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28/09/2014

écrire, et empêcher la lésion qui nous dévore de tous les côtés dans une année fort mauvaise

... An(n)us horribilis comme disait queen Mum' ! et ce ne sont pas les livres de Montebourg et de Nicolas Sarkozy qui vont donner des solutions valables pour d'autres qu'eux-mêmes, la pompe à phinances ubuesque ne donnant qu'à ceux qui ont déjà le superflu comme les sus-nommés .

 

 

 

« A [Louis-Gaspard Fabry]

Aux Délices 19 août 1759

Voici monsieur la lettre du procureur de Bellai . Mme Denis et moi nous vous supplions de l'examiner . Nous ne voulons point importuner monsieur l'intendant pour cette bagatelle, nous comptons assez sur votre amitié et sur votre crédit pour nous flatter que vous voudrez bien avoir la bonté de lui écrire, et empêcher la lésion qui nous dévore de tous les côtés dans une année fort mauvaise . Je joindrai ma reconnaissance à celle de Mme Denis . J'ai l'honneur d'être avec tous les sentiments qui vous sont dus

monsieur

votre très humble et très obéissant serviteur

Voltaire . »

 

27/09/2014

Cette vie là ne me déplait point . Elle est toute remplie ... Je me plains toujours selon l'usage, mais dans le fond je suis fort aise

... On croirait entendre un pilote d'Air France si l'un d'eux était capable d'un peu de franchise  !

 

 

 

« A Charles-Augustin Ferriol, comte d'Argental

A Ferney 19 août 1759

Mon divin ange, est-ce que M. Faitema 1 n'aurait pas trouvé grâce devant vos yeux ? Voici pour vous réjouir un gros paquet contenant des choses délicieuses, un billet de M. Fabry, fermier de Gex , c'est-à-dire son reçu de son tiers de lods et ventes . Quelle lecture agréable ! Et puis une lettre à l'abbé d'Espagnac, pleine de jérémiades sur le sort des pauvres seigneurs du château, et une lettre à M. de Chauvelin l'ambassadeur . Je me console au moins avec lui de cet embarras d'affaires . Savez-vous que je passe les jours entiers dans ces discussions de toute espèce ? Il faut s'accoutumer à tout . Cette vie là ne me déplait point . Elle est toute remplie . Il est plus doux qu'on ne pense de planter, de semer, et de bâtir . Je me plains toujours selon l'usage, mais dans le fond je suis fort aise .

Je réserve les chevaliers 2 pour le temps des vendanges . Vous mon cher ange, et M. de Chauvelin qui daignez être mes médiateurs avec M. d'Espagnac, vous n'échouerez pas dans votre négociation . Lisez ma lettre à M. d'Espagnac et vous verrez si j'ai raison . Lisez aussi ma dépêche à M. de Chauvelin et vous jugerez si le conseil de Mgr le comte de La Marche n'a pas beaucoup de torts .

Enfin donc je crois que mes Russes sont près du grand Glogau . Qui croirait que la Barbarini va être assiégée par mes Russes ; et dans Glogau 3! Ô destinée ! Je n'aime point Luc, il s'en faut de beaucoup . Je ne lui pardonnerai jamais ni son infâme procédé avec ma nièce, ni la hardiesse qu'il a de m'écrire deux fois par mois des choses flatteuses sans avoir jamais réparé ses torts . Je désire beaucoup sa profonde humiliation, le châtiment du pécheur ; je ne sais si je désire sa damnation éternelle .

Mon divin ange, vous ne m'écrivez point . Vous ne me dites rien des succès que M. le comte de Choiseul à la cour de Vienne . Je sais sans vous qu'il y réussit beaucoup . Je suis toujours si enchanté que je ne lui demande rien . Je ne veux point du tout l'importuner pour ma terre viagère de Tournay . Je veux qu'il sache que je lui suis attaché par goût , par reconnaissance, et que l'intérêt ne déshonore point mes sentiments généreux .

