05/04/2012
ceux qui disaient qu'il s'était passé entre eux quelque chose de contraire aux lois de la chevalerie étaient des malavisés
No comment !!...
... Quoique ...!!


« A madame Louise Dorothée von Meiningen, duchesse de SAXE-GOTHA
Aux Délices, près de Genève, 9 octobre 1755.
Madame, les bontés dont Votre Altesse sérénissime honore un pauvre orphelin chinois me laissent espérer qu'elle ne dédaignerait pas de jeter ses regards sur sa sœur Jeanne, c'est aussi une espèce d'orpheline, car elle n'est pas reconnue par son père. Je viens d'apprendre, madame, qu'on a imprimé cette rapsodie en Hollande, et qu'on la vend à Francfort chez un nommé Esslinger; ce n'est plus la peine de confier cette grosse créature à M. de Valdener. Votre Altesse sérénissime l'aura bien plus tôt par Francfort, si elle veut s'en amuser. Je ne réponds pas qu'il n'y ait pas dans la vie de cette héroïne quelques aventures peu dignes d'Ernest le Pieux; mais elle vivait dans un siècle où on n'y entendait pas finesse. Monstrelet, historiographe de Charles VII, dit qu'il fit prêter serment sur l'Évangile aux domestiques de ce prince, pour savoir la vérité touchant les amours honnêtes de Sa Majesté et d'Agnès Sorel, que tous jurèrent que le roi s'était borné à la conversation familière et à baiser quelquefois la main d'Agnès; que s'il en avait eu de beaux enfants, c'était en tout bien et en tout honneur, et que ceux qui disaient qu'il s'était passé entre eux quelque chose de contraire aux lois de la chevalerie étaient des malavisés. Pour moi, madame, qui ai perdu de vue depuis longtemps cette partie de l'histoire de France, je ne puis que m'en rapporter aux lumières et au jugement des personnes indulgentes, et implorer votre miséricorde.
Certainement si madame la duchesse de Gotha ne me condamne pas, si la vertu et les grâces me donnent l'absolution, si une grande maîtresse des cœurs et des mœurs ne fait pas scrupule de s'amuser à ces bagatelles, personne n'est en droit de me faire des reproches. Je me souviens que je lisais autrefois cette bagatelle à la reine mère, à Berlin, en présence de la princesse Amélie, qui était cachée dans un petit coin, et qui ne perdait pas sa part.
Je suis très-fâché que cette plaisanterie soit imprimée mais enfin, si elle peut faire passer quelques moments à Votre Altesse sérénissime qui ne soient pas des moments d'ennui, je serai bien consolé. Que ne puis-je, madame, venir me mettre à vos pieds et renouveler à Votre Altesse sérénissime et à toute votre auguste famille mon attachement, ma reconnaissance et mon profond respect. »
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quelques autres jeunes têtes de mon âge, n'ont ni tragédies ni comédies nouvelles à vous donner
Les femmes de ces lieux ne peuvent m'abuser;
Je n'ai que trop connu leurs larmes infidèles.
... dixit le trèfle .
« A mademoiselle Claire-Josèphe-Hippolyte Léris de La Tude Clairon
Aux Délices, 8 octobre [1755]
J'ai beaucoup d'obligations, mademoiselle, à M. et à Mme d'Argental mais la plus grande est la lettre que vous avez eu la bonté de m'écrire. J'ai fait ce que j'ai pu pour mériter leur indulgence, et je voudrais bien n'être pas tout à fait indigne de l'intérêt qu'ils ont daigné prendre à un faible ouvrage, et des beautés que vous lui avez prêtées mais, à mon âge, on ne fait pas tout ce qu'on veut. Vous avez affaire, dans cette pièce, à un vieil auteur et à un vieux mari, et vous ne pouvez échauffer ni l'un ni l'autre. J'ai envoyé à M. d'Argental quelques mouches cantharides pour la dernière scène du quatrième acte, entre votre mari et vous; et comme j'ai, selon l'usage de mes confrères les barbouilleurs de papier, autant d'amour-propre que d'impuissance, je suis persuadé que cette scène serait assez bien reçue, surtout si vous vouliez réchauffer le vieux mandarin par quelques caresses dont les gens de notre âge ont besoin, et l'engager à faire, dans cette occasion, un petit effort de mémoire et de poitrine.
