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28/06/2017

Oh ! je crierai pendant ma vie, si on ne veut pas brailler pour moi après ma mort

... Il est des cris qui valent mille fois mieux que des braiements, éructés sur un pauvre mort qui n'en peut mais, au nom d'Allah, Jehovah, Vichnou, Jésus, Nanabozo le Grand Lapin et tutti quanti . Je me passerai bien de la pompe funèbre religieuse, et nul ne sera tenu pour moi de prendre en main les cordons du poèle du corbillard sur lequel j'ai eu l'occasion de jouer à l'attaque de la diligence avec frères et cousins : blasphèmions-nous sans le savoir ? Si oui, tant mieux !

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Et pour quelques dollars de plus ....

 

« A Charles-Augustin Ferriol, comte d'ArgentaI

et à

Jeanne-Grâce Bosc du Bouchet, comtesse d'Argental

4 août [1762] 1

Mes divins anges, voici ce que je dis à votre lettre du 27 juillet 2. C’est une lettre descendue du ciel ; mes anges sont les protecteurs de l’innocence, et les ennemis du fanatisme. Ils font le bien, et ils le font sagement. J’envoie au hasard des mémoires, des projets, des idées. Mes anges rectifient tout . Il faudra bien qu’ils viennent à bout de réprimer des juges de sang, et de venger l’honneur de la France. J’ai toujours mandé qu’on ne trouverait jamais d’huissier qui osât faire une sommation au greffier du parlement toulousain, après que ce parlement a défendu si sévèrement la communication des pièces, c’est-à-dire de sa honte. Comment trouverait-on un huissier à Toulouse qui signifiât au parlement son opprobre, puisque je n’en ai point trouvé en Bourgogne qui laissât présenter un arrêt du conseil au sieur de Brosses, président à mortier ? J’en aurais trouvé dans le Siècle de Louis XIV.

Mes anges sont adroits ;  ils ont gagné le coadjuteur 3. Hélas ! Il est bien triste qu’on soit obligé de prendre des précautions pour faire paraître deux lettres 4 où l’on parle respectueusement des moins respectables des hommes et où la vertu la plus opprimée s’exprime en termes si modestes !

Enfin nous sommes environ cent mille hommes qui nous remettons de tout aux deux anges.

Les Anglais commencent une magnifique souscription dont les Calas ont déjà ressenti les effets.

On a écrit 5 à Lavaysse père une lettre qui doit le faire rentrer en lui-même, ou plutôt l’élever au-dessus de lui-même.

Il faut qu’il abandonne une ville superstitieuse, et barbare, aussi ridicule par ses recueils des Jeux floraux que par ses pénitents des quatre couleurs. Il trouvera des secours honorables qui l’empêcheront de regretter son barreau.

Je supplie mes anges de vouloir bien envoyer le paquet ci-joint à M. le maréchal de Richelieu.

Je me jette aux pieds de madame d’Argental, et je la remercie du bateau 6 qui parera la table de Tronchin . Elle est trop bonne. C’est de madame d’Argental dont je parle, et non de la table du docteur 7.

J’ai lu un factum d’Elie 8 pour des Bourguignons contre un médecin irlandais. Depuis ma maladie, j’aime assez les médecins ; mais ce factum ne me fait pas aimer les Irlandais. Je prie mes anges de vouloir bien dire à Élie le moderne que je le préfère à Élie l’évêque de Jérusalem l’infâme, et à l’Elie évêque de Paris la folle.

Mais est-il bien vrai que l’Elie de Paris, ce Beaumont à billets de confession, ait osé mettre au séminaire, pour deux ans, le curé de Saint-Jean de Latran, pour avoir prié Dieu ? Quoi ! il ne sera pas même permis aux acteurs pensionnés du roi de faire dire des psaumes pour un homme qui les a fait vivre ! et que deviendrai-je donc ? quoi , il n’y aura point pour moi de libera ! Oh ! je crierai pendant ma vie, si on ne veut pas brailler pour moi après ma mort.

Mes divins anges, je ne vous parle ni de Cassandre ni du Droit du Seigneur . Il fait trop chaud.

J’ai Crébillon sur le cœur. Ses vers étaient durs  mais Beaumont l’archevêque l’est davantage.

V.»



1 Date complétée par d'Argental .

2 Lettre non connue .

3 L'abbé Chauvelin .

4 Les Pièces originales .

5 Voir plus loin  lettre à David Lavaysse .

7 Phrase ajoutée par V* entre les lignes .

8 Élie de Beaumont ; c'est le Précis pour dame Reine Cortelot, veuve de messire Hugues de Mézières […] contre le sieur Jean-Baptiste Macmahon, 1762.

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