Comment se porte Mme Scaliger ? Je suis à ses pieds, et bientôt je travaillerai sur ses commentaires. Adieu divins anges . Je souhaite à votre nation tous les succès possibles dans le continent et dans les îles .

À propos parlez-vous italien? Mille tendres respects à tous les anges .

V. »

1 La mort de Socrate, dont Faitema est le prétendu auteur .

2 Tancrède .

3 Quand elle eut épousé Karl Ludwig von Cocceji, « la Barbarini » et son mari furent exilés par Frédéric II à Glogau .Voir : http://de.wikipedia.org/wiki/Karl_Ludwig_von_Cocceji

 

 

 

26/09/2014

avec [ce] que j'attends des mains de vos religieuses, je n'aurai besoin de rien ; je me flatte que cela ne sera pas cher

...

 

 

 

 

« A Ami Camp

à Lyon

17è août [1759]

J'ai arrangé tellement, monsieur, mon théâtre de marionnettes, qu'avec une centaine de bandes de clinquant 1, que j'ai , et une centaine d'aunes de verdure et de fleurs que j'attends des mains de vos religieuses, je n'aurai besoin de rien ; je me flatte que cela ne sera pas cher . Je vous supplie de vouloir bien me dire quand vous croyez que je pourrai avoir ces bouquets sacrés . J'ai l'honneur de vous écrire avant que la poste d'Allemagne soit arrivée, ainsi je ne sais aucune nouvelle . Si vous en savez de la descente en Angleterre, du voyage de la cour à Lyon, et des édits bursaux dont on menace nos bourses très vides, je vous serai fort obligé de m'en faire part . Mme Denis vous remercie de vos bontés encore plus que moi, car c'est elle qui a la rage de la comédie . Mille tendres respects à toute votre société .

Votre très humble et très obéissant serviteur

V. »

 

25/09/2014

je serais fort aise d'entendre votre parole, quoique ni vous ni moi ne pensions que votre parole soit celle de Dieu

...

 

 

 

« A François-Louis Allamand

pasteur

à Bex

par Vevey Suisse

Au château de Tournay 16 août [1759] 1

Vos lettres sont des cartels d'esprit , monsieur, , mais je vous dirai comme Saint-Evremond mourant à Waller 2, vous me prenez trop à votre avantage . Je ne me porte pas assez bien pour jouer avec votre imagination . Il me paraît que vous ressemblez à Peau-d'Âne qui s'amusait à se parer de pierreries dans un désert entre des rochers 3. Que faites-vous de tant d'esprit dans votre abominable trou ? Vous m'apprenez qu'il y a cinq classes dans le pays de Vaud, mais de tous ces gens-là il n'y en [a] 4 aucun qui ne dût aller en classe sous vous . Il est vrai que le roi m'a accordé tous les privilèges que ma terre de Ferney avait perdus 5. Il m'a fait libre . C'est à mon sens la seule vraie grâce qu'un roi puisse faire . Me voilà français, genevois et suisse , ne dépendant de personne . C'est un sort unique, et c'est ce que je cherchais . Il y a pourtant quelques lois que je suis obligé de suivre . Je ne peux pas faire dire la messe publiquement aux Délices, ni avoir un prêche public à Tournay et à Ferney . Mais je n'y voudrais pourtant d'autre ministre que vous, et je serais fort aise d'entendre votre parole, quoique ni vous ni moi ne pensions que votre parole soit celle de Dieu . Interim vale . »

1 Cette lettre répond à celle du 6 août 1759 .

2 V* reprend souvent cette anecdote qui contient une impossibilité puisque Edmond Waller mourut en 1687, donc bien avant Saint-Evremond .

