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07/10/2009

J’y passe ma vie entre le travail et le plaisir

Est-ce ainsi qu'on écrit encore à sa maitresse au XXIème siècle ?

Non ! Un SMS du style : "mdr je kif grave les NL  prépare la couette, j'arrive avant les grands froids. Slt au cocu ; A+ ".

Je ne maitrise pas encore assez cette langue étrangère pour garantir un texte complet . Je vais tenter l'opération, promis , ça doit valoir son pesant de cacahuètes . Mais pas ce soir, je suis à la bourre . Vite j'enregistre pour que la lettre du 7 soit en ligne .

 

 

 Petit rajout du 8 : http://www.dailymotion.com/video/xq85_jacques-brel-amster...

pour vous mettre dans l'ambiance portuaire ...

 

 

 

« A Marguerite-Madeleine du Moutier, marquise de Bernières

 

 

                   Votre lettre a mis un nouvel agrément dans la vie que je mène à La Haye [Sa liaison avec la Marquise de Bernières n’est pas rompue, mais il fait le voyage en Hollande avec une jeune veuve Mme de Ruppelmonde]. De tous les plaisirs du monde, je n’en connais point de plus flatteur que de pouvoir compter sur l’amitié d’une dame aussi estimable que vous. Je resterai encore quelques jours à La Haye pour y prendre toutes les mesures nécessaires sur l’impression de mon poème [Faute de privilège en France, par le veto de Fleury, précepteur de Louis XV, qui lui reproche d’avoir loué l’amiral de Coligny et la reine Élisabeth d’Angleterre. A la Haye, il conclut un marché avec le libraire Le Viers, lance une souscription qui est annoncée dans La Gazette de Hollande à partir du 6 octobre, mais finalement, cette édition ne verra pas le jour. Il tient à ce qu’on donne l’édition de la Henriade comme le but de son voyage ; le 2 il disait à Thiriot : « … je vous prie de répandre que j’ai été en Hollande pour prendre des mesures sur l’impression de mon poème et point du tout pour y voir M. Rousseau (Jean-Baptiste, exilé). »] . Et je partirai lorsque les beaux jours finiront, il n’y a rien de plus agréable que La Haye quand le soleil daigne s’y montrer. On ne  voit ici que des prairies, des canaux, et des arbres verts ; c’est un  paradis terrestre depuis La Haye à Amsterdam ; j’ai vu avec respect cette ville qui est le magasin de l’univers. Il y avait plus de mille vaisseaux dans le port. De cinq cent mille hommes qui habitent Amsterdam, il n’y en a pas un d’oisif, pas un pauvre, pas un petit-maître, pas un homme insolent. Nous rencontrâmes le Pensionnaire [premier ministre] à pied sans laquais au milieu de la populace. On ne voit là personne qui ait de cour à faire, on ne  se met point en haie pour voir passer un prince, on ne connait que le travail et la modestie. Il y a à La Haye plus de magnificence et plus de société par le concours des ambassadeurs. J’y passe ma vie entre le travail et le plaisir et je vis ainsi à la hollandaise et à la française. Nous avons ici un opéra détestable mais en revanche je vois des ministres calvinistes, des arminiens, des sociniens, des anabaptistes qui parlent tous à merveille et qui en vérité ont tous raison. Je m’accoutume tout à fait à me passer de Paris, mais non pas à me passer de vous. Je vous réitère encore mon engagement de venir vous trouver à La Rivière si vous y êtes encore au mois de novembre. N’y restez pas pour moi mais souffrez seulement que je vous y tienne compagnie si votre goût vous fixe à la campagne pour quelque temps. Permettez –moi de présenter mes respects à M. de Bernières et à tout ce qui est chez vous .Je suis toujours avec un dévouement très respectueux votre très humble et obéissant serviteur Volt.

 

                            A La Haye ce 7 octobre 1722. »

Il y a une sorte de gloire, et du repos dans le refus

Le titre de cette note est une dédicace à "la dame de mes pensées" .

 

 

 

Volti a une oeuvre tellement vaste que je me rends compte que je pourrai passer le reste de ma vie en mettant ses pensées pour les miennes ; il est un philosophe en prise avec le monde réel, ce n'est pas un coupeur de cheveux en quatre (un sodomiseur de drosophiles, comme on dit poliment ! ) et ça me plait .

 

 

 

 

"Il me semble que c’est un assez beau siècle que celui où les gens de lettres balancent de se rendre à la cour des rois, mais s’ils ne balancent point, le siècle sera bien plus beau": vous remplacez "la cour des rois"   par "la télévision lèche-bottes" et vous actualisez la pensée de Volti aisément . (vous pouvez être d'un avis contraire, mes frères et soeurs bloggers ; dites le moi ! )

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

« A Pierre-Louis Moreau de Maupertuis

de l’Académie

rue sainte Anne à Paris

 

                   Vous devez mon cher aplatisseur de globe [des mesures prises en Laponie en 1736 lors de son expédition, Maupertuis a conclu que la terre est aplatie aux pôles], avoir reçu une invitation de vous rendre à Berlin. On compte que nous pourrons y arriver ensemble [Frédéric avait écrit à Jordan le 17 septembre de dire à Maupertuis et à V* qu’ils « lui ferai(en)t plaisir de venir en novembre ou décembre à Berlin » ; Maupertuis était revenu en France après l’aventure de Molwitz quelque peu irrité contre V* qui le 1er juillet avait alors envoyé une lettre de justification où il alléguait sa « franchise »], mais pour moi je n’irai qu’à Cirey. Je pourrai bien passer par Paris avec madame du Châtelet. J’espère au moins que je vous y verrai ; si vous n’êtes pas assez philosophe pour préférer le séjour de l’amitié à la cour des rois, vous le serez peut-être assez pour ne vous pas déterminer si tôt à retourner en Prusse. Mandez moi, je vous prie, quelles sont vos résolutions si vous en avez. Examinez-vous, et voyez ce que vous voulez. Ceci est une affaire de calcul. Il y a une sorte de gloire, et du repos dans le refus, il y a une autre gloire et des espérances dans le voyage. C’est un  problème que vous pouvez trouver difficile à résoudre et qui est certainement embarrassant. Je conçois très bien que ceux qui sont assez heureux pour vivre avec vous décideront que vous devez rester, mais le problème ne doit être résolu que par vous. Ne montrez point ma lettre je vous prie, n’en parlez point. Et si vous faites quelque cas de moi, mandez moi ce que vous pensez. Je vous promets le plus profond secret. Je vous renverrai même votre lettre si vous voulez. Il me semble que c’est un assez beau siècle que celui où les gens de lettres balancent de se rendre à la cour des rois, mais s’ils ne balancent point, le siècle sera bien plus beau. Je suis toujours au rang de vos plus tendres et de vos plus fidèles serviteurs.

 

                            Voltaire

                            6 octobre 1741. »