15/01/2024
Je veux avant de mourir remplir mon devoir, et jouir de quelque consolation
... Que sera-t-il ce devoir pour Mme Vautrin ministre tricéphale et quelle consolation cherchera-t-elle dans ses nouvelles fonctions, elle qui est anti-avortement et défavorable à tout changement pour la fin de vie ? https://www.msn.com/fr-fr/lifestyle/bien-etre/catherine-v...
Nous donnera-t-elle un testament balzacien ? Il est amusant d'y voir un Moretti , ô coincidence ! http://i-voix.net/2019/05/testament-vautrin.html
« A Cosimo Alessandro Collini, Secrétaire
intime et historiographe de S. A. E.
à Mannheim
A Ferney 24 mai [1768]1
Enfin, mon cher ami, si Leurs Altesses Électorales le permettent, ce ne sera plus mon seul petit buste qui leur fera sa cour, ce sera moi-même, ou plutôt l’ombre de moi-même qui viendra se mettre à leurs pieds et vous embrasser de tout son cœur. Je serai libre au mois de juillet ; je ne serai plus le correcteur d’imprimerie des Cramer. J’ai rempli cette noble fonction quatorze ans avec honneur. Le scribendi cacoethes 2, qui est une maladie funeste, m’a consumé assez. Je veux avant de mourir remplir mon devoir, et jouir de quelque consolation . Celle de revoir Schewsingen est ma passion dominante . Je ne peux y aller que dans une saison brûlante, car telle est ma déplorable santé, qu’il faut que je fasse du feu dix mois de l’année.
Franchement je ne suis pas fait pour la cour de monseigneur l’électeur ; il ne se chauffe jamais, il a toute la vigueur de la jeunesse : il dîne et soupe. Je suis mort au monde ; mais la reconnaissance et l’attachement pourront me ranimer. En un mot, mort ou vif, je vous embrasserai, mon cher ami, à la fin de juillet. Je suis bien vieux, mais mon cœur est encore tout neuf.
V. »
1 Édition Luchet .
2 Juvénal, Satires, VII, 12 . Trad ; : la fâcheuse manie d'écrire . V* qui ne sait guère le grec , écrit cacohetes le mot cacoethes.
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Il a daigné faire du bien à ceux que j’ai pris la liberté de lui recommander, et je lui suis trop attaché pour lui présenter des personnes indignes de sa protection.
... C'est ainsi que M. Attal commente ses choix ministériels auprès du président . Les faits , malheureusement, montrent qu'il n'a pas que des blanc-bleu dans son équipe , et les hors-jeu débordent déjà .
A ce rythme là, va savoir ce qui nous attend encore : https://www.huffingtonpost.fr/politique/article/remaniement-acte-ii-macron-monte-en-premiere-ligne-des-nominations-toujours-attendues_228318.html
« A Henri Lambert d'Herbigny, marquis de Thibouville
22 mai 1768
Je vous aimerai autant que j’aimerai mes anges, c’est-à-dire jusqu’à mon dernier soupir. Je n’écris guère, mon cher marquis, parce que j’ai très peu de temps à moi. La décrépitude, les souffrances du corps, l’agriculture, les peines d’esprit, inséparables du métier d’homme de lettres, une nouvelle édition du Siècle de Louis XIV, tout cela ne me laisse pas respirer. Ajoutez-y la calomnie toujours aboyante, et les persécutions toujours à craindre, vous verrez que j’ai besoin de solitude et de courage.
Je sais qu’un de mes malheurs est de ne pouvoir être ignoré. Je sais tout ce qu’on dit, et je vous jure qu’il n’y a pas un mot de vrai. Je n’aime la retraite que parce qu’elle est absolument nécessaire à mon corps et à mon âme. Vivez à Paris, vous autres mondains ; Paris est fait pour vous, et vous pour lui. Aimez le théâtre comme on aime sa vieille maîtresse qui ne peut plus donner de plaisir, mais qui en a donné. Tout le monde la trouve fort vilaine ; mais il est beau à vous et à mes anges d’avoir avec elle de bons procédés.