3 Allamand dans sa lettre entretenait longuement V* de sa lecture des 11 volumes de l'Histoire générale, en commentant : « Par malheur il manque au plaisir et à l'instruction […] quelqu'un avec qui les multiplier en les partageant […] Privé de ce secours , je m’entretiendrai avec vous, monsieur, la plume à la main . N’ayez pas peur […] Je prétends seulement écrire [mes pensées] à la fin de chaque volume dans un cahier en blanc que j'y ai fait coudre à cette intention […] C'est déjà chose à voir que les marges de mon exemplaire, et c’en sera bien une autre après la seconde lecture, car je n'écrirai mes visons que dans le cours de la troisième, et comme elles pourraient s'échapper en l'attendant , à mesure qu'elles passent je les cloue chacune à sa ligne, par une ou plusieurs pointes qui ont la double vertu d'en marquer la place et d'en exprimer l'espèce ; plus d'étoiles que le ciel de Bex n'en a [...] »

4 V* a oublié le verbe .

5 « […] j'ai lu dans la Gazette qu'en votre faveur la cour a remis Ferney au bénéfice des édits […] cela signifierait-il que le prêche y est rétabli ? Car Ferney , avec je ne sais quel autre lieu, furent les seuls du pays de Gex, où l'on nous permit d'avoir temple et ministre depuis l'édit de 1664 . Encore fallut-il bâtir le temple d’aumônes recueillies en Hollande et en Suisse, et ces aumônes produisirent encore de quoi former le fonds nécessaire aux aliments du ministre jusques à la révocation . Qu'est devenu tout cela ? Le fonds doit être au moins, triplé . Faites-nous en raison, et vous voilà raccommodé avec les cinq classes du pays de Vaud » (ibid)

 

24/09/2014

Oh quelle consolation pour un pauvre profane à moitié damné, de voir le nom sacro-saint d'un souverain pontife au frontispice d'un drame !

...

 

 

 

« Au comte Francesco Algarotti

à Bologne

16 août [1759]1

M'avete favorito di due lettere mio caro cigno d'Italia, et di due tragedie una delle quali é dedicata a un papa . Oh che consolation per un povero profano mezzo donnato , di vedere il sacro santo nome d'un sommo pontefice nel' frontispizio d'un dram ! Miseri calvinisti, e jansenisti siate istrutti da questo exempio . Barbari riverite le muse .

Vi ringrazio caro signor mio tutti j vostri favori, et dell' onor che il signor' Agostino Paradi[si] 2 si compiace di far mi . Se il destin' a ordinato che io mora senza aver veduto la bella Italia, sono un poco confortato col' sentir che un de' vostri belli ingegni si degna di rivestire di fregi toscani il moi Cesare franceze . Si placeo, tuum est . Il vostro libraio non e tanto cortese come voi siete . Sospiro in vano per la raccolta dele vostre dilettevole oper .

Remember me while I am alive and remember I ouve all my happiness to liberty . Le roi de France a comblé mon bonheur en déclarant libres les terres que j'ai en France auprès des Délices . There I do not bewail the lost of Argaleon, who writes to me pretty often .3

Nisi quid non simul esses , coetera laetus 4.

V. »

1 On ne connait pas les lettres d'Algarotti .

2 Le mot suivant a provoqué l'omission de la dernière syllabe . Agostino Paradisi avait écrit à V* le 5 août pour lui annoncer qu'il traduisait Tancrède en italien avec La Mort de César et Mahomet .

3 " Vous m'avez favorisé de deux lettres mon cher cygne d'Italie, et de deux tragédies dont une est dédiée à un pape . Oh quelle consolation pour un pauvre profane à moitié damné, de voir le nom sacro-saint d'un souverain pontife au frontispice d'un drame ! Misérables calvinistes, et jansénistes, soyez instruits par cet exemple . Barbares recevez les muses . Je vous rends grâces, mon cher monsieur, de toutes vos faveurs, et de l'honneur que le sieur Agostino Paradisi a la complaisance de me faire . Si le destin a ordonné que je meure sans avoir vu la belle Italie, je suis un peu consolé à la pensée qu'un de vos beaux génies daigne embellir d'ornements toscans mon César français . Si par lui je vous plais, il est à vous . Votre libraire n'est pas aussi honnête homme que vous ; je soupire en vain après le recueil de vos œuvres délectables . Souvenez-vous de moi aussi longtemps que je serai en vie, et rappelez-vous que je dois tout mon bonheur à la liberté […] Là je ne pleure pas la perte d'Argaleon, qui m'écrit fort souvent .[...] »

4 Horace , Épîtres, I, x, 30 : Si ce n'est que nous ne sommes pas ensemble, au demeurant je suis heureux .

 

23/09/2014

Vous êtes parti dans le temps où nous avions le plus besoin de vous

...

