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06/07/2010

une conférence entre deux méchants hommes n'intéresse point

 Je ne sais si M. Woerth a reçu comme M. Ami Camp un paquet marqué en rouge "Paquet suspect", toujours est-il qu'il est soupçonné d'en avoir reçu un très discretement et fort bien garni, -arme de guerre politique-, d'une fort jolie somme.

En cette période faste pour le sport, en particulier le cyclisme, on va sans doute entendre encore des rumeurs de dopage, et bien des hommes politiques , -et pour être exceptionnellement gentil, je vais dire des partis politiques,- eux se dopent au pognon qui est l'EPO(-gnon) de l'élu en mal de reconnaissance .

J'ai comme l'impression que l'on joue à "je te tiens, tu me tiens  par la barbichette, le premier qui parlera aura une ... amnistie ?" Je m'attends à tout dans ce monde qui lie pouvoir et fric .

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JE-TE-TIENS-TU-ME-TIENS-par-la-barbichette.jpg

De pas content à fâché, de fâché à "tu me gonfles", de "tu me gonfles" à "compte tes abattis" ... je sens que du poil va voler ! Vous pariez sur lequel ?

 Et dire qu'après ça, ils vont continuer à manger dans le même gamelle ( là je ne parle plus des chats ci-dessus, bien évidemment ! )

 

 

« A Charles-Augustin Ferriol, comte d'Argental et à Jeanne-Grâce Bosc du Bouchet, comtesse d'Argental

Ferney le 6 juillet 1765



 

Voici, mes divins anges, ce qui est advenu. Votre paquet adressé à M. Camp et contresigné Chauvelin, arriva en son temps à Lyon à l'adresse de M. Camp. Les fermiers généraux des postes l'avaient arrêté et contresigné à Paris d'une autre façon en mettant en gros caractères sur l'enveloppe et avec une encre rouge Paquet suspect. M. Camp est toujours malade, M. Tronchin qui est à Lyon fut étonné du suspect en lettres rouges, il ouvrit le paquet. Les directeurs des postes disputèrent, ils exigèrent, je crois, un louis : enfin le paquet qui portait une sous-enveloppe à l'adresse de Wagnière, chez Souchay à Genève m'a été rendu aujourd'hui. La même chose à peu près m'était arrivée au sujet d'un très petit paquet, aussi contresigné Chauvelin, que vous m'aviez adressé il y a environ trois semaines. Ainsi vous voyez que les fermiers préfèrent le port aux conseillers d'État intendants des finances. Je pense donc que n'ayant à m'envoyer que des paquets honnêtes, le meilleur parti est de les mettre avec les dépêches pour le résident de Genève :vous voudrez bien m'informer du départ par une simple lettre par la poste, à Wagnière chez Souchay à Genève sans autre enveloppe.



 

J'étais curieux avec juste raison de savoir ce que contenait cette vieille demi-page [où V* parlait de l'Infâme ; cf. lettre du 22 mai]. Le mot l'Infâme a toujours signifié le jansénisme, secte dure et barbare, plus ennemie de l'autorité royale que le presbytérianisme ( et ce n'est pas peu dire ) et plus dangereuse que les jésuites. Si le Roi sait mon grimoire, il sait que je n'écris jamais qu'en loyal sujet à des sujets très loyaux.



 

Lekain est triste et moi aussi ; je lui conseille de venir chez moi en Suisse pour s'égayer [il y a un conflit à la Comédie française ; cf. lettre du 24 avril à Damilaville ]. Mlle Clairon viendra à Ferney,[elle a été enfermée à Fort-l'Evêque] j'y passerai quelques jours pour elle, et la tragédie que nous jouerons tous ensemble nous remettra de la gaieté dans le cœur [au marquis de Plessis-Villette, ce jour, il dit que Mme Denis après avoir demandé la salle « pour repasser son linge », « a rebâti le théâtre » . Mlle Clairon y jouera en août les rôles d'Aménaïde et d'Electre dans Tancrède et Oreste]. Ferney n'est point à moi, comme vous savez, il est à Mme Denis. J'ai le malheur de n'avoir rien en France et même nulle part, mais je vous remercie pour Mme Denis, vous et M. le duc de Praslin, comme si c'était pour moi-même; et jamais ses bontés et les vôtres ne sortiront de mon cœur . Je crois qu'il est très convenable que j'écrive à M. de Calonne ; je regarde sa commission de rapporteur comme un de vos bienfaits [dans l'affaire des dîmes que le curé de Ferney voulait faire payer à V*].



 

Je viens de vous dire, mes anges, que si Lekain fait bien, il viendra dans ma Suisse, mais je le prierai de rester au théâtre . On est donc revenu sur les six pendus?[Le Siège de Calais de Belloy, un des motifs du conflit à la Comédie Française, Lekain et Molé décampèrent plutôt que jouer cette pièce qu'on leur imposait] Je suis très aise pour l'auteur que l'illusion l'ait si bien et si longtemps servi. Le ridicule n'est que dans l'enthousiasme qui a pris pour une chose honorable à la nation, l'époque honteuse de trois batailles perdues coup sur coup et d'une province subjuguée : vous apprêtez trop à rire aux Anglais et j'en suis fâché.



 

Comme je ne reçois le manuscrit du petit prêtre qu'aujourd'hui [Octave et Le Triumvirat qu'il veut faire attribuer à un jeune prêtre] , vous ne pouvez recevoir la nouvelle leçon que dans quinze jours . Il est bon d'ailleurs d'accorder du temps au zèle de ce jeune homme . Il dit que la scène des deux tyrans ne fera jamais un bon effet, parce qu'une conférence entre deux méchants hommes n'intéresse point ; mais elle peut attacher par la grandeur de l'objet et par la vérité des idées, surtout si elle est bien dialoguée et bien écrite ; selon lui, c'est la scène de Julie errante dans les rochers de cette [île] triumvirale qui doit intéresser,[Ac; II sc. 4] mais il faut des actrices.



 

Je me mets sous les ailes de mes anges.



 

V. »

 

 Je te tiens, tu me tiens :

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Allez, maintenant je vous lâche la grappe ! (ce qui exclut les femmes du jeu , évidemment ).

 

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