22/05/2018
La poste a oublié le droit des gens
... Nous sommes bientôt fin mai 2018 et le service des P & T est encore bien loin de donner satisfaction en notre pays de Gex . Est-ce donc trop demander que de recevoir du courrier et d'en envoyer en temps et lieu donné ? Que serait-ce si le courrier électronique n'existait pas ? je n'ose pas l'imaginer : un super bord'l !
http://www.lepaysgessien.fr/a-la-une-le-pays-gessien/prob...#

Retour vers le futur : quand les facteurs étaient consciencieux ...
« A Etienne-Noël Damilaville , premier commis des
bureaux du vingtième
Quai Saint-Bernard
à Paris
23 [mai 1763] 1
Je suis toujours extrêmement en peine mon cher frère d'un paquet chrétien adressé à un comte de Bruc, et d'une lettre profane au notaire de Laleu . La poste a oublié le droit des gens . Cramer avait donc oublié les droits de l'amitié et son devoir de libraire de ne vous pas présenter le 2è tome russe .
Eh bien les anges ont donc tout apaisé, tout concilié . Mais messieurs crieront encore, messieurs veulent toujours avoir raison . Ils pourront l'avoir avec le contrôleur général mais non pas avec moi qui ne suis pas contrôleur des fanatiques .
Sed quid dicis de la lettre à Christophe et quid dicunt ? Et Palissot ? Palissot qui imprime trois volumes contre les philosophes . Mais si Socrate réussit bénissons Dieu car une telle pièce ne peut obtenir de succès que de la disposition générale des esprits en faveur de la philosophie . Je vous ai demandé trois fois le manuscrit de l'article Idolâtrie que frère Platon doit avoir, et dont j'ai un besoin pressant . Vous m'aviez fait espérer quelques articles encyclopédiques . Secourez donc un pauvre malade .
Ecr l'inf. »
1 Date complétée par Damilaville sur le manuscrit original .
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Si les arrangements de finance qu'on m'a mandés sont tels qu'on le dit, il est bien sûr qu'ils sont aussi responsables que nécessaires ; et je ne conçois pas comment le parlement peut s'y opposer
... Eh oui ! que peut-on reprocher à un parti présidentiel qui a bénéficié d'une ristourne pour ses frais ? n'a-t-il pas agi en bon père de famille , selon la formule consacrée ?
A suivre ...
« A François de Chennevières
Aux Délices 23 mai [1763]1
Les gens ayant à peu près septante ans, malingres et presque aveugles n'écrivent pas comme ils voudraient mon cher ami et puis Dieu sait ce que deviennent les lettres . Il y en a qui ne parviennent point . M. de Varenne, secrétaire de monsieur le contrôleur général, m'écrivit il y a quelque temps , et se plaignit ensuite de n'avoir point reçu de réponse . Je lui avais cependant adressé un gros paquet avec superscription 2, ou inscription ou dessus de lettres, car Dieu merci le mot propre manque à notre langue, à Monsieur de Varenne secrétaire de Monsieur le contrôleur général, à Paris . J'en ai écrit une autre 3 qui je crois n'a pas eu un plus heureux sort . Vous devez mon cher ami connaître M. de Varenne car il a de l'esprit et il fait de jolis vers . Je vous prie d'éclaircir avec lui cette aventure . Vous me ferez grand plaisir de me la mettre au net . Je serais bien fâché qu'un homme aussi aimable que M. de Varenne me soupçonnât de ne lui avoir pas répondu .
Il me paraît que le parlement fait attendre bien longtemps sa réponse à monsieur le contrôleur général . Si les arrangements de finance qu'on m'a mandés sont tels qu'on le dit, il est bien sûr qu'ils sont aussi responsables que nécessaires ; et je ne conçois pas comment le parlement peut s'y opposer . Il ne veut pas sans doute empêcher que le roi paie ses dettes . Les Anglais vainqueurs paient les leurs .
Bonsoir . Mme Denis se remet un peu d'une longue maladie . Nous vous embrassons vous et la sœur du pot . »
1 L'édition Gauthier-Villars date la lettre de 1764 . Le manuscrit est passé à la vente Loliée, à Paris .
2 Sous cette forme, le mot est un anglicisme, quoiqu'il ait été employé à une époque ancienne .
3 Lettre du 29 avril 1763 à Varennes :http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2018/04/19/il-est-bien-singulier-qu-une-lettre-adressee-a-un-secretaire-6044805.html
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21/05/2018
Il y aurait peut-être une autre tournure à prendre : ce serait de ne plaider nulle part, et d’abandonner ses droits pour être plus tranquille
... Ce qui n'est pas du tout le sentiment des fonctionnaires qui vont se mettre en grève, juste comme ça, au cas où . Pour un bon nombre d'entre eux, on ne fera pas de différence entre leur activité et leur inactivité , tant leurs retards et absentéisme sont ordinaires .