 

 

 

« A Joseph-Louis de Ponte, comte d'Albaret 1

Aux Délices , 16 août [1759]2

L'oncle et la nièce, monsieur, devraient avoir répondu plus tôt à la lettre dont vous les avez honorés, mais l'oncle était malade et la nièce apprenait son rôle . Vous êtes parti dans le temps où nous avions le plus besoin de vous . Nous avons un petit théâtre à Tournay, et hors moi tous les acteurs se portent bien . Tous vous regrettent, tous disent que sans vous on n'aura qu'une troupe médiocre . Mais on vous regrette encore davantage dans la société . Vous en faisiez l’agrément . La bonne compagnie de Turin qui vous possède, ne vous permettra pas de la quitter pour venir nous voir . Nous le sentons avec douleur, mais si jamais vous revenez sur les bords de notre lac, n'oubliez pas ceux qui sont pénétrés pour vous de tous les sentiments que vous méritez . Comptez nous parmi ceux qui vous sont le plus dévoués , et soyez persuadé surtout de l'attachement tendre et respectueux du solitaire et du malade .

V. »

1Le comte d'Albaret est vraisemblablement Joseph-Louis de Ponte, comte d'Albaret (fils d'Antoine-Marie, intendant de Roussillon, mort en 1750) ; il a été l'hôte de Voltaire en 1758.

Voir page 56 : http://books.google.fr/books?id=bWvrRdG_EOwC&pg=PA56&dq=Joseph-Louis+de+Ponte,+comte+d'Albaret&hl=fr&sa=X&ei=nIgdVJCIJcPPaPD9gtAF&ved=0CCIQ6AEwAA#v=onepage&q=Joseph-Louis%20de%20Ponte%2C%20comte%20d'Albaret&f=false

2 Date fixée, entre autres considérations, par une lettre de Théodore Tronchin à d'Albaret, du 16 octobre 1759, où on peut lire : « On jouera samedi à Tournay la tragédie de Cassandre . M. de Chauvelin vous en dira des nouvelles », ce qui indique que le comte est un des familiers du théâtre de Voltaire .

 

22/09/2014

Finalement je suis toujours disposé à sauver cet imbécile

...

 

 

 

« A Jean Vasserot de Châteauvieux

[août 1759]

Voici une autre affaire . Mme de La Bâtie fait subhaster 1 tout le domaine Valavran .

Puis-je avoir au moins en antichrèse 2 les prés de Betens sans que Mme de La Bâtie m'attaque  ?

Si je prends ces prés, la terre de Valavran ne vaut plus rien . Avec quoi pourrait-on y entretenir des bestiaux ?

Acheter tout Valavran, cela m'est impossible . Je ne veux point payer des lods et ventes, des centièmes deniers, etc.

D'ailleurs que faire de cette terre ? Elle ne rapporte pas 450 livres de France annuellement . Sur ces 450 livres il faut payer le dixième , la capitation et la taille . Il ne revient pas 250 livres par an à ce pauvre Betens . [Avo]uez mon cher Cicéron que Betens a fait de bonnes affaires .

Finalement je suis toujours disposé à sauver cet imbécile . Mais en lui prêtant sans intérêt, en étant subrogé à la dette envers Choudens, je veux être sûr de jouir des prés et de n'avoir point de procès . On me dit que le procès est inévitable .

Il vaudrait beaucoup mieux que le procureur de Mme de La Bâtie s'arrangeât avec Betens . J'ai l'honneur de vous l'envoyer . »

1« Vente à cri public, par autorité de justice, au plus offrant et dernier enchérisseur . »