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25/12/2017

Si je ne consultais que moi, je n’aurais assurément aucune répugnance ; mais tout le monde n’est pas aussi philosophe que votre serviteur

... En toute franchise, quel est le père d'une jeune fille qui n'a pas un jour fait cette réflexion , -debout sur les freins d'un mariage qui semble inenvisageable ,-  qui ressemble à cette fameuse dénégation "moi, hostile à l'émigration ? s'il ne tenait qu'à moi, il n'y aurait plus de contrôle aux frontières , oui monsieur !".

Sacré Voltaire, père ( même adoptif)  jusqu'au bout des ongles .

 Plein droit 2010/1

A propos d'immigration , un peu d'info , ça ne fait pas de mal : https://www.cairn.info/revue-plein-droit-2010-1-page-12.h...

 

 

« A Charles-Augustin Ferriol, comte d’Argental

et à

Jeanne-Grâce Bosc du Bouchet, comtesse d’Argental

29è janvier 1763 1

Vraiment, mes anges, j’avais oublié de vous supplier d’empêcher François Corneille, père, de venir à la noce. Si c’était l’oncle Pierre, ou même l’oncle Thomas, je le prierais en grande cérémonie, mais pour François, il n’y a pas moyen . Il est singulier qu’un père soit un trouble-fête dans une noce ; mais la chose est ainsi, comme vous savez . On prétend que la première chose que fera le père, dès qu’il aura reçu quelque argent, ce sera de venir à Ferney. Dieu nous en préserve ! Nous nous jetons aux ailes de nos anges, pour qu’ils l’empêchent d’être de la noce . Sa personne, ses propos, son emploi 2 , ne réussiraient pas auprès de la famille dans laquelle entre Mlle Corneille 3 . M. le duc de Villars et les autres Français qui seront de la cérémonie feraient quelques mauvaises plaisanteries . Si je ne consultais que moi, je n’aurais assurément aucune répugnance 4   ; mais tout le monde n’est pas aussi philosophe que votre serviteur, et patriarcalement parlant, je seras fort aise de rendre le père et la mère témoins du bonheur de leur fille.

C’est bien de la faute du père de M. de Colmont , si un autre que lui épouse Mlle Corneille . Il a été un mois sans lui répondre, et enfin sa mère a écrit à M. Micault 5 quand il n’était plus temps . Il faut avouer aussi que ce Colmont s’est conduit de la manière la plus gauche ; enfin il n’était point aimé, et notre petit Dupuits l’est ; il n’y a pas à répondre à cela.

Je ne cesse d’importuner mes anges, et de leur demander pardon de mes importunités ; c’est ma destinée, mais que M. d’Argental me parle donc de ses yeux ; car comme je suis en train de perdre les miens, je voudrais savoir en quel état les siens se trouvent . Il ne m’en dit jamais mot ; cela vaut pourtant la peine qu’on en parle.

Est-il vrai que M. de Courteilles est assez mal  ? J’en serais bien fâché . Mme Denis, Mlle Corneille et moi nous baisons vos ailes.

V. »

1 L'édition de Kehl ,d' après la copie Beaumarchais donne une version incomplète du dernier paragraphe, suivie par les autres éditions .

2 Jean-François Corneille était « facteur de la petite poste dans les rues de Paris » dit V*

3 Voir lettre du 24 janvier à Damilaville

4 Cependant V* écrivit aux d’Argental le 10 janvier : « Mlle Clairon ayant dit qu’elle allait marier Mlle Corneille, Lekain nous écrivit qu’elle épouserait un comédien … J’estime les comédiens quand ils sont bons, et je veux qu’ils ne soient ni infâmes dans ce monde, ni damnés dans l’autre, mais l’idée de donner la cousine de M. de La Tour du Pin à un comédien est un peu révoltante… »

5 Micault, aide-major dans l’armée d’Estrées, neveu de Paris-Montmartel, était venu se faire soigner par T. Tronchin

 

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