Au reste, mademoiselle, je vous supplie instamment de vouloir bien conserver, sans scrupule, ces deux vers au premier acte
Voilà ce que cent voix, en sanglots superflus,
Ont appris dans ces lieux à mes sens éperdus.
(Scène 1.)
Vous pouvez être très-sûre que les sanglots n'ont pas d'autre passage que celui de la voix; et, si on n'est pas accoutumé à cette expression, il faudra bien qu'on s'y accoutume. Je vous demande grâce aussi pour ces vers
Les femmes de ces lieux ne peuvent m'abuser;
Je n'ai que trop connu leurs larmes infidèles.
(Acte III, scène 1.)
Le parterre ne hait pas ces petites excursions sur vous autres, mesdames.
Je prie Gengis de vouloir bien dire, quand vous paraissez
Que vois-je ? est-il possible 0 ciel 1 ô destinée!
Ne me trompé-je point? est-ce un songe, une erreur
C'est Idamé, c'est elle et mes sens, etc.
(Acte III, scène 1.)
Je suppose que vous ménagez votre entrée de façon que Gengis-kan a le temps de prononcer tout ce bavardage. Je demande instamment qu'on rétablisse la dernière scène du quatrième acte, telle que je l'ai envoyée à M. d'Argental elle doit faire quelque effet si elle est jouée avec chaleur; du moins elle en faisait lorsque je la récitais, quoique j'aie perdu mes dents au pied des Alpes. Je ne peux pas concevoir comment on a pu ôter de votre rôle ce vers au quatrième acte
Les lois vivent encore, et l'emportent sur vous.
C'est assurément un des moins mauvais de la pièce, et un de ceux que votre art ferait le plus valoir. Il n'est pas possible de soutenir le vers qu'on a mis à la place
Mon devoir et ma loi sont au-dessus de vous;
Je vous l'ai déjà dit.
Vous sentez qu'un devoir au-dessus de quelqu'un n'est pas une expression française, et ce malheureux Je vous l'ai déjà dit ne semble être là que pour avertir le public que vous ne devriez pas le redire encore.
La dernière scène du quatrième acte est entre les mains de M. d'Argental, je vous l'ai déjà dit; et, dans cette dernière scène que, par parenthèse, je trouve très-bonne, je voudrais que Zamti eût l'honneur de vous dire
Ne parlons pas des miens, laissons notre infortune, etc.
(Scène VI.)
Je voudrais que le cinquième acte fût joué tel qu'il est imprimé. J'ai de fortes raisons pour croire que votre scène avec Octar ne doit point être tronquée, et que vous disiez
Si j'obtenais du moins, avant de voir un maître,
Qu'un moment à mes yeux mon époux pût paraître.
(Scène II. )
Une de ces raisons, c'est qu'il me paraît très-convenable qu'Idamé, qui a son projet de mourir avec son mari, veuille l'exécuter sans voir Gengis, et que, remplie de cette idée, elle hasarde sa prière à Octar. D'ailleurs j'aime fort ce brutal d'Octar, et je voudrais qu'il parlât encore davantage.
Je vous demande pardon, mademoiselle, de tous ces détails. Maintenant, si M. de Crébillon ou M. de Châteaubrun, ou quelques autres jeunes têtes de mon âge, n'ont ni tragédies ni comédies nouvelles à vous donner pour votre Saint-Martin, et si votre malheur vous force à reproduire encore au théâtre les cinq magots chinois, je vous enverrais la pièce avec le plus de changements que je pourrais. J'attendrais sur cela vos ordres; mais voici ce que je vous conseillerais, ce serait de jouer Mariamne à la rentrée de votre parlement. Ce rôle est trop long pour Mlle Gaussin, qui ne doit pas d'ailleurs en être jalouse. Vous feriez réussir cette pièce avec M. Lekain, qui joue, dit-on, très-bien Hérode vous joueriez après cela Idamé, si le public redemandait la pièce; j'aurais le temps de la rendre moins indigne de vous. Je vous demande pardon d'une si longue lettre, que le triste état de ma santé m'a obligé de dicter. Je vous présente mes très- sincères remerciements, etc. »
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il y a peu de ces grandes âmes qui conservent si longtemps le feu sacré de Prométhée
Grande âme, peut-être Jeanne d'Arc, dite la Pucelle, le fut -elle, si j'en crois certains historiens , mais à tout coup, Voltaire certainement est une grande âme animée d'un feu sacré jusqu'à son dernier souffle .
