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30/03/2020

on a très bien fait de supposer que la Trinité ne compose qu’un seul Dieu ; car si elle en avait eu trois, ils se seraient coupé la gorge pour quelques querelles de bibus

... Et que dire des guerres monstrueuses des dieux orientaux !

 

 

« A Charles-Augustin Ferriol, comte d'Argental

17 janvier 1765 1

Mon cher ange, d’abord comment se porte Mme d’Argental ? ensuite comment êtes-vous avec le tyran du tripot ? J’ai bien peur, par tout ce qu’il m’écrit, qu’il ne soit très fâché contre vous ; c’est une de ces grandes injustices, car je l’ai bien assuré que vous n’aviez ni ne pouviez avoir aucune part à la distribution des dignités comiques 2; et il doit savoir que c’est en conséquence de sa permission expresse, datée du 17 de septembre 1764, que je disposais des rôles. Son grand chagrin, son grand cheval de bataille est que les provisions par moi données au tripot ont passé par vos aimables mains . En ce cas, vous auriez donc été trahi, les tripotiers vous auraient compromis. Voilà une grande tracasserie pour un mince sujet. Cela ressemble à la guerre des Anglais, qui commença pour quatre arpents de neige ; mais je m’en remets à votre prudence.

Je vous avoue que je suis un peu dégoûté de tous les tripots possibles ; je vois évidemment que celui de Cinna et d’Andromaque est tombé pour longtemps. Quand une nation a eu un certain nombre de bons ouvrages, tout ce qu’on lui donne au-delà fait l’effet d’un second service qu’on présente à des convives rassasiés. Je vous le répète, l’opéra-comique fera tout tomber. Une musique agréable, de jolies danses, des scènes comiques, et beaucoup d’ordures, forment un spectacle si convenable à la nation, que le Petit Carême de Massillon 3 ne tiendrait pas contre lui. Je crois fermement qu’il faut que les comédiens ordinaires du roi aillent jouer dans les provinces trois ou quatre ans . S’ils restent à Paris, ils seront ruinés.

J’ai eu, par contre-coup, ma petite dose de tracasserie au sujet de ce fou de Jean-Jacques ; sa conduite est inouïe. Saint Paul n’en usa pas plus mal avec saint Pierre, en annonçant le même Évangile. Je vois qu’on a très bien fait de supposer que la Trinité ne compose qu’un seul Dieu ; car si elle en avait eu trois, ils se seraient coupé la gorge pour quelques querelles de bibus 4.

A l’ombre de vos ailes.

V.

Vous avez dû recevoir deux lettres de moi sous l'enveloppe de M. le duc de Praslin .

Mes divins anges, miséricorde ! mes dîmes ! mes dîmes !5 »

1 L'édition de Kehl supprime le post-scriptum qui est biffé sur la copie Beaumarchais .

3 Le recueil des Sermons de Massillon, évêque de Clermont […] Petit carême, 1757 réédité plus de cent fois : https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k310364b.image

4 Une chose de « bibus » est une chose de peu de valeur . Le mot semble dérivé de bibelot, par substitution plaisante d'un suffixe latin au suffixe original .

5 Une lettre de d'Argental écrite le 16 janvier 1765 et qui est conservée se termine ainsi : « M. de Praslin vous adressera votre passeport [pour Moultou] . Il m'a chargé en attendant de vous dire beaucoup de choses de sa part et de vous recommander de n'être inquiet ni de Genève ni des dîmes. »

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