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18/01/2017

Nos infâmes ennemis se déchirent les uns les autres ; c’est à nous à tirer sur ces bêtes féroces pendant qu’elles se mordent, et que nous pouvons les mirer à notre aise.

... Stratégie gagnante , surtout ne pas s'en priver .

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Cet homme est un modèle de combattant, n'en déplaise aux mollassons qui ne voient pas plus loin que leurs urnes .

 

 

 

« A Etienne-Noël Damilaville

26 janvier [1762]

Mes chers frères, je vous remercie au nom de l’humanité du Manuel de l’Inquisition 1. C’est bien dommage que les philosophes ne soient encore ni assez nombreux, ni assez zélés, ni assez riches, pour aller détruire, par le fer et par la flamme, ces ennemis du genre humain, et la secte abominable qui a produit tant d’horreurs.

M. Picardin me mande qu’il est assez content du succès du Droit du Seigneur : on dit qu’on l’a gâté encore après la première représentation 2. Il faudrait avoir un peu plus de fermeté, et savoir résister à la première fougue des critiques, qui fait du bruit les premiers jours, et qui se tait à la longue.

On ne peut que corriger très mal quand on corrige sur-le-champ, et sans consulter l’esprit de l’auteur : cela même enhardit les censeurs ; ils critiquent ces corrections faites à la hâte, et la pièce n’en va pas mieux.

Je vais écrire aux frères Cramer, et j’enverrai, par la poste suivante les deux exemplaires qu’on demande concernant le Despotisme oriental 3. Ce livre très médiocre, n’est point fait pour notre heureux gouvernement occidental ; il prend très mal son temps, lorsque la nation bénit son roi et applaudit au ministère. Nous n’avons de monstres à étouffer que les jésuites et les convulsionnaires.

M. Picardin demande absolument la préface 4 du Droit du Seigneur : cela est de la dernière conséquence : il y a quelque chose d’essentiel à y changer. Je supplie donc qu’on me l’envoie par la première poste, et M. Picardin la renverra incontinent.

On n’a point reçu de lettre de frère Thieriot ; cela n’a pas trop bon air ; il devrait, ce me semble, montrer un peu plus de sensibilité.

J’embrasse tendrement tous les frères. S’ils ne dessillent pas les yeux de tous les honnêtes gens, ils en répondront devant Dieu. Jamais le temps de cultiver la vigne du Seigneur n’a été plus propice. Nos infâmes ennemis se déchirent les uns les autres ; c’est à nous à tirer sur ces bêtes féroces pendant qu’elles se mordent, et que nous pouvons les mirer à notre aise.

Soyez persévérants, mes chers frères, et priez Dieu pour moi, qui ne me porte pas trop bien.

Élevons nos cœurs à l’Éternel. Amen. »

1 Le Directorium inquisitorum, compilé au XIVè siècle par Nicolas Eymerico, grand inquisiteur d'Aragon, et publié pour la première fois en 1558 ; V* n'en connait que l'abrégé anonyme (de l'abbé Morellet ) paru sous le titre Le Manuel des inquisiteurs à l'usage des inquisitions d'Espagne et de Portugal, 1762 [http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k64819s ]; la lecture attentive de cet ouvrage laissera des traces, notamment dans Les Lettres d'Amabed : https://fr.wikisource.org/wiki/Les_Lettres_d%E2%80%99Amabed/Texte_entier

2Le 28 janvier 1762 .

3 Ouvrage posthume de B.I.D.P.E.C. c'est à dire Nicolas-Antoine Boulanger , ingénieur des Ponts et Chaussées, Recherches sur l'origine du despotisme oriental, 1761 [https://fr.wikipedia.org/wiki/Nicolas_Antoine_Boulanger

] ; Sur l'exemplaire lui ayant appartenu, V* , à l'épigraphe figurant en page de titre, Monstrum horrendum, informes ingens (Virgile, L'Énéïde, III, 657 ), ajoute ces mots :  « emblème de cet ouvrage, de ce bon Damilaville et de Diderot ».

4 Cette préface du Droit du seigneur ne nous est pas parvenue .

 

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