25/10/2025
mon visage ; mais, madame, il faudrait que j’eusse un visage , on en devinerait à peine la place. Mes yeux sont enfoncés de trois pouces, mes joues sont du vieux parchemin mal collé sur des os qui ne tiennent à rien. Le peu de dents que j’avais est parti
... Le trait est un peu forcé mais jugez-en . Côté dents, voir la thèse du Dr Lucien Choudin, chirurgien-dentiste de qualité et voltairien fidèle émérite : https://www.persee.fr/doc/dhs_0070-6760_1985_num_17_1_157...

https://histoire-image.org/etudes/voltaire-nu-vieillard-i...
« A Suzanne Necker
Ma juste modestie, madame, et ma raison me faisaient croire d’abord que l’idée d’une statue était une bonne plaisanterie ; mais, puisque la chose est sérieuse, souffrez que je vous parle sérieusement.
J’ai soixante-seize ans, et je sors à peine d’une grande maladie qui a traité fort mal mon corps et mon âme pendant six semaines. M. Pigalle doit, dit-on, venir modeler mon visage ; mais, madame, il faudrait que j’eusse un visage , on en devinerait à peine la place. Mes yeux sont enfoncés de trois pouces, mes joues sont du vieux parchemin mal collé sur des os qui ne tiennent à rien. Le peu de dents que j’avais est parti. Ce que je vous dis là n’est point coquetterie c’est la pure vérité. On n’a jamais sculpté un pauvre homme dans cet état ; M. Pigalle croirait qu’on s’est moqué de lui ; et, pour moi, j’ai tant d’amour-propre que je n’oserais jamais paraître en sa présence. Je lui conseillerais, s’il veut mettre fin à cette étrange aventure, de prendre à peu près son modèle sur la petite figure en porcelaine de Sèvres 1. Qu’importe, après tout, à la postérité, qu’un bloc de marbre ressemble à un tel homme ou à un autre ? Je me tiens très philosophe sur cette affaire. Mais, comme je suis encore plus reconnaissant que philosophe, je vous donne, sur ce qui me reste de corps, le même pouvoir que vous avez sur ce qui me reste d’âme. L’un et l’autre sont fort en désordre ; mais mon cœur est à vous, madame, comme si j’avais vingt-cinq ans, et le tout avec un très sincère respect.
V.
Mes obéissances, je vous en supplie, à M. Necker.
21è mai 1770 à Ferney. »
1 Le buste en porcelaine de Sèvres date de 1767 .
17:57 | Lien permanent | Commentaires (0)
Tous ceux qui ont lu ce factum ont la même indignation que nous
...
Voltaire et Jean-Louis Wagnière
à « Charles-Frédéric-Gabriel Christin
[21 mai 1770] 1
Mon cher petit philosophe saura que M. le duc de Praslin, l’un des juges, a été très content du mémoire 2, et qu’il est disposé comme nous désirons qu’il le soit. Nous avons tout lieu d’espérer que les autres juges penseront de même. Tous ceux qui ont lu ce factum ont la même indignation que nous contre les chanoines. Toutes les vraisemblances sont que mon cher petit philosophe gagnera sa cause et sera regardé comme le défenseur de la liberté publique. On lui fait mille tendres compliments.
W. remercie tendrement pour sa femme de la jolie tabatière, les figures sont admirables . Le patron vous répond sur la mainmorte.
Je vous ferai parvenir de l'encre quand je saurai combien il coûte. Mille tendres embrassements. »
1 Original, le début de la main de V* ; éd. Cayrol . Le message de Wagnière est écrit au verso du manuscrit .
2 Pour les serfs de Saint-Claude.
Voir : https://fr.wikisource.org/wiki/Page:Voltaire_-_%C5%92uvres_compl%C3%A8tes_Garnier_tome28.djvu/363
00:05 | Lien permanent | Commentaires (0)

