14/01/2025
Toute loi qui contredit la nature est bien injuste !
... Et l'imbécile malveillant Trump n'a toujours pas voulu s'en rendre compte, angoissé qu'il est de perdre ses dollars .

« A Derrey de Roqueville 1
Ferney, 12 juillet 1769 2
Je vous dois, monsieur, autant de remerciements que d’éloges. Vous êtes une preuve de ce que j’ai dit publiquement, que l’éloquence qui régnait à Paris, sous le grand siècle de Louis XIV, se réfugie aujourd’hui en province 3. Je serais bien étonné si Louis Dussol 4 ne vous doit pas sa fortune : il est pauvre, il doit donc partager avec les pauvres ; il est de la famille, il doit donc avoir la meilleure part 5. Voilà comment la nature jugerait ce procès, si on lui faisait l’honneur de la consulter. Toute loi qui contredit la nature est bien injuste !
Pardonnez à un vieillard malade, qui répond tard, et quand il peut.
J'ai l'honneur d'être avec toute l'estime que vous méritez, monsieur, votre , etc. »
1 Pierre Derrey de Roqueville : https://gw.geneanet.org/pierfit?lang=fr&n=derrey+de+roqueville&p=pierre
et https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b10000302p/f361.image
et : https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b10000302p/f366.image
et : https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b10000302p/f365.image
2Copie contemporaine (Osborn) ; éd. Beuchot, ( d'après copie datée par l'éditeur « Le 1777 ») ; Œuvres complètes de Voltaire, 1870 qui complète le texte et la date sans dire d'après quelles source et sans la formule .
3 Peut-être V* pense-t-il à la conclusion du Précis du Siècle de Louis XV , qui , pourtant, ne dit pas exactement cela (Voir Œuvres historiques : https://fr.wikisource.org/wiki/Pr%C3%A9cis_du_si%C3%A8cle_de_Louis_XV/Chapitre_43 ).
4 Louis Dussol réclamait devant le parlement de Toulouse l’héritage d’un frère qui, revenant d’Amérique, où il s’était enrichi, et se croyant sans famille, avait légué sa fortune aux hospices.(Beuchot).
5 Note de Beuchot : « Les conjectures de Voltaire ne se réalisèrent pas . Le 18 mai 1778, un arrêt du parlement de Toulouse adjugera à l’hôpital de Montpellier la riche succession de Dussol aîné, qui, parti de France avant la naissance de Louis Dussol son frère, avait, à son retour, ignorant son existence, institué pour son légataire universel l'hôpital de Montpellier . Cette générosité fit du bruit dans le pays : Louis Dussol, chargé d'une nombreuse famille, dans un état voisin de la misère, réclama la succession, et comme frère du défunt et comme étant au rang des pauvres dont Dussol aîné avait voulu être le bienfaiteur ; mais Louis Dussol ne fut pas trouvé dan l'état de pauvreté absolue qu'exige la jurisprudence pour faire participer les parents pauvres aux libéralités de leurs parents ; et l'hôpital de Montpellier resta propriétaire de la succession. »
Voir : https://archives-pierresvives.herault.fr/archive/fonds/FRAD034_3_HDT/
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13/01/2025
Vous devez être excédé de lettres et de demandes
... M. Bayrou, dont celles de l'UNEDIC , qui ne sont pas des moindres : https://www.europe1.fr/economie/les-gestionnaires-de-lune...
« A Louis-François-Armand du Plessis, duc de Richelieu
À Ferney, 10 juillet [1769]
Le plus vieux et le plus attaché de vos serviteurs ne vous importune, monseigneur, que dans les occasions qui fournissent quelque excuse. Vous devez être excédé de lettres et de demandes. C’est toujours au doyen de notre Académie que j’écris, et non au gouverneur, au premier gentilhomme de la chambre . Vous souviendrez-vous des Mémoires de Maintenon faits par La Beaumelle, et de quelques autres brochures dans ce goût qui calomnient les plus grandes maisons du royaume, à commencer par la famille royale ? Vous daignâtes me marquer ce que vous en pensiez. Il paraît dans les pays étrangers un livre assez curieux écrit dans ce style . C’est l’Histoire du Parlement. Je n’ai rien à dire contre le premier volume . Il fait voir que le parlement tire toute sa dignité des pairs. J’ai toujours été de cet avis. Il y a d’ailleurs, dans ce premier tome, des anecdotes dont je ne puis juger : il faudrait avoir consulté le greffe. Je doute que La Beaumelle ait été à portée de fouiller dans ces archives, et c’est ce qui me fait suspendre toute idée sur le nom de l’auteur.
Pour le second tome, j’en trouve la fin non seulement fausse, mais excessivement indécente, et je l’ai dit hautement. L’auteur, quel qu’il soit, s’efforce de faire passer son ouvrage sous mon nom : je suis accoutumé à ces impostures ; mais celle-ci m’afflige. Je suis d’un corps dont vous êtes le principal membre, et dont le roi est protecteur. À la bonne heure qu’on impute à ma vieillesse de plats vers et de la prose languissante . Mais certainement il y a, dans ce second tome, des expressions impertinentes qui devraient déplaire au roi, s’il n’était pas trop grand pour être seulement instruit de ces sottises. Dans l’indignation où je suis qu’on m’impute un pareil ouvrage, je ne puis que déclarer que l’auteur est très mal avisé, qu’il est un impudent, et que je réprouve son livre, qui est plein d’erreurs.
