20/03/2019
il peut, en toute sûreté, protéger les mécréants contre les prêtres
... Qui donc ? le président de la République ? Peut-être .
La France, dite fille aînée de l'Eglise catholique, devrait normalement être assez grande pour être bien émancipée et avoir jeté sa cornette/soutane aux orties . Le pape, François, sensé être un modèle, vient de prouver qu'il n'est vraiment pas aussi ferme dans ses actes que dans ses paroles en refusant la démission de Barbarin du poste d'archevêque au nom de la présomption d'innocence . Je pense plutôt que c'est par manque d'évêque irréprochable à nommer à la place , mais, mécréant que je suis, je peux me tromper .
« A Charles-Augustin Ferriol, comte d'Argental
et à
Jeanne-Grâce Bosc du Bouchet, comtesse d'Argental
29è février 1764 1
Voici ce que je dis d’abord à mes anges sur leur lettre du 23 février . Je les remercie du fond de mon cœur de toutes leurs bontés . Je leur envoie une lettre de M. le premier président de Dijon, qui fera connaître à M. le duc de Praslin qu’il peut, en toute sûreté, protéger les mécréants contre les prêtres.
J’ajoute, à propos de la Gazette littéraire, que je pourrai rendre de plus prompts services en italien qu’en anglais, quand les choses seront en train . La raison en est que les Alpes sont plus près de l’Italie que de l’Angleterre. Mais il me semble que je ne dois établir aucune correspondance, ni faire venir les livres nouveaux d’Italie, sans un ordre exprès de M. le duc de Praslin. Je le servirai tant que l’âme me battra dans le corps, et que j’aurai un reste de visière 2. Et quand je serai aveugle tout-à-fait, je dirai : Buona notte 3.
Mes anges, que servirait de vivre ? est fort bien ; mais trouvez-moi une rime à ivre.
Pour Olympie, il y a du malheur, il y a de la fatalité dans mon fait. Je suis avec elle comme M. de Chimène avec mademoiselle Clairon ; vous savez qu’en trois rendez-vous il perdit partie, revanche et le tout 4. Il arrive à mon imagination le même désastre qu’essuya sa tendresse. Mais j’aime bien les Roués 5 ! Je suis fâché à présent de n’avoir pas joué un tour ; c’était de faire attendre des changements pour Pâques, et, en attendant, on aurait pu donner les Roués . Mais, n’en parlons plus, il faut se soumettre à sa destinée.
Il y a du malheur cette année sur les tragédies, et vous m’en avez envoyé une preuve.
Voulez-vous bien permettre que je vous adresse ma réponse à M. Saurin 6. Vous avez dû recevoir force rogatons . J’y joins une lettre 7 ostensible que je vous écris pour être montrée à M. le duc de Duras ; je crois que cela vaut mieux que de lui écrire en droiture.
Respect et tendresse à mes anges. »
1 L'édition de Kehl imprime le second paragraphe biffé sur la copie Beaumarchais, mais omet, ainsi que les éditions suivantes, la phrase sur la réponse à Saurin au début de l'avant-dernier paragraphe .
2 Voir lettre du 21 septembre 1762 à B. -L. Chauvelin : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2017/08/17/je-ne-connais-point-d-assassinat-plus-horrible-et-plus-punissable-que-celui.html
3 Bonne nuit .
4 Termes des jeux de carte, en particulier le piquet ; voir lettre du 1er décembre 1752 à Ximenès : https://fr.wikisource.org/wiki/Correspondance_de_Voltaire/1752/Lettre_2475
5 Le Triumvirat .
6 Voir : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2019/03/19/un-temps-viendra-sans-doute-ou-nous-mettrons-les-papes-sur-le-theatre.html
7 Lettre inconnue .
14:51 | Lien permanent | Commentaires (0)
19/03/2019
Un temps viendra, sans doute, où nous mettrons les papes sur le théâtre
... Et ça ne sera pas pour leur plus grande gloire, occupés qu'ils sont de se rendre compte que leurs prêtres ne sont pas que des bergers bienveillants, mais parfois, trop souvent, des prédateurs sexuels pédophiles . Et ce n'est pas près de s'arrêter . Quelle hésitation peut avoir le tonsuré romain à accepter la démission du tonsuré lyonnais : assez de grimaces, le ménage doit être fait à tous les étages !

