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21/06/2019

D. – Pourquoi Dieu vous a-t-il créé et mis au monde ?           R. – Pour le servir et pour être libre.           D. – Qu’est-ce que la liberté ?           R. – C’est de n’obéir qu’aux lois.

... Et dire qu'il fut un temps où j'appris ces âneries et affirmations péremptoires du même tonneau , sacré nom de Zeus ! Je les ai heureusement oubliées, par Bacchus !

 

 

« A Etienne-Noël Damilaville

21è mai 1764 aux Délices 1

Vos dernières lettres, mon cher frère, m’ont fait un plaisir bien sensible. Tout ce que vous me dites m’a touché. J’ai écrit sur-le-champ à Mlle Catherine Vadé . Elle m’a envoyé le papier ci-joint 2, et elle m’a dit que c’est tout ce qu’elle peut faire pour les Welches. Les véritables Welches, mon cher frère, sont les Omer, les Chaumeix, les Fréron, les persécuteurs, et les calomniateurs . Les philosophes, la bonne compagnie, les artistes, les gens aimables, sont les Français, et c’est à eux à se moquer des Welches.

Il est fort plaisant qu'on dise que Jérôme carré a proposé la paix à maître Aliboron . En vérité, c'est comme si on prétendait que Moran en disséquant Cartouche lui fit proposer un accommodement .

Je me doutais bien que quelque libraire de Paris ferait bientôt une sottise à l'égard des Commentaires sur Corneille et qu'on imprimerait à part 3 ce qui de doit l'être qu'avec le texte, et c’était pour prévenir cet abus welche que j'avais imaginé de faire les propositions les plus honnêtes aux libraires qui ont le privilège ; cela conciliait ; et Pierre, neveu de Pierre, aurait eu le temps de se défaire de sa cargaison, par les mesures que je voulais prendre ; mais tout se vend avec le temps, excepté la belle édition du galimatias de Crébillon, faite au Louvre. Frère Cramer m'a dit qu'il ferait tenir un exemplaire cornélien à M. Héron . Il doit l'avoir déjà reçu . Il ne sera pas mal pour l'édification des frères, et pour la confusion des méchants, que la Tolérance se débite sans éclat . Ne m'avez-vous pas dit qu'on en avait fait une petite édition à Rouen ?4 Celle de Cramer trouvera des débouchés ailleurs .

Je ne suis point fâché que Mlle Clairon n’ait pas repris Olympie ; il faut la laisser désirer un peu au public. Cette pièce forme un spectacle si singulier qu’on la reverra toujours avec plaisir, à peu près comme on va voir la rareté, la curiosité 5 ; elle ne doit pas être prodiguée.

Est-il vrai que frère Helvétius est en Angleterre ? On dit que la France a fait l’échange d’Helvétius contre Hume 6. Je viens de passer une journée entière avec le comte de Creutz 7, ambassadeur de Suède à Madrid. Plût à Dieu qu’il le fût en France ! c’est un des plus dignes frères que nous ayons. Il m’a dit que le nouveau Catéchisme, imprimé à Stockholm, commençait ainsi :

          D. – Pourquoi Dieu vous a-t-il créé et mis au monde ?

          R. – Pour le servir et pour être libre.

          D. – Qu’est-ce que la liberté ?

          R. – C’est de n’obéir qu’aux lois.

etc. 

Ce n’est pas là le catéchisme des Welches. Bonsoir ; j’ai trente lettres à dicter ; mon imagination se refroidit, mais mon cœur est toujours bien chaud pour vous.

Ecr. l’inf. »

1 L'édition de Kehl donne une version altérée, augmentée de fragments d'autres lettres et sous une autre date ; voir lettre du 7 mai 1764 : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2019/06/07/nous-manquons-d-hommes-presque-en-tous-les-genres-si-nous-n-avons-point-de.html

2La Jeune Indienne, comédie de Chamfort jouée le 30 avril 1764 .

3 Allusion à des entreprises du libraire Duchesne à qui V* fit écrire, sous le nom et la main de Wagnière deux lettres qu'il dicta certainement ; voici le texte de la première ( on trouvera le texte de la seconde à propos de la lettre du 6 juin 1764 aux d'Argental .

A Monsieur Guy Duchesne/ Libraire/ rue Saint-Jacques, / au Temple du goût/ à Paris.

« Aux Délices 21è mai 1764

« M. de Voltaire, monsieur, ne se porte pas assez bien pour vous répondre lui-même ; il me charge de vous dire qu'il est très sensible au soin que vous prenez d'imprimer ses ouvrages ; mais il sait que vous avez eu de très infidèles copies de la tragédie de Zulime, et de la comédie du Droit du Seigneur ; il vous sera très aisé de substituer les deux véritables pièces aux fausses, dont vous vous êtes malheureusement chargé . Il entrera avec plaisir dans les frais que vous coûtera cette petite entreprise .

« Vous vous êtes trop pressé aussi d'imprimer les remarques sur Corneille, parce qu’étant détachées du texte, elles ne répondent pas aux dernières éditions des libraires de Paris, elle exigent une infinité de renvois, sans lesquels le lecteur en peut savoir à quoi ces notes se rapportent . Si vous n’avez pas pris ces précautions, il est à craindre que l’édition ne vous demeure .

« au reste, M. de Voltaire vous rendra tous les services qui dépendront de lui . J'ai l'honneur d'être, monsieur, votre tr_=s humble et très obéissant serviteur./Wagnière »

4 On a déjà mentionné cette édition dans la lettre du 15 avril 1764 à Cramer : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2019/05/13/nous-retombons-dans-la-barbarie-du-douzieme-et-treizieme-siecle.html

5 Sur cette expression , refrain d'une chanson, voir lettre du 16 décembre 1760 à Lekain : http://www.monsieurdevoltaire.com/article-correspondance-annee-1760-partie-48-121093171.html

6 Ces voyages de Hume et Helvétius se sont bien déroulés .

7 Le comte Gustaf Filip Creutz devint plus tard ambassadeur de Suède à Paris ; voir une lettre de lui à David Hume du 4 février 1765 ; voir page 3 : http://excerpts.numilog.com/books/9782876231573.pdf

et : https://fr.wikipedia.org/wiki/Gustaf_Philip_Creutz

et : https://data.bnf.fr/fr/12088774/gustav_philip_creutz/

 

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