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13/11/2009

je tremble toutes les fois que je vous présente un article

http://www.wat.tv/video/ray-charles-for-mama-1jd8u_18ept_...

Si vous n’avez pas les larmes aux yeux, vous êtes des cœurs de pierre !

Seul le hasard m’a fait trouver cette version de La Mamma, et mon affection pour Ray ne fait qu’en grandir, si c’était encore possible .

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«A Jean Le Rond d’Alembert

 

                   Aux Délices, où nous voudrions bien vous tenir, 13 novembre 1756

 

 

                            Mon cher Maître, je serai bientôt hors d’état de mettre des points et des virgules à votre grand trésor des connaissances humaines [l’Encyclopédie]. Je tâcherai pourtant, avant de rejoindre l’archimage Yebor [anagramme de Boyer mort en 1755, et nom d’un personnage de Zadig] et ses confrères, de remplir la tâche que vous vouliez me donner.

 

                            Voici Froid et une petite queue à Français [les deux dernières colonnes de l’article qui traitent de l’histoire de la langue.] par un a, Galant et Garant ; le reste viendra si je suis en vie.

 

                            Je suis bien loin de penser qu’il faille s’en tenir aux définitions et aux exemples [le 9 octobre V*  lui avait écrit : « Je suis encore fâché qu’on fasse des dissertations … Je voudrais partout la définition et l’origine du mot avec des exemples. »]  ; mais je maintiens qu’il en faut partout, et que c’est l’essence même de tout dictionnaire utile. J’ai vu par hasard quelques articles de ceux  qui se font, comme moi les garçons de cette grande boutique ; ce sont, pour la plupart, des dissertations sans méthode. On vient d’imprimer dans un journal l’article Femme, qu’on tourne horriblement en ridicule. Je ne peux croire que vous ayez souffert un tel article dans un ouvrage si sérieux : Chloé presse du genou un petit-maître, et chiffonne les dentelles d’un autre [le texte exact est : «  … à une table de jeu… elle (Chloé) répond du genou à l’un , serre la main d’un autre en louant ses dentelles , et jette en même temps quelques mots à un troisième. » L’article est signé par Desmahis.]. Il semble que cet article soit fait par le laquais de Gil Blas.

 

                            J’ai vu Enthousiasme [de Cahusac], qui est meilleur ; mais on n’a que faire d’un si long discours pour savoir que l’enthousiasme doit être gouverné par la raison. Le lecteur veut savoir d’où vient ce mot, pourquoi les anciens le consacrèrent à la divination, à la poésie, à l’éloquence, au zèle de la superstition ; le lecteur veut des exemples de ce transport secret de l’âme appelé enthousiasme ; ensuite il est permis de dire que la raison qui préside à tout, doit aussi conduire ce transport. Enfin je ne voudrais dans votre Dictionnaire  que vérité et méthode. Je ne me soucie  pas qu’on me donne son avis particulier sur la Comédie, je veux qu’on m’en apprenne la naissance et les progrès chez chaque nation : voilà ce qui plait, voilà ce qui instruit. On ne lit point ces petites déclamations dans lesquelles un auteur ne donne que ses propres idées qui ne sont qu’un sujet de dispute. C’est le malheur de presque tous les littérateurs d’aujourd’hui. Pour moi, je tremble toutes les fois que je vous présente un article. Il n’y en a point qui ne demande le précis d’une grande érudition. Je suis sans livres, je suis malade, je vous sers comme je peux. Jetez au feu ce qui vous déplaira.

 

                            Pendant la guerre des parlements et des évêques [le roi devra tenir un lit de justice le 13 décembre ], les gens raisonnables ont beau jeu, et vous aurez le loisir de farcir l’Encyclopédie de vérités qu’on n’eût pas osé dire il y a vingt ans ; quand les pédants se battent, les philosophes triomphent.

 

                            S’il est temps encore de souscrire, j’enverrai à Briasson l’argent qu’il faut : je ne veux pas de son livre autrement. Mme Denis vous fait les plus tendres compliments ; je vous en accable. Je suis fâché que le  philosophe Duclos ait imaginé que j’ai autrefois donné une préférence à un prêtre sur lui [V* a certainement soutenu l’abbé La Ville –protégé du marquis d’Argenson- contre Duclos lors d’une élection à l’Académie en juin 1746]; j’en étais bien loin, et il s’est bien trompé. Adieu, achevez le plus grand ouvrage du monde.

 

                            Voltaire. »

Commentaires

Merci, Mister James, pour toutes les lettres de Volti que vous mettez en ligne et que je ne connais point et aussi de vos liens musicaux que j'adore !

Tout cela est un vrai régal !!!!

Merci, infiniment.

Continuez à nous régaler ; c'est réellement un grand bonheur. En tout cas pour moi !

LV.

Écrit par : lovevoltaire | 13/11/2009

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