Il y a très longtemps que je n’ai écrit à ces chers anges ; mais si vous leur montrez ma lettre, ils y verront tous les sentiments de mon cœur.
Je suis enchanté que vous causiez souvent avec madame Denis. Vous devez tous deux vous aimer ; je vous ai vus tous deux très grands acteurs. Entre nous, mon ami, la vie de la campagne ne lui convient pas du tout. Je ne hais pas à garder les dindons, et il lui faut bonne compagnie ; elle me faisait un trop grand sacrifice ; je veux qu’elle soit heureuse à Paris, et je voudrais pouvoir faire pour elle plus que je n’ai fait.
J’ai avec moi actuellement mon gendre adoptif , qui sera assurément un officier de mérite. M. le duc de Choiseul, qui se connaît en hommes, commence déjà à le distinguer. Il a daigné faire du bien à ceux que j’ai pris la liberté de lui recommander, et je lui suis trop attaché pour lui présenter des personnes indignes de sa protection.
Je compte toujours sur celle de MM. les ducs de Choiseul et de Praslin. Vous savez que j’en ai un peu besoin contre la cabale fréronique, et même contre la cabale convulsionnaire, qui seraient bien capables de me persécuter jusqu’au tombeau, comme les jésuites persécutèrent Arnauld. Mon curé prend l’occasion de la Pentecôte pour vous faire ses plus tendres compliments. La première fois que je rendrai le pain bénit, je vous enverrai une brioche par la poste.
V. »
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les grands médecins de l’antiquité étaient apothicaires, et composaient eux-mêmes leurs remèdes ; en quoi ils l’emportaient beaucoup sur nos médecins d’aujourd’hui, parmi lesquels il y en a plus d’un qui ne sait pas où croissent les drogues qu’il ordonne
...
« A Jean-Baptiste Tollot
21è mai 1768
Le jeune homme, monsieur, à qui vous avez bien voulu écrire, serait très fâché de vous avoir contristé, attendu qu’il n’a voulu que rire 1. Tout le monde rit, et il vous prie instamment de rire aussi. On peut très bien être citoyen de Genève, et apothicaire, sans se fâcher. M. Colladon, mon ami, est d’une des plus anciennes familles de Genève, et un des meilleurs apothicaires de l’Europe 2. Quand on écrit à un apothicaire en Allemagne, l’adresse est À Monsieur N….., apothicaire très renommé. MM. Geoffroy et Boulduc, apothicaires,3 étaient de l’Académie des sciences, et ont eu toute leur vie de l’amitié pour moi. Tous les grands médecins de l’antiquité étaient apothicaires, et composaient eux-mêmes leurs remèdes ; en quoi ils l’emportaient beaucoup sur nos médecins d’aujourd’hui, parmi lesquels il y en a plus d’un qui ne sait pas où croissent les drogues qu’il ordonne.
Êtes-vous fâché qu’on dise que vous faites de beaux vers ? Si Hippocrate fut apothicaire, Esculape eut pour père le dieu des vers. En vérité, il n’y a pas là de quoi s’affliger ! On vous aime et on vous estime ; soyez sain et gaillard, et n’ayez jamais besoin d’apothicaire. »
1 Tollot était désigné par le nom de Dolot dans le deuxième chant de la Guerre civile de Genève. (G.Avenel.)
Voir pages 17 et 18 : https://books.google.fr/books?id=Gy8HAAAAQAAJ&printsec=frontcover&hl=fr&source=gbs_ge_summary_r&cad=0#v=onepage&q=dolot&f=false
Voir : https://dictionnaire-journalistes.gazettes18e.fr/journaliste/773-jean-baptiste-tollot
2 Sur Colladon, voir lettre du 14 novembre 1757 à Shuvalov : http://voltaireathome.hautetfort.com/archive/2013/01/30/vous-devez-avoir-recu-une-petite-caisse-d-une-liqueur-qu-on.html
3 Les frères Etienne-François (1672-1731 ) et Claude-Joseph Geoffroy ( 1685-1752 ) ainsi que Simon Boulduc ( 1652-1729 ) et son fils Gilles-François ( 1675-1742 ) furent tous des maîtres apothicaires et des membres de l'Académie des sciences .
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