Coincidence, tous deux sont morts un 30 mai . Est-ce un clin d'oeil du hasard pour réunir dans les éphémérides l'auteur de La Pucelle et son modèle ? ( ceux qui ont lu La Pucelle vont dire que j'exagère en parlant de "modèle" , mais tant pis ! )

http://medias.lepost.fr/ill/2012/01/06/h-20-2674873-13258...
Ces flammes sont un mode de combustion des esprits à proscrire .
« A M. THIERIOT.
Aux Délices, 1er octobre [1755]
Je n'ai point répondu, mon ancien ami, aux belles exhortations que vous me faites sur cette vieille folie de trente années, que vous voulez que je rajeunisse. J'attends que je sois à l'âge auquel Fontenelle a fait des comédies 1. Il n'est permis qu'à un jeune homme, ou à un radoteur, de s'occuper d'une Pucelle. Colonne 2, à l'âge de soixante-quinze ans, commenta l'Aloïsia; mais il y a peu de ces grandes âmes qui conservent si longtemps le feu sacré de Prométhée. Il y a d'ailleurs un petit obstacle à l'entreprise que vous me proposez, c'est que l'ouvrage n'est plus entre mes mains; je m'en suis défait comme d'une tentation. Je me suis mis gravement à juger les nations 3, dans une espèce de tableau du genre humain, auquel je travaille depuis longtemps, et je ne me sens pas l'agilité de passer de la salle de Confucius à la maison de Mme Paris. J'ai lu les Mémoires de Mme de Staal; elle paraît plus occupée des événements de la femme de chambre que de la conspiration du prince de Cellamare. On dit que nous aurons bientôt les Mémoires de Mlle Rondet, fille suivante de Mme de Staal.
Vous ne pouviez vous défaire de vos Anglais et de vos Italiens en de meilleures mains qu'en celles de M. le comte de Lauraguais 4. Le vieux Protagoras, ou Diagoras-Dumarsais 5, m'a répondu de lui.
Je vous embrasse de tout mon cœur. »
1 Fontenelle, né en 1657, avait, dès 1680, donné sa tragédie d'Aspar (non imprimée); mais en 1751, à quatre-vingt-quatorze ans, il avait publié plusieurs comédies jusqu'alors inédites. http://fr.wikipedia.org/wiki/Bernard_Le_Bouyer_de_Fontenelle
2 François-Marie Pompée Colonne, mort à Paris en 1726, dans l'incendie de sa maison, âgé de quatre-vingt- deux ou quatre-vingt-huit ans, peut avoir été connu de Voltaire. On sait que les amants de la fille de Cujas disaient qu'ils commentaient les œuvres de ce grand jurisconsulte. C'est probablement dans le même sens que Voltaire emploie ici cette expression. . Un de ses ouvrages : http://books.google.fr/books?id=rV8z9X-oQLgC&printsec=frontcover&hl=fr#v=onepage&q&f=false
On ne connaît de Colonne aucun commentaire écrit sur l'Aloisia de N. Chorier, ouvrage obscène écrit en latin, dont la traduction française est intitulée l'Académie des Dames. (Beuchot.) http://fr.wikipedia.org/wiki/Nicolas_Chorier
3 Allusion à l'Essai sur les Mœurs et l'Esprit des nations. Voir : http://www.memo.fr/article.asp?ID=VOL_OEU_013
4 A qui est dédiée l'Écossaise . http://fr.wikipedia.org/wiki/Louis-L%C3%A9on_de_Brancas
Voir page 387 : http://books.google.fr/books?id=ORUxzYpvkBsC&pg=PA488...
16:51 | Lien permanent | Commentaires (0)

