25/10/2023
assurément il n'est fécond qu'en dissensions et en sophismes
... NUPES ! chimère politicarde, tu pars en miettes, et c'est bien fait .Ton pseudo-Napoléon est en vue de Sainte-Hélène ; qu'il y reste !

« A Jean Le Rond d'Alembert
5è mars [1768] 1
Mon cher et illustre confrère je compte sur votre amitié, sur votre sagesse, et sur votre discrétion . Ce que j'avais crains arrive . Le journal de Neuchâtel annonce une édition fort jolie de La Guerre de Genève . Je dérobais à tous les yeux le second chant, afin qu'on ne pût point imprimer les deux autres qui étant séparés de celui qui les lie ensemble, n'auraient pu être compris de personne .
Dans la fermentation où est Genève cette publicité m'est infiniment préjudiciable par des raisons que je ne puis vous dire dans une lettre . Si du moins M. de La Harpe n’avait donné cette plaisanterie qu'à mes amis et à mes parents à Paris en leur recommandant le secret, il n'y aurait eu que demi-mal, mais c'est pour moi seul que le secret a été gardé .
Si pendant trois mois de séjour à Paris il m'avait au moins averti une fois, j'aurais pu prévenir le tour qu'on me joue aujourd'hui . Il devait bien sentir qu'en donnant l'ouvrage à M. Dupuits à qui je l'avais toujours refusé, c'était une preuve indubitable que je ne voulais pas qu'il parût .
Sa misérable excuse inventée au bout de quinze jours chez moi à Ferney augmente trop sa faute . Ce sculpteur , cet Antoine de qui il disait qu'il tenait l'ouvrage, a répondu à M. Damilaville que La Harpe en avait menti .
Je n’ai pas besoin de cet aveu d'Antoine pour être convaincu de l'infidélité cruelle dont La Harpe est coupable . Je savais bien dans quel portefeuille était cet ouvrage que je n'ai jamais donné à personne . Je savais dans quel endroit étaient d'autres papiers qui me manquent, et mon secrétaire 2(qui écrit cette lettre, attendu que je perds les yeux) a vingt fois averti La Harpe qu'il était très indécent de fouiller dans mon cabinet comme il faisait continuellement.
Ce qui est encore plus triste, c'est qu'il s'en faut bien qu'il ait réparé cette violation des droits de l'hospitalité . J'en ai été affligé plus que vous ne croyez, et cependant il peut dire si je lui ai fait le plus léger reproche . Mon banquier l'a cherché dans toutes les auberges de Lyon à son passage ; il faut qu'il ait pris une autre route .
Je vous répète que hors de vous et de M. Damilaville, je n'ai confié mon affliction à personne . Mme Denis m'a promis de garder le secret, et si elle en parle ce ne sera qu'à vous .
Vous ai-je dit qu'on imprime à Genève les ouvrages dangereux du savant Abauzit contre la Trinité, l'Apocalypse, l'éternité des peines et des mystères 3 ? cette édition fera beaucoup de mal . C'est un ministre calviniste qui s'en est chargé . Cela justifie bien votre article de Genève dans lequel vous avez raison en tout, excepté quand vous dites que le terrain est fertile ; car assurément il n'est fécond qu'en dissensions et en sophismes . Les querelles de Genève ressemblent parfaitement à une dispute de théologiens, on argüe depuis quatre ans sans vouloir s'entendre . Il n'y a aujourd'hui qu'un seul point sur lequel Genève soit d'accord, c'est sur le mépris et l'horreur que tous les honnêtes gens ont pour Calvin en étant calvinistes.
Riez, mon cher ami, et consolez un peu ce pauvre vieillard qui vous aime autant qu'il vous estime, et qui vous sera tendrement attaché jusqu'au dernier moment de sa vie .
V. »
1Original ; édition Charles Henry « Lettres inédites de Voltaire à d'Alembert d'après le manuscrit de la collection de M. Guillaume Guizot », Le Temps, 2 août 1884, qui omet tout ce qui concerne La Harpe (depuis [...] Si du moins M. de La Harpe ... jusqu'à Je vous répète que compris et ajoute en post scriptum un extrait de la lettre du 6 mars 1768 .
2 Wagnière .
3 Trois ouvrages d'Abauzit sont en préparation : Discours historique sur l'Apocalypse, 1770 [: https://fr.wikisource.org/wiki/Livre:Firmin_Abauzit-Disco... ;
Œuvres de feu M. Abauzit publiées par Manoël de Végobre, 1770, dont seulement le premier volume parut ;
et Œuvres diverses de M. Abauzit , édité par Paul-Claude Moultou, 1770-1773 : https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6259011n
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24/10/2023
il ne dit pas un mot de tout ce qui était indispensable, et il dit des sottises énormes
... Jean-Luc [Mélenchon, bien sûr], tu es ridicule à force d'être bêtement vindicatif, et comme la grenouille de la fable, trop enflé tu crèveras . Tes colères sont creuses et ne sont évidemment pas un programme de gouvernement et de progrès . Jamais tu ne seras calife à la place du calife bien que tu fasses de la lèche aux électeurs musulmans . Ferme-la ! on a besoin de paix .

