre que celui d'attendre tout du temps. Il faudrait n'avoir que de loin en loin des assemblées publiques, et se contenter d'inspirer l'horreur pour les superstitions et pour les persécutions dans quelque petit livre à la portée de tout âge, que les pères de famille liraient à leurs enfants tous les dimanches. Les nouvelles sottises du pape et des jésuites ouvriront tôt ou tard les yeux du ministère. »
1L'édition Garnier la place en septembre 1767 . Copie par Wagnière ;Éditeurs, de Cayrol et François. D'après une note du manuscrit, cette lettre serait adressée à l'abbé Audra, professeur royal à Toulouse. (A. F.)
Cette lettre se réfère manifestement aux évènements dont il est qustion dans la lettre du 8 février 1768 à Damilaville : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2023/09/16/m-6461722s-il-y-a-des-cas-ou-le-fond-doit-faire-taire-la-forme-c-est-assure.html
et lettre du 19 février 1768 à Chardon : datée février 1768 http://www.monsieurdevoltaire.com/2015/07/correspondance-annee-1768-partie-9.html
D'où la date proposée .
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