Qu’il me soit encore permis de dire à mon doyen (dont je suis le doyen par l’âge 1) qu’on achève actuellement deux nouvelles éditions du Siècle de Louis XIV et de Louis VI . Ce sont des monuments de votre gloire. Ils vaudraient mieux si j’avais pu recevoir vos instructions ; mais tels qu’ils sont, puis-je les présenter au roi ? Daignerez-vous me dire si je dois prendre cette liberté ? M. de Saint-Florentin le croit ; mais je ne veux rien faire sans vous consulter. Donnez-moi cette marque de vos anciennes bontés. Je suis honteux de vous ennuyer d’une si longue lettre ; mais mon héros a toujours été indulgent pour moi. Je me flatte qu’il le sera encore, en daignant m’apprendre par un mot ce que je dois faire. J’attends cette grâce de lui, et je lui renouvelle mon très vieux et très tendre respect. »
1 Ce même 10 juillet 1769 V* écrit de sa main le testament suivant . Voir aussi la lettre du 17 juillet 1769 à Mme Denis .
« Mon testament
J'institue Mme Denis ma nièce mon héritière universelle.
Je prie M. l'avocat Christin d'être mon exécuteur testamentaire .
Je lègue à Mme de Florian ma nièce cinquante mille francs .
à M. l'abbé Mignot cinquante mille francs
à M. d'Hornoy cinquante mille francs
à M. Christin un diamant de mille francs outre les quinze cents francs dont je lui ai fait don
au sieur Wagnière dix mille francs, outre les 400 livres de rente viagère qu'il a sur la Compagnie des Indes entre les mains de M. de Laleu
au sieur Bigex douze cents francs
à M. et Mme Dupuits un diamant de 2400 livres
à Mlle Maton 400 livres
à la Barbéra 300 livres
à mes domestiques mille francs que Mme Denis partagera entre eux convenablement
aux pauvres de Ferney, s'il y en a , 300 livres
à la famille Sirven 2400 livres.
Mes papiers sont en ordre, on les trouvera dans mon grand secrétaire avec de l'argent comptant.
Plus je lègue à M. l'abbé Adam trois mille francs
à Mlle Nollet cinq cents livres.
Je prie ma nièce Mme Denis de rendre à M. Durey les billets que j'ai de lui si je meurs avant l’échéance . Je le prie d'accepter un diamant de 2400 livres.
On nourrira toute la maison jusqu'à l'arrivée de Mme Denis ou jusqu'aux ordres de ses ayant cause .
Comme il est difficile d'assembler sept personnes pour signer ce testament selon l'usage et que je peux mourir avant que le notaire soit venu, j'avertis que les testaments olographes sont valables au pays de Gex.
F. M. Arouet de Voltaire
10 juillet 1769
Plus je lègue à M. Thieriot un diamant de deux mille quatre cents livres .
10 juillet . F. M. Arouet de Voltaire
Si je meurs de ma maladie j'avertis Mme Denis que M. Jeanmaire trésorier de M. le duc de Virtemberg est redevable de vingt-six mille livres qu'il a pris [sic] sur mes quartiers .
Je ne dois que le courant . Toutes mes affaires sont en règle . »
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je ne garderai pas le silence
...
« A Marie-Louise Denis
9è juillet 1769
Voici, ma chère nièce, une seconde lettre que j'écris au Mercure 1. L'accusation me paraît si absurde que je ne crois pas devoir la traiter trop sérieusement . J'ai lu dans l'ouvrage qu'on m'impute deux ou trois chapitres qui ne peuvent être tirés que d'un greffe poudreux où je n'ai certainement jamais mis les pieds . Plusieurs personnes attribuent cet ouvrage à La Beaumelle . Il est vrai que c'est son style, mais Dieu me garde d'accuser jamais personne, ni même de laisser la moindre soupçon sur mon ennemi quand je n'ai pas de preuve 2. Tout ce que je sais c'est que l'ouvrage a été imprimé en Hollande, et je vous ai mandé que M. Marin m'en avait instruit . Je ne doute pas que les personnes qui aiment la vérité et qui s'intéressent à moi, ne fassent taire la calomnie ; leur voix sera plus écoutée que la mienne , mais je ne garderai pas le silence . Je vais écrire même à M. le maréchal de Richelieu .
Cette ridicule aventure vient mal à propos pour Les Guèbres 3 . Ma plus grande consolation est dans la vivacité avec laquelle vous prenez cette affaire . Je suis persuadé que vous, vos parents et vos amis vous détromperez ceux qui se plaisent à être les échos de l'imposture . J'en ai essuyé beaucoup dont je me suis moqué, mais celle-ci m'afflige . Il faut attendre un mois pour que les journaux parlent, et pendant ce temps-là les bruits redoublent .
Je n'aurai M. le marquis de Jaucourt que vers le 15 .
Vous pouvez m'écrire, ma chère nièce, sous l'enveloppe de M. Lavergne 4 .
Je vous embrasse tendrement . Je suis pénétré de votre amitié . »
1 Lettre du même jour : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2025/01/12/m-6530743.html
2 Ces deux phrases depuis Plusieurs personnes […] ont été biffées par Mme Denis sur l'original .
3 Ces deux mots sont biffés par Mme Denis qui y substitue l'ouvrage que vous aimez .
4 Phrase biffée par Mme Denis .
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