https://www.lunion.fr/id528923/article/2023-10-10/lactu-v...
« Au chevalier Pierre de Taulès
A Ferney 5 mars 1768 1
Les trois quarts de la nouvelle édition du Siècle de Louis XlV sont imprimés, monsieur; et à moins que vous n'ayez quelques anecdotes sur le jansénisme, il ne m'est plus possible de vous en demander sur les affaires politiques. Je sais bien qu'il y a eu quelque politique dans les querelles des jansénistes et des molinistes mais en vérité elle est trop méprisable et c'est rendre service au genre humain que de donner à ces dangereuses fadaises le ridicule qu'elles méritent.
Quant au testament attribué au cardinal de Richelieu, vous pouvez, je crois, m'instruire avec liberté de tout ce que vous en savez, et en demander la permission à M. le duc de Choiseul, en lui montrant ma lettre. Mme la duchesse d'Aiguillon a fait chercher au dépôt des Affaires étrangères tout ce qu'elle a cru favorable à son opinion. Si vous avez quelques lumières nouvelles, je me rétracterai publiquement, et je dirai que le cardinal de Richelieu a fait en politique un ouvrage aussi ridicule et aussi mauvais en tout point qu'il en a fait en théologie. Mais jusque-là je croirai qu'il est aussi faux que ce ministre en soit l'auteur, qu'il est faux que celui qui ôte un moucheron de son verre puisse avaler un chameau 2.
La narration succincte, très mal composée par l'abbé de Bouzeis sous les yeux du cardinal de Richelieu 3, n'a rien de commun avec le testament. Elle démontre au contraire que le testament est supposé . Car, puisque cette narration récapitule assez mal ce qu'on avait fait sous le ministère du cardinal, le testament devait dire bien ou mal ce que Louis XIII devait faire quand il serait débarrassé de son ministre . Il devait parler de l'éducation du dauphin, des négociations avec la Suède, avec le duc de Weimar et les autres princes allemands, contre la maison d'Autriche; comment on pouvait soutenir la guerre et parvenir à une paix avantageuse; quelles précautions il fallait prendre avec les huguenots, quelle forme de régence il était convenable d'établir en cas que Louis XIII succombât à ses longues maladies, etc.
Voilà les instructions qu'un ministre aurait données, si en effet parmi ses vanités il avait eu celle de parler après sa mort à son maître . Mais il ne dit pas un mot de tout ce qui était indispensable, et il dit des sottises énormes, dignes du chevalier de Mouhi et de l'ex-capucin Maubert 4, sur des choses très inutiles.
Si vous voyez M. le chevalier de Beauteville 5, je vous supplie, monsieur, de vouloir bien lui présenter mon respect.
Aimez un peu, je vous en prie, un homme qui ne vous oubliera jamais. »
1Minute incomplète de la première phrase et des deux derniers paragraphes, avec mention de V* : « A M. le ch[evalier] de Taulès, 4 mars 1768 ». ; édition Supplément au recueil , également incomplète ;i a été suivie.
2Évangile de Matthieu, XXIII, 24 : https://www.aelf.org/bible/Mt/23
3 Voir, sur ce prétendu testament de Richelieu https://www.persee.fr/doc/bec_0373-6237_2004_num_162_2_463456
4 Sur Maubert de Gouvest, voir lettre du 24 octobre 1755 à Bertrand : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2012/04/09/on-dit-il-est-mort-et-puis-serre-la-file-et-on-est-oublie-po.html et https://dictionnaire-journalistes.gazettes18e.fr/journaliste/562-jean-maubert-de-gouvest
5 Beauteville est alors à Paris avec Taulès.
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Il faut être pour cela du métier des héros, et je n'ai pas l'honneur d'en être
... dira Emmanuel Macron, en Israël, à qui beaucoup reprochent de n'être pas assez engagé pour faire revenir cette région en paix, ménager Israël, ménager les Palestiniens et éradiquer Hamas : cul entre deux chaises !
Et pendant ce temps Mélenchon pourrit à grande vitesse . Même pas bon à jeter au compost .
« A Anne-Madeleine-Louise-Charlotte-Auguste de La Tour du Pin de Saint-Julien
M. Dupuits, madame, est allé à Paris vous faire sa réponse. J'en aurais bien fait autant que lui, si j'avais son âge mais il faut que [je] reste dans mon tombeau de Ferney.