« A Charles-Augustin Ferriol, comte d'Argental
et à
Jeanne-Grâce Bosc du Bouchet, comtesse d'Argental
23 mai [1763] aux Délices
Il faut que je vous dise, mes chers anges, que j’ai de la peine à croire que les Observations succinctes soient du président de M. 1, qui m’avait autrefois paru modéré et philosophe. Je vous avoue que ces observations sont un monument rare de l’esprit de parti, qui attache de l’importance à de bien petites choses. Mais les préjugés des autres ne servent qu’à me faire aimer davantage votre raison, et tout augmente la reconnaissance que je vous dois.
L’idée de la Gazette littéraire me fait bien du plaisir, d’autant plus que je me doute que vous la protégez.
Dites-moi, je vous en prie, mes anges, qui sont ces abbés Arnaud et Suart 2 . Ce sont apparemment gens de mérite, puisqu’ils sont encouragés par M. le duc de Praslin. Il me semble qu’on pourrait se servir de cet établissement pour ruiner l’empire de l’illustre Fréron.
J’ai déjà envoyé à M. le duc de Praslin trois cahiers de notices et d’extraits d’ouvrages étrangers, dont quelques-uns ont de la réputation. J’ai eu grand soin de mettre en marge que ces esquisses informes n’étaient présentées que pour être mises en œuvre par les auteurs, et que je n’envoyais que des matériaux bruts pour leur bâtiment. J’ai fort à cœur cette entreprise. Il n’y a que ma maladie des yeux qui me fasse craindre d’être inutile ; sans cela, je pourrais dégrossir tout ce qui se ferait en Espagne, en Allemagne, en Angleterre, et en Italie. J’ai en main un homme qui m’aiderait. On pourrait aisément me faire venir tous les livres par la poste ; et alors les auteurs de cet ouvrage périodique, servis régulièrement, n’auraient plus qu’à rédiger et à embellir les extraits. J’ai proposé à M. le duc de Praslin cet arrangement, et s’il convient je m'en chargerai de grand cœur . Cet amusement convient à mon âge . Il ne demande pas de grands efforts d’imagination, et je travaillerai jusqu’à ce que je devienne tout à fait aveugle et impotent, deux bénéfices dont je pourrai bientôt être pourvu.
Comme je vous fais toujours des confessions générales, je dois vous dire que madame Denis, à qui j’ai donné Ferney, a présenté requête à M. le duc de Praslin pour avoir ses causes commises au Conseil privé . En voici le motif.
Les privilèges de la terre sont tous fondés sur les traités des rois, depuis Charles IX jusqu’à Louis XV . Les parlements s’embarrassent peu des traités. Le roi paraît le seul juge comme le seul interprète des conventions faites avec les ducs de Savoie, Berne, et Genève. Si on attaque nos droits au parlement, nous les perdrons infailliblement . Si nous plaidons au conseil, nous espérons gagner.
Il y aurait peut-être une autre tournure à prendre : ce serait de ne plaider nulle part, et d’abandonner ses droits pour être plus tranquille. C’est un parti de Bias et de Diogène 3, et je le prendrais peut-être si j’étais seul . Mais il serait triste pour madame Denis de perdre de très belles prérogatives, et le plus clair revenu de sa terre.
Vous ne me dites jamais rien du tripot ; pas un mot de la tragédie de Socrate 4 ; profond silence sur les trois tomes immortels du modeste Palissot 5 . Vous ne parlez ni de l’Opéra, ni des édits, ni de la Lettre de Jean-Jacques à Christophe. Les yeux me cuisent, et refusent le service à votre créature.
V.»
1 Le président de Mesnières ; voir lettre du 28 mai 1763 à d'Argental : « Je vous envoie […] mes modestes objections , à M. le président de Mesnières . »
2 Rédacteurs de la Gazette littéraire ; Suard n'est pas abbé .
3 Bias, un des sept sages de la Grèce, prêchait le mépris des richesses . La ville de Priène ayant été prise, il partit sans rien emporter, disant qu'il portait tout avec lui ; https://fr.wikipedia.org/wiki/Bias_de_Pri%C3%A8ne
4 Sur cette pièce de Billardon de Sauvigny, voir lettre du 25 juin 1762 à d'Argental : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2017/05/09/1-5942153.html
5 Palissot de Montenoy, Théâtre et œuvres diverses, 1763 : https://books.google.fr/books?id=3M9xj2MDCEoC&printsec=frontcover&hl=fr&source=gbs_ge_summary_r&cad=0#v=onepage&q&f=false
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