Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

12/08/2022

Toutes ces sottises couvertes par d’autres sottises tombent dans un éternel oubli au bout de vingt-quatre heures

... Un exemple entre autres : https://fr.style.yahoo.com/stephane-plaza-seducteur-clien...

à multiplier par centaines de milliers en notre monde d'absurdie .

 

 

« A Claude-Joseph Dorat 1

4 mars [1767] 2

Je ne sais, monsieur, si mon amour-propre corrompt mon jugement ; mais vos derniers vers 3 me paraissent valoir mieux que les premiers . Ils sont, à mon gré, plus remplis de grâces. Votre muse fait ce qu’elle veut ; je la remercie d’avoir voulu quelque chose en ma faveur, quoiqu’il y ait encore un coup de patte. Je vous jure, sur mon honneur, que je n’ai aucune connaissance des vers qu’on a faits contre vous  4. Personne ne m’en a écrit un mot ; il n’y a que vous qui m’en parliez. Toutes ces sottises couvertes par d’autres sottises tombent dans un éternel oubli au bout de vingt-quatre heures. Je suis uniquement occupé de l’affaire de Sirven, dont vous avez peut-être entendu parler. Ce nouveau procès de parricide va être jugé au conseil du roi ; il m’intéresse beaucoup plus que les Scythes, dont je ne fais nul cas. Je n’avais destiné cet ouvrage qu’à mon petit théâtre ; mais on imprime tout : on a imprimé ce petit amusement de campagne. Les comédiens se repentiront probablement d’avoir voulu le jouer. J’ai donné un rôle à Mlle Durancy, à qui j’en avais promis un depuis très longtemps. Je ne connaissais point Mlle Dubois ; je vis ignoré dans ma retraite, et j’ignore tout. Si j’avais été informé plus tôt de son mérite et de ses droits, j’aurais assurément prévenu ses plaintes ; mais je vous prie de lui dire qu’elle n’a rien a regretter : le rôle qu’elle semble désirer est indigne d’elle. C’est une espèce de paysanne pendant trois actes entiers ; c’est une fille d’un petit canton suisse qui épouse un Suisse ; et un petit-maître français tue son mari. Je ne connais point de pièce plus hasardée ; c’est une espèce de gageure, et je gage avec qui voudra contre le succès. Mais on peut faire une mauvaise pièce de théâtre, et ambitionner votre amitié . C’est là ma consolation et ma ressource.

Je vous supplie, monsieur, de compter sur les sentiments très sincères de votre très humble, etc. »

2 L'original est passé à la vente Lucas de Montigny, 30 avril 1860 ; l'édition C.-J. Dorat , Mes nouveaux torts, 1775, ne donne que des fragments de la lettre ; ici, édition de Kehl .

4 Il s'agit des vers commençant comme suit :

Bon Dieu, que cet auteur est triste en sa gaieté !

Bon Dieu, qu'il est pesant dans sa légèreté […]

et se terminant par :

Il est, si je l'en crois, un heureux petit-maître ;

Mais si j'en crois ses vers, ah ! Qu'il est triste d'être

Ou sa maîtresse ou son lecteur !

cités dans la Correspondance littéraire . Effectivement ils émanent de Ferney, mais ils sont l’œuvre de La Harpe ; voir : https://www.france-pittoresque.com/spip.php?article7698

Écrire un commentaire