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25/10/2016

Vous avez sans doute lu, monsieur, le mémoire historique de la négociation avec l'Angleterre

... Avant ou après le Brexit ?

Si c'est avant, Monsieur le président, vous n'avez eu aucune influence . Si c'est seulement après, vous n'avez eu aucune clairvoyance .

Toujours est-il que personnellement, je rejoins Voltaire dans sa vision des rapports de force à avoir face à ces fichus Britanniques .

Voir : http://www.lefigaro.fr/vox/monde/2016/06/27/31002-2016062...

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« A Pierre-Michel Hennin

Au château de Ferney en Bourgogne ,

par Genève , 26 octobre 1761 1

Pardon , monsieur, de vous remercier si tard du souvenir dont vous m'honorez, et de ne vous pas répondre de ma main . Mes yeux souffrent beaucoup, et mon corps bien davantage . Je ne ressemble point du tout à vos seigneurs polonais qui vont dîner à trente lieues de chez eux . Il y a bien longtemps que je ne suis sorti d'un petit château que j'ai fait bâtir à une lieue des Délices . J'y achève tout doucement ma carrière ; et parmi les espérances qui nous bercent toujours, je me flatte de celle de vous revoir à votre retour de Pologne ; car j'imagine que vous ne resterez pas là toujours . Ni M. le marquis de Paulmy ni vous n'avez l'air d'un Sarmate . L'abbé de Châteauneuf 2, qui était trois fois gros comme vous deux ensemble, disait qu'il avait été envoyé en Pologne pour boire . Je ne pense pas que vous soyez des négociateurs de ce genre là .

Quand M. de Paulmy voudra tourner ses pas vers le midi, je lui conseillerai de faire comme monsieur son beau-père 3, qui a eu la bonté de venir passer quelques jours dans mon ermitage . Je présenterai requête à son gendre pour obtenir la même faveur . Nous lui donnerons la comédie sur un théâtre que j'ai fait bâtir, et nous lui feront entendre la messe dans une église que j'achève, et pour laquelle le Saint-Père m'a envoyé des reliques . Vous voyez que rien ne vous manquera ni pour le sacré, ni pour le profane .

Je vous avoue que j'aimerais mieux que vous fussiez à Berne qu'à Varsovie, mais M. le marquis de Paulmy a eu la rage de se faire sclavon 4; il faut lui pardonner cette petite mièvreté 5.

Vous avez sans doute lu, monsieur, le mémoire historique de la négociation avec l'Angleterre, imprimé au Louvre 6. Quelque honorable que soit cette négociation pour notre cour, j'aimerais mieux un mémoire imprimé de cent vaisseaux de ligne, garni de canons, et arrivés à Boston ou à Madras . Vos Polonais ne sont pas du moins dans le cas d'avoir perdu leur marine ; il est vrai qu'ils sont un peu les très humbles et très obéissants serviteurs des Russes ; mais aussi ils ont leur liberum veto, et du vin de Tockai . Je suis fâché pour la liberté, que j'aime de tout mon cœur, que cette liberté même empêche la Pologne d'être puissante . Toutes les nations se forment tard ; je donne encore cinq cents ans aux Polonais pour faire des étoffes de Lyon et de la porcelaine de Sèv[r]es . Adieu , monsieur, conservez-moi vos bontés, et soyez persuadé du tendre et respectueux attachement avec lequel je serai toute ma vie, monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur

Voltaire . »

1 Hennin avait écrit le 10 septembre 1761, de Varsovie où il est allé à la suite du marquis de Paulmy : « Quelque idée que les allemands aient tâché de vous donner des Polonais, je puis vous assure[r] que cette nation est beaucoup pus susceptible des sentiments agréables que la tudesque . Il ne manque ici que des encouragements . Varsovie est déjà une grande ville, elle augmente tous les jours et se rapproche à beaucoup d'égards des autres capitales . Dans le reste du pays, les mœurs et les usages tiennent encore beaucoup du Sarmate, et si le gouvernement ne change, tout doit rester longtemps dans le m^me état . Les grands seigneurs sont forcés d'errer à la manière des princes arabes pour aller manger les denrées de leurs terres qui sans cela ne seraient d'aucun produit . L'expérience leur a appris à suppléer dans ces voyages à toutes les commodités sédentaires , aussi font-ils souvent vingt ou trente lieues pour aller rendre une visite et dîner avec un ami . Je suis fâché, monsieur, que les circonstances ne vous aient pas porté du côté de la Pologne . Il me semble que rien n'aurait été plus intéressant pour un historien philosophe, que d'approfondir les causes de l'affaiblissement extrême de cette nation, d'examiner comment une anarchire peut subsister sans des malheurs éclatants, et de prévoir comment, quand et par qui un peuple qui n'a plus ni lois stables ni puissance, sera anéanti ou rétabli dans son ancien lustre . »

3 Claude-Philippe Fyot de La Marche .

4 Littré ne donne pas ce latinisme pour slave, non plus que slavon .

5 Le mot est enregistré par Alexis François dans l'Histoire de la langue française .

6 Le 25 juillet 1761, Pitt avait envoyé un ultimatum à la France, dans lequel il exigeait notamment l'abandon de toutes les colonies tombées en la possession des Anglais . La signature du pacte de famille, en août , ayant renforcé la position de la France, Choiseul répliqua par un ultimatissimum, dans lequel il insistait notamment sur les droits de la France concernait Saint-Pierre-et-Miquelon ; voir lettre du 11 octobre 1761 à d'Argental : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2010/10/11/je-n-ai-nulle-part-a-la-tumefaction-du-ventre-de-mlle-hus-je.html

 

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