« A Bernard-Joseph Saurin
28è février 1764
Vous avez fait, monsieur, bien de l’honneur à ce Tomson 1 ; je l’ai connu il y a quarante années. S’il avait su être un peu plus intéressant dans ses autres pièces et moins déclamateur, il aurait réformé le théâtre anglais, que Gille Shakespear a fait naître et a gâté ; mais ce Gille Shakespear, avec toute sa barbarie et son ridicule, a, comme Lopez de Vèga des traits si naïfs et si vrais et un fracas d’action si imposant, que tous les raisonnements de Pierre Corneille sont à la glace en comparaison du tragique de ce Gille. On court encore à ses pièces, et on s’y plaît en les trouvant absurdes.
Les Anglais ont un autre avantage sur nous, c’est de se passer de la rime. Le mérite de nos grands poètes est souvent dans la difficulté de la rime surmontée, et le mérite des poètes anglais est souvent dans l’expression de la nature. Le vôtre, monsieur, est principalement dans les pensées fortes, exprimées avec vigueur . Je vois dans tous vos ouvrages la main du philosophe.
Vous savez qu’il n’y a pas un mot de vrai dans l’histoire de Sigismunda et de Guiscardo , mais je vous sais bon gré d’avoir donné des louanges à ce Mainfroid dont les papes 2 ont dit tant de mal, et à qui ils en ont tant fait. Un temps viendra, sans doute, où nous mettrons les papes sur le théâtre, comme les Grecs y mettaient les Atrées et les Thyestes, qu’ils voulaient rendre odieux. Un temps viendra où la Saint-Barthélemy sera un sujet de tragédie 3, et où l’on verra le comte Raimond de Toulouse braver l’insolence hypocrite du comte de Montfort. L’horreur pour le fanatisme s’introduit dans tous les esprits éclairés. Si quelqu’un est capable d’encourager la nation à penser sagement et fortement, c’est vous sans doute. Je ne suis plus bon à rien ; je suis comme ce Danois qui, étant las de tuer à la bataille d’Hocstet, disait à un Anglais : « Brave Anglais, va-t-en tuer le reste, car je n’en peux plus. »
Adieu, mon cher philosophe , vous ne me parlez plus de votre ménage , je me flatte qu’il est toujours heureux . Conservez un peu d’amitié à votre véritable ami
V. »
1 En l’adaptant dans sa tragédie Blanche et Guiscard ; voir lettre du 22 janvier 1764 à Damilaville : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2019/01/28/mais-il-y-a-des-temps-ou-il-ne-faut-pas-irriter-les-esprits-qui-ne-sont-que.html
2 Ce mot a été biffé par V* qui le récrit au-dessus de la ligne, peut-être faute d'un synonyme ; de même deux lignes plus loin .
3 Baculard d'Arnaud a traité le sujet dans Coligny ou la saint-Barthélémy, pièce qui fut attribuée à V* ; voir une lettre de Leblanc à Bouhier du 29 janvier 1740 : le sujet est en effet tiré de La Henriade . Plus tard Marie-Joseph Chénier fit jouer Charles IX ou l’École des rois quelques mois après le début de la Révolution le 4 novembre 1789, et quelques années avant que son frère ne périt victime de celle-ci en 1794 .
Voir : https://fr.wikipedia.org/wiki/Fran%C3%A7ois-Thomas-Marie_de_Baculard_d%27Arnaud
et : https://libretheatre.fr/charles-ix-ou-lecole-des-rois-de-marie-joseph-chenier/
08:20 | Lien permanent | Commentaires (0)
18/03/2019
il paraît qu'il est plus aisé de rouer les gens que de rendre justice à l'innocence
... Et il est plus aisé à un Gilet jaune d'approuver/excuser les méfaits des casseurs que de reconnaître que ses manifestations de gamin vexé ineptes sont et seront toujours vérolées grâce à lui . Combien de Gilets jaunes ont osé se dresser contre les Blacks Blocs plutôt que contre la police ? Combien ?... Foies jaunes !

... et bons à rien !
« A Philippe Debrus
à Genève
L'affaire des Calas monsieur traîne bien en longueur ; il paraît qu'il est plus aisé de rouer les gens que de rendre justice à l'innocence . Je vous prie de m'envoyer l'adresse de Mme Calas, et de vouloir bien dire à l'un des deux frères qui sont à Genève de passer chez moi quand leurs affaires le permettront . J'ai quelque chose à leur remettre .
J'ai l'honneur d'être
monsieur
votre très humble et obéissant serviteur
Voltaire.
Ferney 28 février [1764]1»
1 Le manuscrit porte la mention « 63 » changée en « 64 », ce qui est correct .
00:19 | Lien permanent | Commentaires (0)