J'ai envoyé ma nièce et ma fille adoptive à Paris, pour arranger de malheureuses affaires que vingt ans d'absence avaient entièrement délabrées 1. Ce sont bien plutôt leurs affaires que les miennes, car j'achève ma vie avec peu de besoins et si j'étais à Paris, mon premier devoir serait de vous faire ma cour. Il est vrai que je ne pourrais aller à vos rendez-vous de chasse -- pour les autres rendez-vous, ce n'est pas mon affaire . Il faut être pour cela du métier des héros, et je n'ai pas l'honneur d'en être.
Je vous souhaite, madame, autant de plaisir que vous en méritez. Agréez les vœux et les respects de votre très humble et obéissant serviteur.
V.
4è mars 1768 à Ferney
P. S. Ne lisez point, madame, ce plat rogaton 2; mais donnez-le à M. l'abbé de Voisenon, afin qu'il l'aiguise. »
1Dans sa lettre à Mme de Florian, du 4 avril 1768 (https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k4113622/f10.item.t... ) Voltaire se plaint de l'humeur de Mme Denis. Les Mémoires secrets du 30 mars 1768 disent que la séparation venait de querelles domestiques. Wagnière (Mémoires sur Voltaire, etc., 1826, II, 269) dit que Voltaire chassa Mme Denis. Malgré ses graves sujets de mécontentement, le philosophe fit à sa nièce une pension de 20,000 francs.
2 Lettre de l’archevêque de Cantorbéry à l'archevêque de Paris.
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23/10/2023
cela n'était clair que pour des hommes qui n'écoutent que la raison
... Qu'en est-il du conflit détestable Israel-Hamas : https://www.francetvinfo.fr/monde/proche-orient/israel-pa...

« A Jean-Baptiste-Jacques Élie de Beaumont
4è mars 1768
Mon cher patron des infortunés, le départ de ma nièce et de la petite-nièce du grand Corneille, qui vont passer quelques mois dans votre ville, et toutes les difficultés qu'on trouve dans nos déserts quand il faut prendre le moindre arrangement, m'ont empêché de vous remercier plus tôt de votre lettre du 12 février, et de votre excellent mémoire pour ces pauvres gens de Sainte-Foy. Franchement notre jurisprudence criminelle est affreuse . Les accusés n'auraient pas resté vingt-quatre heures en prison en Angleterre et nous osons traiter les Anglais de barbares, parce qu'ils ne sont pas si gais et si frivoles que nous! Leurs lois sont en faveur de l'humanité, et les nôtres sont contre l'humanité.
A l'égard des Sirven, pour qui vous aviez attendri tant de cœurs, je sais qu'on a ménagé le parlement de Toulouse, à qui on n'a pas voulu ravir le droit de juger un Languedochien 1, mais pourquoi vient-on de ravir au parlement de Besançon le droit de juger un Franc-Comtois? Fantet avait été déclaré innocent par ses juges naturels ; on l'envoie à Douai, à cent cinquante lieues de chez lui, pour le faire déclarer coupable, tandis qu'on livre les pauvres Sirven, les plus innocents des hommes, à la barbarie de leurs ennemis. Je respecte assurément le Conseil mais je pleure sur tout ce que je vois. Il est clair comme le jour que les pistolets n'appartenaient point à M. de La Luzerne ; mais cela n'était clair que pour des hommes qui n'écoutent que la raison, et non pour ceux qui sont asservis aux formes judicielles. Il n'y avait nulle preuve sur les pistolets, et il y en avait sur les coups d'épée donnés par derrière . M. de La Luzerne a été condamné dans la rigueur de la loi mais la loi ne disait pas qu'il dût lui en coûter la plus grande partie de son bien.
Je serai bien content des parlements, s'ils s'accordent tous à faire des feux de joie de la bulle du pauvre Rezzonico12. Il me semble que ce serait un bon tour à lui jouer que de déclarer qu'il paraît un certain libelle qu'on met impudemment sur le compte du pape, et que, pour venger cet outrage fait à Sa Sainteté, on jette au feu ledit libelle au bas du grand escalier. Voilà ce que j'appellerais une très bonne jurisprudence. Une bonne jurisprudence encore, et la meilleure de toutes, est celle qui met M. et Mme de Canon en possession de leur terre. Je leur souhaite toutes les prospérités qu'ils méritent . Ils connaissent mes respectueux sentiments.
V. »
1Voir lettre du 4 août 1766 : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2010/08/02/dans-votre-pays-on-fait-le-mal-assez-vite-et-qu-on-l-oublie.html
2 Sur cette bulle, voir lettre du 1er mars 1768 à Alexandre d'Hornoy : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2023/10/15/vos-confreres-feront-bien-mieux-d-obtenir-la-suppression-de-6466025.html
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