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03/04/2012

La vie n'est qu'un contre-temps perpétuel, heureuse encore, quand elle n'est qu'un contre-temps.

 ... comme la perte de mon téléphone et surtout de son répertoire qui ,lui, était plus fiable que ma mémoire d'homo sapiens sapiens . Saint Antoine de Padoue est, soit sourd, soit peut-être vénal, car il n'a toujours pas exaucé ma demande de retrouvaille !

Vai-je faire appel à Ste Rita, celle des causes désepérées ?

 En musique : http://www.youtube.com/watch?v=nrmPwamS-PQ


Petit contretemps photo ...

espècedematouvu3962.JPG

... pour une espèce de matou vu !

 

« A M. DE BRENLES.

Aux Délices, 26 septembre [1755] 1

J'allais à Monrion, mon cher philosophe je venais vous embrasser, je jouissais par avance des consolations de votre commerce aussi sûr que délicieux, j'étais déjà en route, j'avais couché à Prangins, lorsque Mme de Giez m'apprend par un courrier le danger où est son mari. J'aime M. de Giez véritablement; je lui ai confié une partie de mes affaires, il m'a paru avoir toute la bonne foi de votre pays, je serais inconsolable de sa perte. Il est dans ma maison avec toute sa famille; je ne regrette point d'en être privé, s'il peut y retrouver sa santé, je ne voudrais y être que pour lui donner mes secours mais je suis retombé dans mes maux ordinaires, et me voici malade auprès de Genève,
tandis que tout mon petit bagage est auprès de Lausanne. La vie n'est qu'un contre-temps perpétuel, heureuse encore, quand elle n'est qu'un contre-temps.
Vous avez dû recevoir, mon cher ami, un exemplaire de l'Orphelin de la Chine par la voie de M. Galatin 2, directeur des postes de Genève, qui s'est chargé de vous le faire parvenir. Il est bien triste que cette maudite Pucelle paraisse, après trente ans, dans le monde, à côté d'ouvrages sérieux et pleins de morale c'est un contraste qui afflige ma vieillesse.
Vous savez que, sur le réquisitoire du conseil de Genève, Bousquet a été obligé de donner l'original de ce Mémoire scandaleux et calomnieux de Grasset, qu'il avait répandu dans Lausanne. Le conseil de Genève vient de donner un décret de prise de corps contre Grasset. C'est là une réfutation assez authentique mais il est triste d'en avoir eu besoin.
Je me flatte que Bousquet sera assez sage pour ne plus se servir d'un pareil homme.

Adieu, jusqu'au moment où je pourrai enfin jouir de Monrion et de votre société. Adieu, mon cher philosophe . Mme Denis et moi nous présentons nos obéissances à celle qui fait la douceur de votre vie, et à qui vous le rendez si bien. »

 

 

 

1 Cette lettre est, à peu de chose près, copie conforme de celle du même jour adressée à Elie Bertrand . Voir : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2012/04/03/il-n-y-a-de-consolation-que-dans-une-resignation-entiere-a-l.html

 

2 La famille Gallatin (et non Galatin) est fort connue à Genève. Un de ses membres, J.-L. Gallatin, mort en 1783, fut, comme médecin, l'un des disciples les plus distingués de Tronchin.

 

 

il n'y a de consolation que dans une résignation entière à la volonté d'un Être suprême

... qui ne se nomme surtout pas Nicolas S. , Jean-Luc M., Marine L., François H., Nicolas D.-A., Jacques C.

A contrario, je trouve plutôt une formidable consolation dans une révolte sans trêve contre l'arbitraire de dirigeants déconnectés de la vie ordinaire de gens ordinaires comme moi .

Au fait, l'être suprême, je l'ai photographié ce matin !

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« A M. Élie BERTRAND.

Aux Délices, 26 septembre [1755]

 


De nouveaux contre-temps très-tristes, mon cher monsieur, me privent, cette année, du plaisir que je me préparais de venir vous embrasser à Berne. Je partais pour Monrion, lorsqu'un courrier, dépêché par Mme de Giez, femme de mon banquier, vint m'apprendre que son mari était à la mort, dans ma maison que je lui ai prêtée, et où je venais d'envoyer tout mon petit bagage. Ce M. de Giez est non-seulement mon banquier, mais mon ami. Je n'ai senti que l'affliction que me cause son triste état. S'il en réchappe, sa convalescence sera longue, et je lui laisse de grand cœur ma maison, où il est avec toute sa famille. Si nous le perdons, ce seront encore de très-grands embarras joints à ma douleur. La vie est remplie de ces traverses, jusqu'au dernier moment. Ma santé est toujours très-languissante il n'y a de consolation que dans une résignation entière à la volonté d'un Être suprême. Quel cruel contraste entre ces réflexions et la gaieté un peu indécente de ces anciens fragments de la Pucelle,
qu'on assure être imprimés! Cette nouvelle achève de me désespérer. Je vous prie, monsieur, de vouloir bien présenter mes respects à M. le colonel Jenner, aussi bien qu'à M. le banneret de Freudenreich.

Vous ignorez peut-être que le conseil de Genève a fait un réquisitoire à celui de Lausanne, pour se faire représenter le Mémoire scandaleux et calomnieux du nommé Grasset. Le libraire Bousquet a été obligé de donner l'original de ce mémoire, sur la lecture duquel le conseil de Genève a décerné un décret de prise de corps contre Grasset. Je ne pouvais, ce me semble, avoir une meilleure réfutation mais enfin cette affaire est toujours désagréable. Oserais-je vous supplier de faire parvenir cette nouvelle à monsieur le secrétaire de votre consistoire, qui m'a paru être informé du Mémoire de Grasset, et de l'effet dangereux qu'il pouvait produire? Mme Denis vous fait mille compliments.
Je vous suis tendrement attaché, à la vie et à la mort. »